FORTUNE DE VILLARS PÈRE
le France le mieux fait et de la meilleure mine. On se batoit fort de son temps; il étoit brave et adroit aux armes, 3t avoit acquis de la réputation fort jeune en des combats singuliers. Gela couvrit sa naissance aux yeux de M. de Nemours, qui aimoit à s'attacher des braves, et qui le prit ;omme gentilhomme. Il l'estima même assez pour le pren- Ire pour second au duel qu'il eut contre M. de Beaufort, ;on beau-frère, qui le tua, tandis que Villars avoit tout 'avantage sur son adversaire.
Celle mort renvoya Villars chez lui. Il n'y fut pas long-
pmps que M. le prince de Conti se l'attacha aussi comme
m gentilhomme à lui. Il venoit de quitter le petit collet.
étoit foible et contrefait, et souvent en butte aux trop
rtes railleries de Monsieur le Prince, son frère; il projeta
e s'en tirer par un combat, et ne sachant avec qui,ilima-
na d'appeler le duc d'York, maintenant le roi Jacques d' An-
leterre, qui est à Saint-Germain, et qui pour lors étoit en
jrance. Gette belle idée et le souvenir du combat de M. de
emourslui fit prendre Villars. Il ne put tenir son projet
! caché qu'il ne fût découvert, et aussitôt rompu par la
fonte qui lui en fut faite, n'ayant jamais eu la plus petite
lose à démêler avec le duc d'York. Dans les suites il prit
imfiance en Villars, et lorsque le cardinal Mazarin son-
ïa à lui donner sa nièce, ce fut de Villars dont il se servit,
par qui il fît ce mariage. On sait combien il fut heureux
saint ensuite. Villars devint le confident des deux époux
•i leur lien avec le cardinal, et tout cela avec toute la sa-
Icité et la probité possible.
Une telle situation le mit fort dans le monde, et dans un iibndefort au-dessus de lui, parmi lequel, quelque fortune ■'il ait faite depuis, il ne s'est jamais méconnu. Sa figure w donna entrée chez les dames; il étoit galant et discret, j^cette voie ne lui fut pas inutile. Il plut à Mme Scarron, fci, sur le trône où elle sut régner longtemps depuis, n'a j nais oublié ces sortes d'amitiés si librement intimes. Mars fut employé auprès des princes d'Allemagne et d'Itali, et fut après ambassadeur en Savoie, en Danemark et
26 MARÉCHALE t)E ROCHEFORT. [1692
en Espagne, et réussit et se fit estimer et aimer partout Il eut ensuite une place de conseiller d'État d'épée, et, ai scandale de Tordre du Saint-Esprit, il fut de la promotior de 1688. Sa femme étoit sœur du père du maréchal d( Bellefonds, qui avoit de l'esprit infiniment, plaisante, salée ordinairement méchante : tous deux fort pauvres, toujour à la cour, où ils avoient beaucoup d'amis, et d'amis considérables.
I La maréchale de Rochefort étoit d'une autre étoffe et d« la maison de Montmorency, de la branche de Laval. Soi père, second fils du maréchal de Boisdauphin, avectrès-pei de bien, épousa pour sa bonne mine la marquise de Coislin veuve du colonel général des Suisses et mère du duc et di chevalier de Coislin, et de l'évêque d'Orléans, premie aumônier du Roi. Elle étoit fille aînée du chancelier Seguie et sœur aînée de la duchesse de Verneuil, mère en pre mières noces du duc de Sully et de la duchesse du Lude La maréchale de Rochefort naquit posthume, seule de so:; lit, en 1646, et M. de Boisdauphin, frère aîné de son père n'eut point de postérité. Elle épousa en 1662 le marquis depuis maréchal, de Rochefort Alloigny, peu de mois aprèi que l'héritière de Souvré, sa cousine issue de germaine eut épousé M. de Louvois.
Cette héritière étoit fille du fils de M. de Courtenvaujj lequel étoit fils du maréchal de Souvré et frère de la célèbrj Mme de Sablé, mère de M. de Laval père de la maréchale d Rochefort. M. de Rochefort, qu'elle épousa, étoit ami intim de M. le Tellier et de M. de Louvois, qui lui firent rapide ment sa fortune. Il mourut capitaine des gardes du corpl! gouverneur de Lorraine, et désigné général d'armée, e allant en prendre le commandement au printemps de 167(.
II n'y avoit pas un an qu'il étoit maréchal de France, de! promotion qui suivit la mort de M. de Turenne. Cette mêm protection avoit fait sa femme dame du palais de la Rein'
Elle étoit belle, encore plus piquante, toute faite pour!, cour, pour les galanteries, pour les intrigues; l'esprit dj monde à force d'en être, peu ou point d'ailleurs, et touj
[46921] MARÉCHALE DE ROCHEFOUf. #7
la bassesse nécessaire pour être de tout et en quulque sorte que ce fut. M. de Louvois la trouva fort à son gré, et elle s'accommoda fort de sa bourse et de figurer par cette intimité. Lorsque le Roi eut et changea de maîtresses, elle fut toujours leur meilleure amie ; et quand il lia avec Mme de Soubise, c'étoit chez la maréchale qu'elle alloit, et chez qui elle attendoit Bontemps à porte fermée, qui la menoit par des détours chez le Roi. La maréchale elle-même me Ta conté, et comme quoi elle fut un jour embarrassée à se défaire du monde que Mmc de Soubise trouva chez elle, qui n'avoit pas eu le temps de l'avertir ; et comme elle mouroit de peur que Bontemps ne s'en retournât, et que le rendezvous manquât, s'il arrivoit avant qu'elle se fût défaite de sa compagnie.
Elle fut donc amie de Mu,es de la Vallière, de Montespan et de Soubise, et surtout de la dernière, jusqu'au temps où j'ai connu la maréchale, et le sont toujours demeurées intimement. Elle le devint après de Mme de Maintenon, qu'elle avoit connue chez Mn,e de Montespan, et à qui elle s'attacha à mesure qu'elle vit arriver et croître sa faveur. Elle étoit telle au mariage de Monseigneur que le Roi n'eut pas honte de la faire dame d'atour de la nouvelle Dauphine ; mais n'osant aussi l'y mettre en plein, il ne put trouver mieux que la maréchale de Rochefort pour y être en premier, et pour s'accommoder d'une compagne si étrangement inégale, et avoir cependant pour elle toutes les déférences que sa faveur exigeoit. Elle y remplit parfaitement les espérances qu'on en avoit conçues, et sut néanmoins avec cela se concilier l'amitié et la confiance de Madame la Dauphine jusqu'à sa mort, quoiqu'elle ne pût souffrir Mme de Maintenon, ni Mme de Maintenon cette pauvre princesse.
Une femme si connue du Roi, et si fort à toutes mains, étoit son vrai fait pour mettre auprès de Mme la duchesse de Chartres, qui entroit si fort de travers dans une famille tellement au-dep^us d'elle, et avec une belle-mère outrée, et qui n'ôtoit pas femme à contraindre ses mépris. Si une maréchale de France, et de cette qualité, avoit surpris le