‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 67 sur 393 · DUCHESSE DOUAIRIÈRE D'HANOVRE · texte numérisé non relu

DUCHESSE DOUAIRIÈRE D'HANOVRE

et qui prétendit que Monsieur le Prince lui avoit :oupé l'herbe sous le pied. Elle vivoit depuis longtemps en France avec ses deux filles, déjà fort grandes. Elles n'avoient aucun rang, n'alloient point à la cour, voyoient peu de monde, et jamais Madame la Princesse qu'en particulier. Elles ne laissoient pas d'avoir usurpé peu à peu de marcher avec deux carrosses, force livrée, et un faste qui le leur convenoit point à Paris. Avec ce cortège, elle rencontra Mmc de Bouillon dans les rues, à qui les gens de l'Allemande firent quitter son chemin, et la firent ranger avec une grande hauteur. Ce fut quelque temps après le mariage de Mmc du Maine. Mme de Bouillon, fort offensée, n'entendit point parler de Mme d'Hanovre. Sa famille étoit nombreuse et lors en grande splendeur, elle-même tenoit un grand état chez elle ; les Bouillons, piqués à l'excès, résolurent de se venger et l'exécutèrent. Un jour quils surent que Mme d'Hanovre devoit aller à la comédie, ils y allèrent tous, avec Mme de Bouillon et une nombreuse, livrée. Elle avoit ordre de prendre querelle avec celle de M1"' d'Hanovre, et l'exécution fut complète : les gens de la dernière battus à outrance, les harnois de ses chevaux coupés, son carrosse fort maltraité. L'Allemande fi les hauts cris, se plaignit au Roi, s'adressa à Monsieur 1< Prince, qui, mécontent de sa bouderie, n'en remua pas etle Roi, qui aimoit mieux les trois frères Bouillon qu'elle qui avoit le premier tort et s'étoit attiré cette insulte, n». voulut point s'en mêler, en sorte qu'elle en fut pour se, plaintes et qu'elle apprit à se conduire plus modestement j

Elle en demeura si outrée, que dès lors elle résolut d se retirer avec ses filles en Allemagne, et quelques moi après elle l'exécuta. Ce fut leur fortune : elle maria son aîné au duc de Modène, qui venoit de quitter le chapeau d cardinal pour succéder à son frère; et quelque temp^ après, le prince de Salm, veuf de sa sœur, gouverneui puis grand maître de la maison du fils aîné de l'empereul Léopold, roi de Bohême, puis des Romains, fit le mariag de ce prince avec Amélie, son autre fille.

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