‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 375 sur 393 · CONTRE UN PREMIER MINISTRE · texte numérisé non relu

CONTRE UN PREMIER MINISTRE

fcnbuttel; d'Iberville, à Mayencc. Bonrepaus se prétendoit gentilhomme du pays de Foix; il avoit passé sa vie dans les bureaux de la marine. M. de Seignelay s'en servoit avec confiance, et quoique Fonde et le neveu ne fussent pas toujours d'accord, M. de Croissy lui donna aussi la sienne. Un traité de marine et de commerce que, pendant la paix précédente, il alla faire en Angleterre, où il réussit fort bien, le fit connoître à Croissy. Il y demeura longtemps à reprises, et en homme d'esprit et de sens, se procuroit des occasions de faire des voyages à la cour, où il fit valoir son travail. Cet emploi le décrassa : il continua à travailler sous M. de Seignelay, puis sous M. de Pontchartrain, mais non plus sur le pied de premier commis. Il obtint permission d'acheter une charge de lecteur du Roi, pour en avoir les entrées et un logement à Versailles; il s'y étoit fait des amis de ceux de M. de Seignelay, et d'autres encore; il étoit honnête homme, et fort bien reçu dans les maisons les plus distinguées de la cour : tout cela l'aida à prendre un plus grand vol, et il réussit toujours dans ses ambassades. C'étoit un très-petit homme, gros, d'une figure assez ridicule, avec un accent désagréable, mais qui parloit bien, et avec qui il y avoit à apprendre, et même à s'amuser. Quoique il ne se fût pas donné pour un autre, il étoit sage et respectueux. Il avoit fort gagné chez M. de Seignelay pendant la prospérité de la marine. Il étoit riche et entendu, fort honorable, et toutefois ménageoit très-bien son fait. Il étoit frère de d'Usson, lieutenant général, qui n'étoit pas sans mérite à la guerre, où il a passé toute sa vie ; point mariés tous deux. Ils prirent soin d'un fils de leur frère aîné, qui étoit demeuré dans son pays de Foix, et dont on n'a jamais ouï parler; ce neveu s'appeloit Bonac, dont j'aurai occasion de parler.

Des Alleurs étoit un Normand de fort peu de chose, fait à peindre et de grande mine, qui lui avoit fort servi en sa jeunesse. Il avoit été longtemps capitaine aux gardes, et servit toute cette guerre de major général à l'ar-

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niée du Rhin, et il l'étoit excellent. À la longue, il devint lieutenant général et grand-croix de Saint-Louis. C'étoit an matois doux, respectueux, affable à tout le monde, et qui le connoissoit bien ; il avoit de la valeur et beaucoup d'esprit, du tour, de la finesse, avec un air toujours simple et aisé. 11 s'amouracha à Strasbourg, où il étoit employé les hivers, de Mllc de Lutzbourg, belle, bien faite et de fort bonne maison, laquelle avoit eu plus d'un amant, et qui n'ayant rien vaillant que beaucoup d'esprit et d'adresse, voulut faire une fin comme les cochers, et fit si bien qu'elle l'épousa.

Du Héron étoit aussi Normand et peu de chose, fort bien fait aussi, mais d'une autre façon et bien plus jeune. G'étoit un très-bon officier et un des plus excellents sujets qu'on pût choisir à tous égards pour les négociations, et avec cela doux, modeste, appliqué et fort honnête homme.

Iber ville avoit été dans les bureaux de M. de Croissy, d'où on le prit pour Mayence. G'étoit encore un Normand, et fort délié et très-capable d'affaires. Des autres, j'aurai lieu d'en parler ailleurs, ainsi que de Puysieux, qui alla relever Amelot, conseiller d'État en Suisse, et d'Harcourt en Espagne.

Ces emplois étrangers me font souvenir d'une anecdote étrangère qui mérite bien de n'être pas oubliée. J'ai remarqué, en parlant du siège et de la prise de Barcelone par M. de Vendôme, que le prince de Darmstadt commandoit dans le mont Jouy, qui en est comme la citadelle, quoiqu'un peu séparée. Le fil de la narration m'a emporté ailleurs; il faut revenir à ce prince. G'étoit un homme fort bien fait, de la maison de Hesse, parent/de la reine d'Espagne, de ces cadets qui n'ont rien, qui servent où ils peuvent pour vivre, et qui vont cherchant fortune. On prétend qu'à un premier voyage qu'il fit en effet en Espagne, il ne déplut pas à la Reine. Le reste de ce que je vais raconter, on le prétendit aussi ; je n'en puis fournir d'autre garant, mais je l'ai ouï prétendre à des personnages qui

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n'étoient ni accusés ni en place de prétendre légèrement. On prétendit donc que le même conseil de Vienne qui, par raison d'État, ne se fit pas scrupule d'empoisonner la reine d'Espagne, fille de Monsieur, parce qu'elle n'avoit point d'enfants et parce qu'elle avoit trop d'ascendant sur le cœur et sur l'esprit du Roi son mari, et qui fit exécuter ce crime par la comtesse de Soissons, réfugiée en Espagne, sous la direction du comte de Mansfeld, ambassadeur de l'Empereur à Madrid, ne fut pas plus scrupuleux sur un autre point.

Il avoit remarié le roi d'Espagne à la sœur de l'Impératrice. G'étoit une princesse grande, majestueuse, très-bien faite, qui n'étoit pas sans beauté et sans esprit, et qui, conduite par les ministres de l'Empereur et par le parti qu'il s'étoit de longue main formé à Madrid, prit un grand crédit sur le roi d'Espagne. G'étoit bien une partie principale de ce que le conseil de l'Empereur s'étoit proposé ; mais le plus important manquoit, c'étoit des enfants. Il en avoit espéré de ce second mariage, parce qu'il s'étoit leurré que l'empêchement venoit de la Reine, dont ce conseil s'étoit défait. Ne pouvant plus se dissimuler, au bout de quelques années de ce second mariage, que le roi d'Espagne ne pouvoit avoir d'enfants, ce même conseil eut recours au prince de Darmstadt; et comme l'exécution n'étoit pas facile, et demandoit des occasions qui ne pouvaient être amenées que par un long temps, ils l'engagèrent à s'attacher tout à fait au service d'Espagne, et l'Empereur et ses partisans l'appuyèrent de toutes leurs forces, non-seulement pour lui faire trouver tous les avantages qui pouvoient l'y fixer, mais tous les moyens encore de pouvoir demeurer à la cour, qui étoit tout leur but. C'est ce qui le fit gouverneur des armes en Catalogne, après la perte de Barcelone et la paix faite; c'est ce qui, à la fin de cette année, le fit faire grand d'Espagne à vie, pour qu'il pût demeurer à la cour et s'y insinuer à loisir, pour venir à bout du dessein de faire un enfant à la Reine.

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