‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 47 sur 393 · MA PREMIÈRE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

MA PREMIÈRE CAMPAGNE

faisant sa révérence, il me présenta pour être mousquetaire, le jour de Saint-Simon Saint-Jude, à midi et demi, comme il sortoit du conseil.

Sa Majesté lui fit l'honneur de l'embrasser par trois fois, et comme il fut question de moi, le Roi, me trouvant petit et l'air délicat, lui dit que j'étois encore bien jeune, sur quoi mon père répondit que je l'en servirois plus longtemps. Là-dessus le Roi lui demanda en laquelle des deux compagnies il vouloit me mettre, et mon père choisit la première, à cause de Maupertuis, son ami particulier, qui en étoit capitaine. Outre le soin qu'il s'en promettoit pour moi, il ! n'ignoroit pas l'attention avec laquelle le Roi s'informoit à ces deux capitaines des jeunes gens distingués qui étoient dans leurs compagnies, surtout à Maupertuis, et combien leurs témoignages influoient sur les premières opinions , que le Roi en prenoit, et dont les conséquences avoient tant de suite. Mon père ne se trompa pas, et j'ai eu lieu d'attribuer aux bons offices de Maupertuis la première bonne opinion que le Roi prit de moi.

Ce Maupertuis se disoit de la maison de Melun, et le disoit de bonne foi ; car il étoit la vérité et l'honneur et la probité même, et c'est ce qui lui avoit acquis la confiance du Roi. Cependant il n'étoit rien moins que Melun, ni reconnu par aucun de cette grande maison. 11 étoit arrivé par les degrés, de maréchal des logis des mousquetaires, jusqu'à les commander en chef et à devenir officier général ; son équité, sa bonté, sa valeur lui en avoient acquis l'estime. Les vétilles, les pointillés de toute espèce d'exactitude et de précision, et une vivacité qui d'un rien faisoit un crime, et de la meilleure foi du monde, l'y faisoieni moins aimer. C'étoit par là qu'il avoit su plaire au Roi, qui lui avoit souvent donné des emplois de confiance. Il fut chargé, à la dernière disgrâce de M. de Lauzun, de le conduire à Pignerol, et bien des années après, de l'en ramener à Rourbon deux fois de suite, lorsque l'intérêt de sa liberté et celui de M. du Maine y joignirent Mmc de Montcspan et cet illustre malheureux, qui y céda les dons immenses

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