‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 59 sur 393 · COMMENCEMENTS DE LABBÉ DU BOIS · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LABBÉ DU BOIS

aisoit la leçon, et la faisoit fort bien, et néanmoins plaisant ,u jeune prince.

Cependant Saint-Laurent mourut, et très-brusquement. )u Bois, par intérim, continua à faire la leçon ; mais depuis [u il fut devenu presque abbé, il avoit trouvé moyen de aire sa cour au chevalier de Lorraine et au marquis d'Efiat, premier écuyer de Monsieur, amis intimes, et ce dernier ayant aussi beaucoup de crédit sur son maître. De aire du Bois précepteur, cela ne se pouvoit proposer de lein saut; mais ces protecteurs, auxquels il eut recours, loignèrent le choix d'un précepteur, puis se servirent des rogrès du jeune prince pour ne le point changer de main, it laisser faire du Bois ; enfin ils le bombardèrent précepur. Je ne vis jamais homme si aise ni avec plus de raison, iette extrême obligation, et plus encore le besoin de se v3utenir, l'attacha de plus en plus à ses protecteurs, et ce it de lui que le chevalier de Lorraine se servit pour gagner consentement de M. de Chartres à son mariage. Du Bois avoit gagné sa confiance; il lui fut aisé en cet je, et avec ce peu de connoissance et d'expérience, de i faire peur du Roi et de Monsieur, et d'un autre côté, 3 lui faire voir les cieux ouverts. Tout ce qu'il put mettre h œuvre n'alla pourtant qu'à rompre un refus; mais lia sufifisoit au succès de l'entreprise. L'abbé du Bois ne [tria à M. de Chartres que vers le temps de l'exécution; bnsieur étoit déjà gagné, et dès que le Roi eut réponse % l'abbé du Bois, il se hâta de brusquer l'affaire. Un jour i deux auparavant, Madame en eut le vent. Elle parla à onsieur son fils de l'indignité de ce mariage avec toute I force dont elle ne manquoit pas, et elle en tira parole fi'il n'y consentiroit point. Ainsi, foiblesse envers son prépteur, foiblesse envers sa mère, aversion d'une part, ainte de l'autre, et grand embarras de tous côtés. Une après-dînée, de fort bonne heure, quejepassois dans galerie haute, je vis sortir M. le duc de Chartres d'une rte de derrière de son appartement , l'air fort empêtré triste, suivi d'un seul exempt des gardes de Monsieur*

et comme je me trouvai là, je lui demandai où il allait ainsi si vite et à cette heure-là. Il me répondit d'un air brusque et chagrin qu'il alloit chez le Roi, quil'avoit envoyé! quérir. Je ne jugeai pas à propos de raccompagner, et me' tournant à mon gouverneur, je lui dis que je conjecturoW quelque chose du mariage, et qu'il alloit éclater. Il m'en! uvoit depuis quelques jours transpiré quelque chose, et comme je jugeai bien que les scènes seroient fortes, la curiosité me rendit fort attentif et assidu.

M. de Chartres trouva le Roi seul avec Monsieur dans son cabinet, où le jeune prince ne savoit pas devoir trouver- Monsieur son père. Le Roi fit des amitiés à M. de Chartres, lui dit qu'il vouloit prendre soin de son établisse-; ment, que la guerre allumée de tous côtés lui ôtoit desj princesses qui auroient pu lui convenir ; que de princesses,; du sang il n'y en avoit point de son âge; qu'il ne lui pouvoit mieux témoigner sa tendresse qu'en lui offrant sa fdle, dont les deux sœurs avoient épousé deux princes du; sang, que cela joindroit en lui la qualité de gendre à celle de neveu , mais que quelque passion qu'il eût de ce ma-: riage, il ne le vouloit point contraindre et lui laissoit là«: dessus toute liberté. Ce propos, prononcé avec cette ma-; jesté effrayante si naturelle au Roi, à un prince timide et dépourvu de réponse, le mit hors de mesure. Il crut se tirer d'un pas si glissant en se rejetant sur Monsieur et! Madame, et répondit en balbutiant que le Roi étoit le maître, mais que sa volonté dépendoit de la leur. « Cela est bien à vous, répondit le Roi , mais dès que vous y consen tez, votre père et votre mère ne s'y opposeront pas; » et sel tournant à Monsieur : « Est-il pas vrai, mon frère? » Monsieur consentit comme il avoit déjà fait seul avec le Roi, qui tout de suite dit qu'il n'étoit donc plus question que de Madame, et qui sur-le-champ l'envoya chercher; et cepen-j dant se mit à causer avec Monsieur, qui tous deux ne firent pas semblant de s'apercevoir du trouble et de l'abattement de M. de Chartres.

Madame arriva, à qui d'entrée le Roi dit qu'il comptoit

uen qu'elle ne voudroit pas s'opposer à une affaire que Ionsicur desiroit, et que M. de Chartres y consentoit; [uc c'étoit son mariage avee MUc de Blois, qu'il avouoit [u'il desiroit avec passion, et ajouta courtement les oêmes choses qu'il venoit de dire à M. le duc de Charges, le tout d'un air imposant, mais comme hors de oute que Madame pût n'en pas être ravie, quoique plus ue certain du contraire. Madame, qui avoit compte r le refus dont Monsieur son fils lui avoit donné parole, 'il lui avoit même tenue autant qu'il avoit pu par sa ponse si embarrassée et si conditionnelle, se trouva ise et muette. Elle lança deux regards furieux à Moneur et à M. de Chartres, dit que puisqu'ils le vouloient en, elle n'avoit rien à y dire, fit une courte révérence, s'en alla chez elle. Monsieur son fils l'y suivit inconti- ;nt, auquel, sans donner le moment de lui dire cornent la chose s'étoit passée, elle chanta pouille avec un rrent de larmes, et le chassa de chez elle. jUn peu après, Monsieur, sortant de chez le Roi, entra ez elle, et excepté qu'elle ne l'en chassa pas comme son 3, elle ne le ménagea pas davantage ; tellement qu'il sortit chez elle très-confus, sans avoir eu loisir de lui dire un ul mot. Toute cette scène étoit finie sur les quatre heures I l'après-dînée, et le soir il y avoit appartement , ce qui rivoit l'hiver trois fois la semaine, les trois autres jours médie, et le dimanche rien.

Ce qu'on appeloit appartement étoit le. concours de toutel cour, depuis sept heures du soir jusqu'à dix que le Roi tejmettoit à table, dans le grand appartement, depuis un m salons du bout de la grande galerie jusque vers la trilie de la chapelle. D'abord il y avoit une musique ; puis m tables par toutes les pièces toutes prêtes pour toutes Iftes de jeux; un lansquenet où Monseigneur et Monsieur itoient toujours; un billard : en un mot, liberté entière d faire des parties avec qui on vouloit, et de demander l tables si elle se trouvoient toutes remplies; au delà du Jîard il y avoit une pièce destinée aux rafraîchissements;

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et tout parfaitement éclairé. Au commencement que cela fut établi, le Roi y alloit, et y jouoit quelque temps; mais dès lors il y avoit longtemps qu'il n'y alloit plus; mais il vouloit qu'on y fut assidu, et chacun s'empressoit à lui1 plaire. Lui cependant passoit les soirées chez Mme de Maintenon, à travailler avec différents ministres les uns après les autres.

Fort peu après la musique finie, le Roi envoya cherche) à l'appartement Monseigneur et Monsieur, qui jouoien déjà au lansquenet ; Madame, qui à peine regardoit uihj partie d'hombre auprès de laquelle elle s'étoit mise; M. d< Chartres, qui jouoit fort tristement aux échecs; et MUe d< Blois,quiàpeine avoit commencé à paroître dans le monde qui ce soir-là étoit extraordinairement parée, et qui pourtant ne savoit et ne se doutoit même de rien, si bien que naturellement fort timide et craignant horriblement lij Roi, elle se crut mandée pour essuyer quelque répri mande, et entra si tremblante que Mn,e de Maintenon 1; prit sur ses genoux, où elle la tint toujours, la pouvant :| peine rassurer. A ce bruit de ces personnes royales man dées chez Mme de Maintenon, et Mlle de Blois avec elles; le bruit du mariage éclata à l'appartement, en mêm temps que le Roi le déclara dans ce particulier. Il ne dur que quelques moments, et les mêmes personnes revinren à l'appartement, où cette déclaration fut rendue publique J'arrivai dans ces premiers instants. Je trouvai le mond par pelotons, et un grand étonnement régner sur tous le visages. J'en appris bientôt la cause, qui ne me surpri pas, par la rencontre que j'avois faite au commencemen de l'après-dînée.

Madame se promenoitdans la galerie avec Châteauthiers sa favorite, et digne de l'être; clic marchoit à grand pas son mouchoir à la main, pleurant sans contrainte, parlar assez haut, gesticulant et représentant fort bien Géré après l'enlèvement de sa fille Proserpine, la cherchai)! en fureur et la redemandant à Jupiter. Chacun , par reil pect, lui laissoit le champ libre, et ne faisoit que passe

pour entrer dans l'appartement. Monseigneur et Monsienr s'étoient remis au lansquenet. Le premier me parut tout à son ordinaire; mais rien de si honteux que le visage de Monsieur, ni de si déconcerté que toute sa personne; et ce premier état lui dura plus d'un mois. Monsieur son fils paroissoit désolé, et sa future dans un embarras et une tristesse extrême. Quelque jeune qu'elle fût, quelque prodigieux que fût son mariage, elle en voyoit et en sentoit toute la scène, et en appréhendoit toutes les suites. La consternation parut générale, à un très-petit nombre de gens près. Pour les Lorrains, ils trioniphoient. La sodomie et le double adultère les avoient bien servis en les servant bien eux-mêmes. Ils jouissoient de leurs succès, et comme ils en avoient toute honte bue, ils avoient raison de s'applaudir.

La politique rendit donc cet appartement languissant en apparence, mais en effet vif et curieux. Je le trouvai court dans sa durée ordinaire ; il finit par le souper du Roi , duquel je ne voulus rien perdre. Le Roi y parut tout comme à son ordinaire. M. de Chartres étoit auprès de Madame, qui ne le regarda jamais, ni Monsieur. Elle avoit les yeux pleins de larmes, qui tomboient de temps

Bm temps, et qu'elle essuyoit de même, regardant tout le nonde comme si elle eût cherché à voir quelle mine chacun faisoit. Monsieur son fils avoit aussi les yeux bien ouges, et tous deux ne mangèrent presque rien. Je remarquai que le Roi offrit à Madame presque de tous les lats qui étoient devant lui , et qu'elle les refusa tous d'un

r de brusquerie qui jusqu'au bout ne rebuta point Fair

'attention £t de politesse du Roi pour elle.

Il fut encore fort remarqué qu'au sortir de table et à la in de ce cercle debout d'un moment dans la chambre du

oi, il fit à Madame une révérence très-marquée et basse, pendant laquelle elle fit une pirouette si juste, que le Roi m se relevant ne trouva plus que son dos, et [elle] avancée

'un pas vers la porte.

Le lendemain, toute la cour fut chez Monsieur, chez Ma-

dame et chez M. le duc de Chartres, mais sans dire une parole : on se contentoit de faire la révérence, et tout s'y passa en parfait silence. On alla ensuite attendre à l'ordinaire la levée du conseil dans la galerie et la messe du Roi. Madame y vint. Monsieur son fils s'approcha d'elle comme il faisoit tous les jours pour lui baiser la main. En ce moment Madame lui appliqua un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en présence de toute la cour, couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j'étois, d'un prodigieux étonnement. Ce même jour l'immense dot fut déclarée, et le jour suivantle Roi alla rendre visite à Monsieur et à Madame, qui se passa fort tristement , et depuis on ne songea plus qu'aux préparatifs delà noce.

Le dimanche gras, il y eut grand bal réglé chez le Roi, c'est-à-dire ouvert par un branle, suivant lequel chacun dansa après. J'allai ce matin-là chez Madame, qui ne put se tenir de me dire d'un ton aigre et chagrin que j'étois apparemment bien aise des bals qu'on alloit avoir, et que cela étoit de mon âge, mais qu'elle, qui étoit vieille, voudroit déjà les voir bien loin. Ms' le duc de Bourgogne y dansa pour la première fois, et mena le branle avec Mademoiselle. Ce fut aussi la première fois que je dansai chez le Roi, et je menai Mllc de Sourches, fille du grand prévôt, qui dansoit très-bien. Tout le monde y fut fort magnifique.

Ce fut, un peu après, les fiançailles et la signature du contrat de mariage, dans le cabinet du Roi, en présence de toute la cour. Ce même jour la maison de la future duchesse de Chartres fut déclarée, à qui le Roi donna un chevalier d'honneur et une dame d'atour, jusqu'alors réservés aux filles de France, et une dame d'honneur qui répondit à une si étrange nouveauté. M. de Villars fut chevalier d'honneur, la maréchale de Rochefort dame d'honneur, la comtesse de Mailly dame d'atour, et le comte de Fontaine Martel premier écuyer.

Villars étoit petit-fils d'un greffier de Coindrieu, l'homme

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