‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 330 sur 393 · Tel est bien le texte du manuscrit · texte numérisé non relu

Tel est bien le texte du manuscrit

[169*?] INSTRUCTION SUR LES ÉTATS D'ORÀtsON. 417

saires ou par des prélats qui leur adhéroient. Paris, Meaux et Chartres étoient ses parties reconnues; Reims s'étoit joint à eux; Toul, qui [a] tant fait parler de lui depuis, sous le nom de cardinal de Bissy, vivoit avec Monsieur de Chartres comme avec un protecteur duquel il attendoit sa fortune; Soissons, frère de Puysieux, étoit un fat, mais avec de l'esprit, du savoir* et plus d'ambi< tion encore, qui lui avoit fait changer son évêché d'Avranches avec le savant Huet, pour être plus près de Paris el de la cour, des volontés de laquelle il étoit esclave. Lui e\ M. de la Rochefoucauld étoient enfants du frère et de la sœur; et Mme de Sillery, sa mère, qui n'avoit rien eu en mariage, et dont les affaires étoient ruinées, vivoit depuis longues années à Liancourt, chez M. de la Rochefoucauld. L'union étoit donc grande entre eux, et M. de la Rochefoucauld, le plus envieux des hommes, ne pouvoit souffrir les ducs de Chevreuse et de Beauvillier, dont le crédit et les places du dernier le désoloient, et dont la chute faisoit tous les désirs. Amiens, auparavant l'abbé de Brou et aumônier du Roi, étoit très-savant, mais ami intime de Monsieur de Meaux, et pensant comme lui en tout genre de doctrine ; c'étoit d'ailleurs un homme extrêmement aimable, fort rompu au monde, goûté et recherché, mais un saint évêque, tout appliqué à son étude et à son diocèse, dont il ne sortoit que le moins qu'il pouvoit, et qui y donnoit tout aux pauvres.

Je ne puis me passer de raconter ici un trait, qui en deux mots le fera connoître. Le scrupule le prit de son entrée dans l'épiscopat; et après y avoir bien réfléchi, il fut trouver le P. de la Chaise, à qui il dit qu'il n'avoit acheté une charge d'aumônier du Roi que dans l'esprit de se faire évêque, que c'étoit là une intrusion, qu'il lui apportait sa démission pure et simple, qu'il ne demandoit point d'abbaye en quittant un évêché dans lequel il étoit mal entré, et qu'il le prio4t de porter sa démission au Roi et de lui faire nommer un successeur. Le P. de la Chaise admira sa délicatesse, et refusa sa démission. Ils disputè- Sa::ît-Sï*:on i 27

4l£ MOKT DE l'ÉVÊQUE DE METZ. [16971

rent, et se séparèrent ainsi. Quelques mois après, Monsieur d'Amiens lui rapporta sa démission, et voyant que ce seroit avec le même succès de la première fois, il lui déclara que s'il ne vouloit pas s'en charger, lui-même l'alloit porter au Roi. Le P. de la Chaise, voyant cette résolution si déterminée, prit sa démission, et lui promit d'en rendre compte au Roi; il le fit en effet. La réponse fut prompte, et digne de tous les trois : le confesseur dit au prélat que le Roi avoit accepté sa démission, mais qu'en même temps il le nommoit de nouveau évêque d'Amiens, et lui commandoit absolument d'accepter ; et de cette manière le scrupule cessa, et l'affaire fut finie; mais elle n'eut pas une médiocre part au scrupule que le Roi prit à son tour de la vénalité des charges de ses aumôniers, et à l'attention qu'il a eue depuis à l'éteindre.

Pour revenir d'où la parenthèse m'a distrait, Monsieur de Cambray souffrit l'examen, qu'il ne put éviter et duquel il n'avoit rien de bon à attendre, pendant lequel Monsieur de Metz mourut à Metz, et fit vaquer un cordon bleu et une place de conseiller d'État d'Église. Monsieur de Metz étoit frère aîné de M. de la Feuillade, leur aîné à tous deux ayant été tué à la bataille de Lens en 1647 S sans alliance, attaché à Monsieur Gaston comme leur père, tué au combat de Castelnaudary en 1632. Monsieur de Metz étoit un homme de beaucoup d'esprit, avec du savoir, qui avoit toujours fort été du grand monde. 11 avoit été un moment jésuite, à quoi son génie vif et libre étoit fort peu propre. ; Lorsqu'en 1648 M. de Lyonne fit nommer son père, qui étoit évêque de Gap, à l'archevêché d'Embrun, George d'Aubusson, qui est notre Monsieur de Metz, eut Gap, et aussitôt après Embrun, sur le refus obstiné du père de M. de Lyonne, qui étoit un saint évêque et qui ne voulut j point quitter son évêché.

Monsieur d'Embrun brilla fort en diverses assemblées j du clergé par sa capacité et son éloquence . 11 eut des ab- j

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