‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 66 sur 393 · MADAME DE SAINT-VALLERY · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINT-VALLERY

Mn,c de Sain t-Vallery fut dame d'honneur, et Montchevrcuil, qui avoit été gouverneur de M. du Maine, et qui conduisoit toute sa maison, continua dans cette dernière fonction et demeura gentilhomme de sa chambre.

Mmc de Saint- Vallery étoit fille de Montlouet, premier écuyer de la grande écurie, petit-fils cadet de Bullion, surintendant des finances, et elle étoit veuve depuis un an d'un fils cadet de Gamaches, chevalier de l'ordre en 1661, sans enfants, par conséquent belle-sœur de Gayeu, depuis Gamaches, duquel il y aura occasion de dire un mot ; et la mère de Mmc de Saint-Vallery étoit Rouault, cousine germaine paternelle de Gamaches, le chevalier de l'ordre. G'étoit une femme grande, belle, agréable, très-bien faite, de fort peu d'esprit, à qui la douceur et une vertu jamais démentie, et une piété solide tenoit lieu de tout le reste, el1 la rendit aimable et respectée de toute la cour, où elle ne' vint que malgré elle. Aussi n'y demeura-t-elle que le moins! qu'elle put. Elle s'aperçut qu'on avoit envie de sa place, où tout lui déplaisoit, et que M. du Maine se radoucis! soit autour d'elle, ou naturellement, ou de dessein. Il n'er fallut pas davantage pour lui faire demander à se retirer avec la douleur de toute la cour, que sa beauté, sa vertu sa modestie, et le grand air de toute sa personne avoi charmée. On mit en sa place Mme de Manneville, fernm* du gouverneur de Dieppe et [belle-fille] de la dernière duchesse de Luynes, fille du chancelier Aligre. Mme de Man ! neville étoit fille de Montchevreuil;et c'étoit tellement leu' vrai ballot qu'on ne comprend pas comment elle n'y avoii pas été mise d'abord.

Montchevreuil étoit Mornay de bonne maison, sans es' prit aucun, et gueux comme un rat d'église. Villarceaus! de même maison que lui, étoit un débauché fort riche1 ainsi que l'abbé son frère, avec qui il vivoit. Villarceau1 entretint longtemps Mmc Scarron, et la tenoit presque toi l'été à Villarceaux. Sa femme, dont la vertu et la douceu donnoient une sorte de respect au mari, lui devint uni peine de mener cette vie en sa présence. 11 proposa à son

1692 j MONTCHEVREUIL ET SA FEMME. 35

ousin Montchevreuil de le recevoir chez lui avec sa comiagnie, et qu'il mettroit la nappe pour tous. Cela fut accepté vec joie, et ils vécurent de la sorte nombre d'étés à Monthevreuil. La Scarron devenue reine eut cela de bon qu'elle ima presque tous ses vieux amis dans tous les temps de a vie. Elle attira Montchevreuil et sa femme à la cour, où 3S Villarceaux, trop libertins, ne se pouvoient contraindre ; lie voulut Montchevreuil pour un des trois témoins d( on mariage avec le Roi ; elle lui procura le gouvernement e Saint-Germain en Laye, l'attacha à M. du Maine, le fit Jievalier de l'ordre avec le fils de Villarceaux, au refus du Jère, en 1688, qui l'aima mieux pour son fils que pour luiême, et mit sous la conduite de Mme de Montchevreuil lle de Blois jusqu'à son mariage avec M. le duc de Charles, après avoir été gouvernante des filles d'honneur de adame la Dauphine, emploi qu'elle prit par pauvreté. Montchevreuil étoit un fort honnête homme, modeste, ave, mais des plus épais. Sa femme, qui étoit Boucher 3rsay, étoit une grande créature maigre, jaune, qui rioit is, et montroit de longues vilaines dents, dévote à ounce, d'un maintien composé, et à qui il ne manquoit je la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun rit elle avoit tellement captivé Mme de Maintenon qu'elle voyoit que par ses yeux, et ses yeux ne voyoient jamais des apparences et la laissoient la dupe de tout. Elle t pourtant la surveillante de toutes les femmes de la r, et de son témoignage dépendoient les distinctions es dégoûts, et souvent par enchaînement les fortunes. t jusqu'aux ministres , jusqu'aux filles du Roi trement devant elle ; on ne l'approchoit que difficilement ; ourire d'elle étoit une faveur qui se comptoit pour coup. Le Roi avoit pour elle une considération la plus uée. Elle étoit de tous les voyages, et toujours avec de Maintenon.

mariage de M. du Maine causa une rupture entre me la Princesse et la duchesse d'Hanovre, sa sœur. Avoit fort désiré M. du Maine pour une de ses filles,

Page 1