‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 70 sur 393 · J DE SEPT MARÉCHAUX DE FRANCE · texte numérisé non relu

J DE SEPT MARÉCHAUX DE FRANCE

la faire mettre dans un couvent, et de lui faire entendre, s'il avoit peine à s'y résoudre, que le bâton qu'il lui destinoit étoit à ce prix.

Ce que le Roi avoit prévu arriva. Le duc de Choiseul , excellent homme de guerre, étoit d'ailleurs un assez pauvre homme et le meilleur homme du monde. Quoique vieux, un peu amoureux de sa femme, qui lui faisoit accroire une partie de ce qu'elle vouloit, il ne put se résoudre à un tel éclat, tellement que M. de la Rochefoucauld, à bout d'éloquence, fut obligé d'en venir à la condition du ibâton. Cela même gâta tout. Le duc de Choiseul s'indigna sque la récompense de ses services et de la réputation qu'il avoit justement acquise à la guerre se trouvât attachée à ne affaire domestique qui ne regardoit que lui, et refusa vec une opiniâtreté qui ne put être vaincue. 11 lui en coûta e bâton de maréchal de France , dont le scandale public îclata. Ce qu'il y eut de pis pour lui, c'est que sa femme )ientôt après fut chassée, et qu'elle en fit tant que le duc de Choiseul enfin n'y put tenir, la chassa de chez lui et s'en épara pour toujours.

Maulevrier avoit beaucoup de réputation à la guerre, et lia méritoit. Elle lui avoit valu l'ordre malgré M. de Loujois, un gros gouvernement et force commandements en îhef. Le Roi le crut assez récompensé, et le laissa. Ce pauvre jomme en conçut une si violente douleur qu'il ne survécut ps deux mois à la promotion de ces sept cadets. Croissy, jDn frère, ministre et secrétaire d'État, en fut outré, mais n'osa le trop paroître.

Montai étoit un grand vieillard de quatre-vingts ans. ni avoit perdu un œil à la guerre, où il avoit été court de coups. Il s'y étoit infiniment distingué, et souvent des commandements en chef considérables. Il avoit quis beaucoup d'honneur à la bataille de Fleurus, et enre plus de gloire au combat de Steinkerke, qu'il avoit abli. Tout cria pour lui, hors lui-même. Sa modestie et sagesse le firent admirer. Le Roi même en fut toué, et lui promit de réparer ce tort qu'il lui avoit fait. Il

40 mort dp: MADEMOISELLE. [1693]

s'en alla quelque peu ehez lui, puis revint et servit par les espérances qui lui avoient été données, et qui furent trompeuses jusqu'à sa mort.

Mademoiselle, la grande Mademoiselle, qu'on appeloit pour la distinguer de la fille de Monsieur, ou pour l'appeler par son nom , Mlle de Monpensier, fille aînée de Gaston, et seulo de son premier mariage, mourut en son palais de Luxembourg, le dimanches avril, après une longue maladie de rétention d'urine, à soixante-trois ans, la plus riche princesse particulière de l'Europe. Le Roi Favoit visitée, et elle lui avoit fort recommandé M. de Joyeuse, comme son parent, pour être fait maréchal de France. Elle cousinoit et distinguoit et s'intéressoit fort en ceux qui avoient l'honneur de lui appartenir, en cela , bien que très-altière , fort différente de ce que les princes du sang sont devenus depuis à cet égard. Elle portoit exactement le deuil de parents même très-médiocres et très-éloignés , et disoit par où et comment ils l'étoient. Monsieur et Madame ne la quittèrent presque point pendant sa maladie. Outre la liaison qui avoit toujours été entre elle et Monsieur, dans tous les temps, il muguetoit sa riche succession, et fut en effet son légataire universel. Mais les plus gros morceaux avoient échappé.

Les Mémoires publics de cette princesse montrent à découvert sa foiblesse pour M. de Lauzun, la folie de celui-ci de ne l'avoir pas épousée dès qu'il en eut la permission du Roi, pour le faire avec plus de faste et d'éclat. Leur désespoir de la rétractation de la permission du Roi fut extrême, mais les donations du contrat de mariage étoient faites et subsistèrent par d'autres actes. Monsieur, poussé par Monsieur le Prince, avoit pressé le Roi de se rétracter, mais Mme de Montespan et M. de Louvois y eurent encore plus de part, et furent ceux sur qui tomba toute la fureur de Mademoiselle et la rage du favori; car M. de Lauzun l'étoit. Ce ne fut pas pour longtemps : il s'échappa plus d'une fois avec le Roi, plus souvent encore avec la maîtresse, et donna beau jeu au ministre pour le perdre. Il

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