OOETQUEN ET SA MORT
leçon qui doit apprendre à ne badiner jamais avec les armes.
Le pauvre garçon, pour achever de suite ce qui le regarde, ne survécut pas longtemps. 11 entra bientôt dans le régiment du Roi, et sur le point de l'aller joindre au printemps suivant, il me vint conter qu'il s'étoit fait dire sa bonne aventure par une femme nommée la du Perchoir, qui en faisoit secrètement métier à Paris, et qu'elle lui avoit dit qu'il seroit noyé et bientôt. Je le grondai d'une curiosité si dangereuse et si folle, et je me flattai de l'ignorance de ces sortes de personnes, et que celle-là en avoil jugé de la sorte sur la physionomie effectivement triste et sinistre de mon ami, qui étoit très-désagréablement laid. Il partit peu de jours après, trouva un autre homme de ce métier à Amiens, qui lui fit la même prédiction; et, marchant avec le régiment du Roi pour joindre l'armée, il voulut abreuver son cheval dans l'Escaut, et s'y noya, en présence de tout le régiment, sans avoir pu être secouru. J'y eus un extrême regret, et ce fut pour ses amis et pour sa famille une perte irréparable. 11 n'avoit que deux sœurs, dont l'une épousa le fils aîné du marquis de Montchevreuil et l'autre s'était faite religieuse au Calvaire.
Les mousquetaires m'ont entraîné trop loin : avant de continuer, il faut rétrograder, et n'oublier pas deux mariages faits à la cour au commencement de cette année, le premier prodigieux, le 18 février; l'autre, un mois après.