‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 373 sur 393 · SA FORTUNE ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

SA FORTUNE ET SA FAMILLE

affligée, mais elle n'y perdit rien : Pelletier conserva tout son crédit, et fit plus pour elle de sa retraite qu'il n'avoit fait jusqu'alors à la cour. Il ne vit exactement personne à Villeneuve que sa plus étroite famille et quelques gens de bien. Il passa l'hiver à Paris, avec son fils, dans sa maison, et s'y élargit un peu davantage. Il étoit fort des amis de mon père, et il voulut bien me voir. J'en fus ravi, et j'admirai moins la sérénité tranquille et douce que je remarquai en lui, que son attention à rompre tout discours sur sa retraite et qui sentît l'encens. Il avoit lors soixante-six ans et une santé parfaite de corps et d'esprit. Il passa toujours les hivers à Paris, où je le voyois de temps en temps, et toujours avec plaisir et respect pour sa vertu, et tout le reste de l'année à Villeneuve, et soutint sa retraite avec une grande sagesse et une grande piété. Il avoit épousé une Fleuriau, veuve d'un président de Fourcy, qu'il avoit perdue il y avoit longtemps. Mme de Châteauneuf, femme du secrétaire d'État, étoit fille du premier mariage de sa femme, laquelle avoit un frère d'âge fort disproportionné d'elle, qui étoit M. d'Armenonville; M. Pelletier le fit travailler sous lui, et lui procura une charge d'intendant des finances; il a été fort connu dans le monde, et j'aurai occasion d'en parler.

M. Pelletier, outre eon fils aîné, en eut deux autres, et deux filles, mariées à M. d'Argouges et à M. Aligre, maîtres des requêtes tous deux. De sa retraite il fit le premier conseiller d'État, l'autre président à mortier, tous deux fort jeunes, et un de ses fils évêque d'Angers, puis d'Orléans, quoique éborgné jeune d'une fusée à une fenêtre de l'hôtel de ville, au feu de la Saint-Jean ; l'autre fut supérieur des séminaires de Saint-Sulpice. G'étoit un cafard, qui en bannit la science et y mit tout en misérables minuties. Il usurpa du crédit à force de molinisme, et eut souvent part aux grâces ecclésiastiques. Il étoit lourde dupe et dominoit fort le clergé. G'étoit un animal si plat et si glorieux, qu'il disoit quelquefois à ses jeunes séminaristes, qu'il malmenoit pour des riens : « Mais vous autres,

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