BELLE RETRAITE
ne vinssent le brûler de notre bord à l'île, ce qui en fit. ôter les trois premiers bateaux toutes les nuits. 11 servit seulement à l'abondance du camp par le commerce avec les paysans d'Alsace ; et la Bretesche, lieutenant général, fut chargé de tout ce côté-là. Chamilly fit un grand fourrage du côté de la montagne ; au retour, il trouva force hussards, soutenus par Vaubonne avec des troupes; il y eut une petite action : Vaubonne fut chassé l'épée dans les reins jusqu'à un p^'it ruisseau, qui, avec les approches de la nuit, le déliv'A de la poursuite; Praslin s'y distingua fort; il y eut as^ez de gens des ennemis tués, et fort peu des nôtres.
M. le maréchal de Ghoiseul demeura seize jours dans ce camp ; les fourrages vinrent à manquer tout à fait, il fallut songer à en sortir. On défit le pont de bateaux, et tout aussitôt le bruit se répandit qu'on alloit décamper. Pour l'apaiser, Saint-Frémont fut détaché, le 18, avec presque tous les caissons de l'armée, sous prétexte d'aller quérir un grand convoi au fort Louis. En effet, il revint le même jour avec beaucoup de ces mêmes caissons. Cela trompa, et fit croire qu'on séjourneroit encore quelque temps. Le maréchal m'avoit confié son dessein. Notre camp étoit disposé de manière que les ennemis le voyoient en entier, excepté quelques endroits interrompus par des avances de haies et de bois, et les deux brigades de cavalerie qui fermoientla gauche de la seconde ligne de dixneuf escadrons, Horn et Ligondez, dont j'étois, et deux régiments de dragons qui couvroient ce flanc; mais la gauche entière de la première ligne, qui étoit devant nous, étoit vue en plein. Le 19 juillet, sur les onze heures du matin, toute l'armée eut ordre de charger les gros bagages, une heure après, les menus, avec défenses de . détendre et de rien remuer; à deux heures après midi, nos deux brigades et les dragons nos voisins, que les ennemis ne voyoient pas, comme je viens de l'expliquer, reçurent ordre de détendre et de marcher sur-le-champ sans bruit. La Bretesche, lieutenant général, et Montgo
mery, maréchal de camp, officiers généraux de la seconde ligne de cette aile, vinrent la prendre et la menèrent au delà des bois par lesquels nous étions arrivés, passer la nuit dans la plaine de Stolhofen; et cependant les gros et menus bagages, l'artillerie inutile et tous les caissons filèrent entre le Rhin et nous. La Bretesche avoit défenses expresses de branler, quelque combat qu'il entendît. La raison en étoit qu'il restoit assez de troupes pour combattre dans un lieu aussi étroit qu'étoit celui d'où on se retiroit, qu'il falloit une grosse escorte pour tous les bagages de l'armée, et qu'en cas de malheur, nos troupes se seroient trouvées toutes fraîches et en bon ordre dans la plaine, pour recevoir et soutenir tout ce quidéboucheroitles bois, venant de notre camp.
Sur les six heures du soir, le maréchal monta sur cette hauteur retranchée de sa droite, à laquelle il avoit fait travailler exprès tout le jour, et disposa toute son affaire avec tant de justesse, qu'avec le signal d'un bâton levé en l'air, avec du blanc au bout, de distance en distance, ce ne fut qu'une même chose que détendre, charger, monter à cheval, marcher, et quoiqu'au petit pas, perdre les ennemis de vue. Gomme il ne restoit nulle sorte d'équipage au camp, et que tout étoit sellé et bridé, cette grande armée disparut en un moment, en plein jour, aux yeux des ennemis. L'armée marcha sur deux colonnes. Le régiment colonel général de cavalerie fit l'arrièregarde de la gauche avec du canon, et le prince de Talniont ensuite avec les gardes ordinaires , enfin un détachement de cavalerie, sous un lieutenant-colonel qui étoit commandé tous les jours à Rastadt. Le bonhomme :1a Freselière, lieutenant général, conduisoit cette arrièregarde. Le maréchal fit celle de la droite avec la gendarmerie et quelques détachements derrière elle, et Chamairande fit, avec tous les grenadiers de l'armée, l'arrièregarde de tout. Montgon, qui par son poste dcvoit être avec nous, obtint du maréchal de demeurer auprès de lui. Avant la nuit noire, presque toute l'armée avoit