‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 370 sur 393 · RETRAITE VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

RETRAITE VOLONTAIRE

nom de maréchal de Duras. Jusqu'alors on ne l'avoit jamais appelé que le duc de Duras, et c'est le premier duc maréchal de France qui, par le défaut de terres à porter divers noms, et pour la distinction de l'un à l'autre, se soit fait appeler maréchal. Jamais on n'a dit que le duc de Navailles, le duc de Vivonne, etc. Depuis, cet exemple a été suivi par la même convenance, et peu à peu a quelquefois prévalu sans cette raison. Le duc de Duras ne laissa que deux filles; il n'avoit qu'un frère, beaucoup plus jeune que lui, à qui le Roi donna son régiment.

Le même jour de la nouvelle de cette mort, qui étoit un mercredi, 18 septembre, à Versailles, veille du départ du Roi pour Fontainebleau, M. Pelletier, ministre d'État, prit congé du Roi à la fin du conseil, et sans en avoir parlé à qui que ce fût qu'au Roi, monta tout de suite en carrosse, et se retira en sa maison de Villeneuve-le-Roi. 11 avoit passé par les charges de conseiller au Parlement et de président en la quatrième chambre des enquêtes ; après il fut prévôt des marchands, et fit à Paris ce quai près de la Grève qui porte encore son nom. De là, il devint conseiller d'État, qui est le débouché ordinaire des prévôts des marchands. Il fut connu de M. le Tellier et de M. de Louvois, qui le servirent pour ces places, et entra tellement dans leur confiance, qu'il devint l'arbitre des affaires de leur famille et des débats particuliers du père et du fils, qu'ils eurent toujours le bon esprit de cacher sous le dernier secret. A la mort de M. Colbert, MM. le Tellier et de Louvois, qui savoient ce que leur avoit coûté un habile contrôleur général leur ennemi, mirent tout leur crédit à faire donner cette place à Pelletier, qui la craignit plus qu'il n'en eut de joie. Il y fut parfaitement reconnoissant j pour ses bienfaiteurs : après leur mort, il continua d'être l'arbitre des affaires de leur famille, à laquelle il demeura parfaitement attaché, et vécut toujours avec M. de Barbezicux dans une sorte de dépendance.

G'étoit un homme fort sage, fort modéré, fort doux et

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