RETRAITE DE PELLETIER
parler ailleurs, et qui fut contrôleur général. Pelletier' demeura simple ministre d'État; et comme, hors de se trouver au conseil, il n'avoit aucune fonction, il demeura peu compté parle courtisan, qui l'appela le ministre Claude. Ils se souvenoient encore de celui de Gharenlon, et en effet Pelletier s'appeloit Claude.
Il eut l'administration des postes à la mort de M. de Louvois, et le Roi le traita toujours avec tant de confiance et d'amitié, qu'aune maladie que le chancelier Boucheratavoit eue l'année précédente, il s'étoit laissé assez entendre à Pelletier pour que celui-ci pût compter d'être son successeur. Pelletier étoit droit et vraiment homme de bien ; il fit ses réflexions : il avoit toujours eu dessein démettre un intervalle entre la vie et la mort, et il comprit qu'un chancelier ne pouvoit plus se retirer. Boucherat, plus qu'octogénaire, tomboit de jour en jour; cela fit peur à Pelletier : il voulut prévenir la vacance. L'affaire de la paix le retenoit; il ne trouvoit pas séant de la laisser imparfaite; mais dès qu'il la vit assurée à peu près, il demanda son congé. Ce fut un débat entre le Roi et lui, qui dura plus de deux mois; il ne l'arracha qu'à grand'peine. Au moins le Roi exigea qu'il le viendroit voir deux ou trois fois tous les ans dans son cabinet par les derrières, et qu'il conservât toutes ses pensions, qui alloient à quatre-vingt mille livres de rente. 11 capitula : il s'engagea à venir voir le Roi comme il le desiroit; mais il se débattit tant sur les pensions, qu'il n'en garda que vingt mille livres pour lui et six mille pour son fils, à qui il avoit remis, il y avoit déjà longtemps, une charge de président à mortier, qu'il avoit achetée étant contrôleur général. En entrant au conseil, d'où il partit pour sa retraite, il tira le duc de Beauvillier dans une fenêtre et la lui confia. Il étoit fort son ami et de M. de Pompone, qui ne la sut que par l'événement, et qui s'écria qu'il r avoit prévenu; mais Pompone n'étoit pas en même situation : il étoit chargé des affaires étrangères, dont Torcy, son gendre, n'avoit encore que le nom.
La famille de M. Pelletier fut également surprise et