SES DONATIONS LIBRES ET FORCÉES
vint à bout de le faire arrêter et conduire à Pignerol, où il fut extrêmement maltraité par ses ordres, et y demeura dix ans. L'amour de Mademoiselle ne se refroidit point pour l'absence. On sut en profiter pour faire un grand éta< blissement à M. du Maine, à ses dépens et à ceux de M. de Lauzun, qui en acheta sa liberté. Eu , Aumale, Dombes ei d'autres terres encore furent données à M. du Maine, au grand regret de Mademoiselle. Et ce fut sous ce prétexte de reconnaissance que, pour élever de plus en plus les bâtards, le Roi leur fit prendre la livrée de Mademoiselle, qui étoit celle de Monsieur Gaston. Cet héritier forcé lui fut toujours fort peu agréable, et elle étoit toujours sur la défensive pour le reste de ses biens, que le Roi lui vouloit arracher pour ce fils bien-aimé.
Les aventures incroyables de M. de Lauzun, qui avoit sauvé la reine d'Angleterre et le prince de Galles, l'avoient ramené à la cour. Il s'étoit brouillé avec Mademoiselle, toujours jalouse de lui, qui, même à la mort, ne le voulut pas voir. Il avoit conservé Thiers et Saint-Fargeau de ses dons. Il laissoit toujours entendre qu'il avoit épousé Mademoiselle, et il parut devant le Roi en grand manteau, qui le trouva fort mauvais. Après son deuil il ne voulut pas reprendre sa livrée, et s'en fit une d'un brun presque noir, avec des galons bleus et blancs, pour conserver toujours la tristesse de la perte de Mademoiselle, dont il avoit des portraits partout.
Cette princesse donna à Monseigneur sa belle maison de Choisy, qui fut ravi d'en avoir une de plaisance où il pût aller seul quelquefois avec qui il voudroit ; vingt-deux mille livres à Mlles de Rreval et du Cambout, ses filles d'honneur ; et des legs pieux, et d'autres à ses domestiques, qui répondirent peu à ses richesses.
Tous les Mémoires de guerres civiles et les siens propres l'ont trop fait connoitre pour qu'il soit nécessaire d'y rien ajouter ici. Le Roi ne lui avoit jamais bien pardonné la journée de Saint-Antoine, et je l'ai ouï lui reprocher une fois, à son souper, en plaisantant, mais un peu fortement,