SIEGE ET PRISE DE BARCELONE
devenu lieutenant général, s'y distingua extrêmement, et tellement de l'aveu de tout le monde, que le Roi ne voulut pas attendre la fin du siège à le faire brigadier, et récompenser le temps qu'il avoit perdu capitaine de cavalerie. Le duc de Lesdiguières y fit ses premières armes d'une manière fort brillante ; les comtes de Mailly et de Montendre et le fils aîné du grand prévôt s'y signalèrent fort aussi.
La contrescarpe emportée, M. de Vendôme eut avis que la nuit du 15 au 16 juillet les assiégés dévoient faire une grande sortie, et en même temps le vice-roi avec toutes ses troupes attaquer le camp. Là-dessus M. de Vendôme marcha au vice-roi, la nuit du 14 au 15, dont il trouva l'armée partagée en deux camps : il en attaqua un, et fit attaquer l'autre par d'Usson. Aucun des deux ne résista presque : ils furent surpris, et tout prit la fuite, et le vice-roi même tout en chemise. Les deux camps furent pillés, et pendant ce pillage quelque cavalerie ennemie prit le temps de se former et de venir tom- i ber sur les pillards; mais on avoit prévu cet inconvénient, et cette cavalerie fut défaite : on leur tua ou prit huit cents hommes et beaucoup d'officiers. Le secrétaire et la cassette du vice-roi furent pris avec ses papiers, et cinq mille pièces de quatre pistoles. Par cette action l'armée ennemie fut j entièrement dissipée, et hors d'état de rafraîchir la place ni de montrer de troupes nulle part. On ne songea plus qu'à presser le siège; il y eut encore beaucoup d'actions fort vives. Enfin, les mines ayant fait tout l'effet qu'on en avoit espéré, et l'assaut prêt à donner, M. de Vendôme envoya Barbezières leur parler. Pimentel s'approcha de lui. 11 y eut des propositions sur l'état où la place se jf trouvoit réduite, qui produisirent quelques allées et venues. Enfin ils entrèrent le 5 août en capitulation, qui ne fut conclue que le 8. Elle fut telle que le méritoient de si braves gens, qui, par leur belle défense, s'étoient montrés vrais Espagnols et dignes de l'être. On leur accorda trente pièces de canon, quatre mortiers, des chariots couverts
1697J j'arrive a l'armée du maréchal de choiseul. 435
ant qu'ils voulurent, et la plus honorable composition, et l la ville tous ses privilèges, excepté l'Inquisition, que L de Vendôme ne voulut pas souffrir. Ils s'étoient fait m point d'honneur de ne battre point la chamade. 11 >érit beaucoup de monde de part et d'autre à ce siège, nais personne de marque. Le vice-roi, don Fr. de Velasco, ut mandé à Madrid pour rendre compte de sa conduite, it la Corzana fut fait vice-roi. Le mont Jouy se rendit par a même capitulation de la place, sans avoir été attaqué.
Chemerault arriva le 15 août à Versailles, où Barbezieux ie se trouva point, avec cette agréable nouvelle. Saintlouange le mena au Roi, et Laparat, qui, comme principal ngénieur, avoit conduit le siège, où il avoit été légèrement >lessé, vint après rendre compte du détail de ce qui s'y toit passé. Lui et Chemerault étoient brigadiers. Le Roi onna douze mille livres à Chemerault, et les fit tous deux îaréchaux de camp, et avec eux M. de Liancourt, qui ervoit en Flandres et ne s'attendoit à rien moins : ce fui ne galanterie que le Roi fit à M. de la Rochefoucauld. Il y |ut suspension d'armes en Catalogne jusqu'au 1er septemre ; le Llobrégat servit de barrière pour la séparation es François et des Espagnols. Nous eûmes bien neui îille hommes tués ou blessés, parmi lesquels six cents fficiers ; les ennemis y perdirent six mille hommes. Coigny, jeutenant général, et Nanclas sous lui, furent mis pour Dmmander dans Barcelone. Pimentel, qui F avoit défende, eut du roi d'Espagne un titre de Castille et prit nom de marquis de la Floride. M. de Vendôme, aelques jours après, y fut reçu vice-roi en grande céréonie. Le présent en pareille occasion est de cinquante ille écus.
J'arrivai à Landau sur la fin de mai, deux jours avant ssemblée de l'armée; ce fut à Lempsheim, où le marquis Chamilly demeura avec une partie de l'infanterie; le arquis d'Huxelles alla avec l'autre à Spire, et le maréchal Choiseul, avec une brigade d'infanterie et toute la caerie, s'avança à Eppenheim pour la commodité des
fourrages, où on fit la réjouissance de la prise d'Ath.
Pendant qu'on subsistoit ainsi tranquillement, tantôt i dans un camp, tantôt dans un autre, suivant l'abondance, j le maréchal n'étoit pas sans inquiétude que le prince Louis de Badcn n'en voulût à Fribourg. Ce soupçon et le remuer ment de leurs bateaux, qui l'empêcha de s'avancer davan- j tage dans le Palatinat, quoique fort court de fourrage, le j fit songer à passer le Rhin. Il le proposa à la cour, et il en .j reçut la permission, en même temps que Locmaria le joignit avec neuf escadrons et dix bataillons du Luxembourg. Le maréchal tint son dessein secret, partit dans sa chaise, suivi du duc de la Ferté, du comte du Bourg, de Mélac et de Praslin, d'une brigade de cavalerie et d'une de dragons, et s'en alla au fort Louis, où il arriva le dernier juin. Il y fut joint par la cavalerie la plus à portée, puis par toute son infanterie, le marquis d'Huxelles resté avec presque rien à Spire. Cependant il se hâta d'occuper les bois et les défilés de Stolhofen, pour pouvoir déboucher, par là. Le marquis de Renti, avec toute la cavalerie, ar-j riva le 3 juillet au fort Louis, où il passa le Rhin, et le même jour l'artillerie et les vivres joignirent aussi le maréchal de Choiseul assez près de la tête des chaussées.! De toutes parts l'ordre et l'extrême diligence del'exéeutio] furent admirables. J'allai en arrivant voirie maréchal, qui ne m'en avoit dit qu'un mot léger à Ostoven, et qui m'en] fit excuse sur ce qu'il n'avoit confié son projet qu'à ceuxrlfflj, uniquement dont il ne pouvoit se passer pour l'exécuter dans la crainte que le prince de Baden ne portât quelque* troupes dans la plaine de Stolhofen, ce qui lui étoit hier aisé, et ce qui auroit empêché le passage du Rhin.
Pour tromper mieux M. de Baden, le marquis d'Huxelles] qui n'avoit à Spire que les troupes que Locmaria avoi amenées, et qu'il y avoit attendues absolument seul pen dant vingt-quatre heures, fit passer le Rhin sur le pontd Philisbourg à quelques troupes et à force trompejj cymbales et tambjours, et persuada ainsi à l'ennemi toute l'armée étoit là, ce qui le retint à trois lieues de li