‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 371 sur 393 · DE PELLETIER, MINISTRE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

DE PELLETIER, MINISTRE D'ÉTAT

obligeant, très-modeste et d'une conscience timorée; d'ailîeurs fort pédant et fort court de génie. ïi y a un mot du premier maréchal de Villeroy sur lui admirable. Il donnoit un matin petite direction chez lui; tout ce qui la devoit composer étoit arrivé, et on attendoit M. Pelletier, qui étoit contrôleur général. Enfin, las d'attendre, le maréchal envoya chez lui, et à Versailles, où ils étoient, il n'y avoit pas loin. On vint, dire au maréchal de Villeroy qu'apparemment M. Pelletier avoit oublié la petite direction, et qu'il étoit allé courre le lièvre. « Par...., répondit le maréchal en colère avec son ton de fausset, nous avons vu M. Colbert qui n'en couroit pas tant et qui en prenoit davantage. » On rit, et on commença la petite direction. Lorsque ce contrôleur général vit venir la guerre de 1688, la confiance intime qui étoit entre M. de Louvois et lui lui en fit prévoir toutes les suites. G'étoit à lui à en porter tout le poids par les fonds extraordinaires, et ce poids l'épouvanta tellement qu'il ne cessa d'importuner le Roi jusqu'à ce qu'il lui permît de quitter sa place de contrôleur général. Outre que ce n'étoit pas le compte de M. de Louvois, qui avoit repris alors le premier crédit, le Roi y eut une grande peine : il aimoit et il estimoit Pelletier, il se souvenoit toujours des embarras qu'il avoit essuyés des divisions de MM. de Louvois et Colbert, il en étoit à l'abri entre Louvois et Pelletier, et à la veille d'une grande guerre, ce lui étoit un grand soulagement. N'ayant pu venir à bout de vaincre le contrôleur général après plusieurs mois de dispute, cette même convenance engagea le Roi à lui proposer Pelletier de Sousy, son frère et intendant des finances, pour contrôleur général. Celui-ci avoit bien plus de lumière et de monde, mais son frère ne crut pas le devoir exposer aux tentations d'une place qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut, et il supplia le Roi de n'y point penser. Le Roi, plus plein d'estime encore par cette action pour Pelletier, mais plus embarrassé du choix, voulut qu'il le fit luimême, et il proposa Pontchartrain, dont j'aurai lieu de

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