‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 331 sur 393 · MORT DE L'ÉVÊQUE DE METZ · texte numérisé non relu

MORT DE L'ÉVÊQUE DE METZ

bayes, et l'ambassade de Venise en 1659, où il se soutint très-dignement, avec sagesse, mais fermeté, contre la prétention du nonce Altoriti, qui lui disputa ^Excellence et le rochet découvert devant lui, parce qu'à la manière d'Italie il couvroit le sien du mantelet. Il passa de là à l'ambassade d'Espagne, en 1661, où il étoit lors de l'insulte du baron de BaLeville au comte, depuis maréchal d'Estrades, pour la préséance à Londres; et ce fut ce prélat qui fit à Madrid toute la négociation par laquelle il fut arrêté que l'ambassadeur d'Espagne déclareroit solennellement au Roi que son maître lui cédoit partout la compétence, et qu'en aucun lieu les ambassadeurs d'Espagne ne disputeroient le pas ni la préséance aux ambassadeurs de France, ce que le marquis de la Fuentes vint exécuter à Paris comme ambassadeur extraordinaire d'Espagne, en 1662. Monsieur d'Embrun servit en cette occasion avec une grande fermeté et dextérité. Pendant cette ambassade, il eut l'ordre du Saint-Esprit, en la promotion de 1661. Il eut grande part à la fortune de son frère, qui lui déféroit beaucoup. Il passa à Metz en 1668, avec tout ce qui lui fallut de Rome pour conserver le rang et les honneurs d'archevêque. Le Roi lui parloit toujours, et plaisantoit avec lui; il mettoit d'autres seigneurs en jeu, et cela faisoit des conversations souvent fort divertissantes. On l'attaquoit fort sur son avarice : il en rioit le premier; et jamais le Roi ne le put réduire à porter un Saint-Esprit sur sa soulanelle comme es autres : il disoit que celui du manteau suffisoit, que la outanelle étoit comme la soutane, où on n'en mettoit )oint, et que la vanité avoit mis cela à la mode. Les autres ui répondoient qu'il n'en vouloit point pour épargner deux îcus que cela coûtoit sur chaque soutanelle; et c'étoit insi des prises sur sa chère, sur son équipage, et sur tout, [u'il soutenoit avec beaucoup d'esprit, et se ruant à son our en attaques fort plaisantes. Il conserva un grand redit et une grande considération jusqu'à sa mort, et les linistres le ménageoient. II étoit bon évoque, résidant et )rt appliqué à ses devoirs. Il avoit quatre-vingt-cinq ans,

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et il y en avoittrois ou quatre qu'il étoit peu à peu tombé tout à fait en enfance; il laissa un riche héritage à son neveu. Cette mort arriva fort mal à propos pour Monsieur de Cambray. 11 n'étoit plus à portée de rien; mais il eut la douleur de voir donner Tordre à Monsieur de Paris, et la place de conseiller d'État d'Église à Monsieur de Meaux. Ce dégoût fut suivi d'un autre : Mme de Maintenon chassa de Saint-Cyr trois dames principales, dont une avoit eu longtemps toute sa faveur et sa confiance, et elle ne se cacha pas de dire qu'elle les chassoit à cause de leur entêtement pour Mme Guy on et pour sa doctrine. Tout cela, avec l'examen de son livre, dont il ne se pouvoit rien promettre de favorable, lui fit prendre le parti d'écrire au Pape, de porter son affaire devant lui, et de demander permission au Roi d'aller la soutenir à Rome; mais le Roi lui défendit le dernier. Monsieur de Meaux là-dessus envoya son livre au Pape, et Monsieur de Cambray eut la douleur de recevoir une réponse sèche du Pape, et de voir Monsieur de Meaux triompher de la sienne. Toutes trois se trouveront aux pages 1 et 2! des pièces 1. Rien de plus ! adroit, de plus insinuant, de plus flatteur que la lettre de Monsieur de Cambray. L'art, la délicatesse, l'esprit, le tour y brilloient, et tout en ménageant certains termes trop : grossiers pour l'honneur de l'épiscopat et des maximes du I royaume, il y fit litière de l'un et de l'autre, sous prétexte de modestie et d'humilité personnelle. Elle ne laissa pas, par cela même, de faire pour lui un bon effet dans le monde. En général on est envieux, et on n'aime pas l'air d'oppression. Tout étoit déclaré contre lui , ses parties devenues ses juges par le renvoi de son livre à leur examen : elles venoient de profiter des vacances de Monsieur de Metz. On lui passa donc les flatteries de sa lettre

i. Pages 1 et 2 des pièces. (Note de Saint-Simon.) — Des notes semblables, plusieurs fois reproduites dans le cours des Mémoires, prouvent que Saint- Simon y avait joint des pièces justificatives. Il est probable qu'elles sont j au ministère des affaires étrangères, où les manuscrits de Saint-Simon furent longtemps déposés.

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en faveur du tour et de la nécessité, et il vit une lueur de retour du public.

Pour achever de suite ce qui s'en peut dire pour cette année, il ne jouit pas longtemps de cette petite prospérité. Elle fit peur à ses ennemis : ils irritèrent le Roi, qui sans le vouloir voir, lui fit dire de s'en aller sur-le-champ à Paris, et de là dans son diocèse, d'où il n'est jamais sorti depuis. En envoyant cet ordre à Monsieur de Cambray, le Roi envoya chercher M. le duc de Bourgogne, avec lequel il fut longtemps seul dans son cabinet, apparemment pour le déprendre de son précepteur, auquel il étoit fort attaché, et qu'il regretta avec une amertume que la séparation de tant d'années n'a jamais pu affoiblir. Monsieur de Cambray ne demeura que deux jours à Paris. En partant pour Cambray, il laissa une lettre à un de ses amis *, qu'on ne douta pas qui ne fut M. de Chevreuse, et qui incontinent après devint publique. Elle parut une espèce de manifeste d'un homme qui, d'un langage beau, épanche sa bile, et ne se ménage plus parce qu'il n'a plus rien à espérer. Le style, haut et amer, en est d'ailleurs si plein d'esprit, et à tout événement d'artifice, qu'elle fit un extrême plaisir à lire, sans trouver d'approbateurs, tant il est vrai qu'un sage et dédaigneux silence est difficile à garder dans les chutes.

La cour de Rome eut une extrême joie de se voir déférer cette cause, à juger en première instance par les premiers prélats d'un royaume jusqu'alors si attaché à des maximes plus anciennes, et elle triompha de les tenir en suppliants à ses pieds. Cette affaire y fit grand bruit. Elle fut renvoyée à la même congrégation qui examinoit un ouvrage dogmatique du feu cardinal Sfondrat, abbé de Saint-Gall, qui avoit été déféré au saint siège, qui, sur cette même matière et sur d'autres, étoit, disoit-on, fort étrange, mais que la pourpre de son auteur, quoique mort, protégea. Il faut les laisser travailler à Rome, et y arriver le cardinal

1. Pages 2 et 3. (Note de Saint-Simon.) Voyez la note de la page précédente.

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