PRÉPARATIFS DU MARIAGE
suffirent à peine; les boutiques des marchands se vidèrent en très-peu de jours : en un mot, le luxe le plus effréné domina la cour et la ville, car la fête eut une grande foule de spectateurs. Les choses allèrent à un point que le Roi se repentit d'y avoir donné lieu, et dit qu'il ne comprenoit pas comment il y avoit des maris assez fous pour se laisser ruiner par les habits de leurs femmes; il pouvoit ajouter : et par les leurs; mais la bride étoit lâchée, il n'étoit plus temps d'y remédier, et au fond, je ne sais si le Roi en eût été fort aise, car il se plut fort pendant les fêtes à considérer tous les habits. On vit aisément combien cette profusion de matière et ces recherches d'industrie lui plaisoient, avec quelle satisfaction il loua les plus superbes et les mieux entendus, et^ que le petit mot lâché de politique, il n'en parla plus, et fut ravi qu'il n'eut pas pris.
Ce n'est pas la dernière fois que la même chose lui est arrivée. Il aimoit passionnément toute sorte de somptuosité à sa cour, et surtout aux occasions marquées, et qui s'y seroit tenu à ce qu'il avoit dit lui eût très-mal fait sa cour. Il n'y avoit donc pas moyen d'être sage parmi tant de folie; il fallut plusieurs habits : entre Mmc de Saint-Simon et moi, il nous en coûta vingt mille livres. Les ouvriers manquèrent pour mettre tant de richesses en œuvre : Madame la Duchesse s'avisa d'en envoyer enlever par des hoquetons de chez le duc de Rohan; le Roi le sut, le trouva très-mauvais, et fit sur-le-champ renvoyer ces ouvriers à l'hôtel de Rohan; et il faut remarquer que le duc de Rohan étoit un des hommes de France que le Roi aimoit le moins, et pour lequel il se contraignoit le moine de le marquer. 11 fit encore une autre chose bien honnête, et tout cela montroit bien le désir que tout le monde fû1 au plus magnifique : il choisit lui-même un dessin de broderie pour la princesse. Le brodeur lui dit qu'il alloi quitter tous ses ouvrages pour celui-là; Je Roi ne le voUj lut pas : il lui commanda bien précisément d'achever premièrement tout ce qu'il avoit entrepris, et de ne travaille!'
iï celui qu'il choisissoit qu'ensuite; et il ajouta que s'il n'étoit pas fait à temps, la princesse s'en passeroit.
On publia que les fêtes dureroient jusqu'à Noël, mais elles furent restreintes à deux bals, un opéra et un feu d'artifice; et de tout l'hiver après il n'y eut plus de- bals. Le Roi, pour éviter toutes disputes et toutes difficultés, supprima toutes cérémonies; il régla qu'il n'y auroit point de fiançailles dans son cabinet, mais qu'elles se feroient tout de suite avec le mariage à la chapelle, pour éviter la queue, qui ne seroit point portée en cérémonie, mais par l'exempt des gardes du corps en service auprès de la princesse, tout comme il la portoit tous les jours, et que le poêle seroit tenu par l'évêque nommé de Metz, premier aumônier en survivance de son oncle, et par l'aumônier du Roi de quartier qui se trouveroit de jour, et ce fut l'abbé Morel; que Mgr le duc de Bourgogne donneroit seul la main à la princesse, tant en allant qu'en revenant de la chapelle, et que, passé Monsieur le Prince, aucun prince |ïie signeroit sur le livre du curé. On jugea que ce dernier point fut décidé en faveur des bâtards, qui étant du fes • tin royal par une grâce nouvelle, qui avoit commencé au mariage de M. le duc de Chartres, et point de droit, puisqu'ils n'étoient pas princes du sang, auroient eu un dégoût de ne signer pas aussi sur le registre, à quoi aussi les princes du sang se seroient opposés : ainsi Monsieur le Duc ne signa point; M. le prince de Gonti n'étoit pas encore arrivé. Le Roi avoit aussi précédemment réglé qu'il ne recevroit point le serment des officiers principaux de la maison de la princesse, qu'ils n'en prêteroient point jusqu'après son mariage, et qu'alors elle les recevroit, ce qui fut exécuté ainsi. Mmc de Verneuil fut mandée au mariage, et eut la dernière place au festin royal, comme cela jS'étoit fait au mariage de M. le duc de Chartres et de M. du Maine; mais elle n'y fut que le jour du mariage, et aussitôt après elle s'en retourna à Paris. Aucune dame assise ne se trouva à pas un de ces festins, non pas même la duchesse du Lude. La duchesse d'Angoulême, veuve du
bâtard de Charles IX, n'y fut point mandée, comme elle ne l'avoit point été aux mariages de M. le duc de Chartres et de M. du Maine, parce qu'elle n'avoit pas le. rang de princesse du sang.