‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 52 sur 393 · POUDRES CACHÉES PAU LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

POUDRES CACHÉES PAU LES JÉSUITES

plus, un religieux de la maison, qui s'y retire par permission du supérieur, qui seul le visite de lois à autre. La vie y est plus austère que dans la maison, et dans une séparation entière. Ils viennent tous à l'office le dimanche, emportent leur provision du couvent, préparent seuls leur manger durant la semaine, ne sortent jamais de leur petite demeure, y disent leur messe, qu'ils sonnent et que le voisin qui entend la cloche vient répondre, et s'en retourne, sans se dire un mot. La prière, la contemplation, le travail de leur petit ménage, et à faire des paniers, partage leur temps, à l'imitation des anciennes laures1.

Il arriva une chose à Namur, après sa prise, qui fit du bruit, et qui auroit pu avoir de fâcheuses suites avec un autre prince que le Roi. Avant qu'il entrât dans la ville, où pendant le siège du château il n'auroit pas été convenable qu'il eût été, on visita tout avec exactitude, quoique par la capitulation les mines, les magasins, et tout en un mot eût été montré. Lorsque, dans une dernière visite après la prise du château, on la voulut faire chez les jésuites, ils ouvrirent, tout en marquant toutefois leur surprise, et quelque chose de plus, de ce qu'on ne s'en fioit pas à leur témoignage. Mais en fouillant partout où ils ne s'attendoient pas, on trouva leurs souterrains pleins de poudre dont ils s'étoient bien gardés de parler : ce qu'ils en prétendoient faire est demeuré incertain. On enleva leur poudre , et comme c'étoit des jésuites , il n'en fut rien.

Le Roi essuya, pendant le cours de ce siège, un cruel tire-lesse2. Il avoit en mer une armée navale, commandée par le célèbre Tourville, vice-amiral; et les Anglois une autre jointe aux Hollandois, presque du double supérieure. Elles étoient dans la Manche, et le roi d'Angleterre sur les côtes de Normandie, prêt à passer en Angleterre

1. Cellules des solitaires dans l'Orient, formant une serte de village.

2. Vieux mot, que l'on écrit ordinairement tire-laisse. 11 exprimait le désappointement d'un homme frustré d'une chose qu'il croyait ne pouvoir lui manquer.

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