‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 75 sur 393 · MORT DE MON PÊUE · texte numérisé non relu

MORT DE MON PÊUE

s'écria-t-on qu'il se trouvoit mal : il n'y avoit plus d'huile à la lampe.

J'en appris la triste nouvelle en revenant du coucher du Roi, qui se purgeoit le lendemain. La nuit fut donnée aux justes sentiments de la nature. Le lendemain j'allai de bon matin trouver Bontemps, puis le duc de Beauvillier, qui étoit en année, et dont le père avoit été ami du mien. M. de Beauvillier me témoignoit mille bontés chez les princes dont il étoit gouverneur, et me promit de demander au Roi les gouvernements de mon père en outrant son rideau. 11 les obtint sur-le-champ. Bontemps, fort attaché à mon père , accourut me le dire à la tribune où j'attendois; puis M. de Beauvillier lui-même, qui me dit de me trouver à trois heures dans la galerie, où il me feroit appeler et entrer par les cabinets, à l'issue du dîner du Roi.

Je trouvai la foule écoulée de sa chambre. Dès que Monsieur, qui étoit debout au chevet du lit du Roi, m'aperçut : « Ah! voilà, dit-il tout haut, M. le duc de Saint-Simon. » J'approchai du lit, et fis mon remerciement par une profonde révérence. Le Roi me demanda fort comment ce malheur étoit arrivé, avec beaucoup de bonté pour mon père et pour moi : il savoit assaisonner ses grâces. Il me parla des sacrements que mon père n'avoit pu recevoir; je lui dis qu'il y avoit fort peu qu'il avoit fait une retraite de plusieurs jours à Saint-Lazare, où il avoit son confesseur et où il avoit fait ses dévotions, et un mot de la piété de sa vie. Le colloque dura assez longtemps, et finit par des exhortations à continuer d'être sage et à bien faire, et qu il auroit soin de moi.

Lors de la maladie de mon père à Blaye, plusieurs personnes demandèrent au Roi le gouvernement de Blaye, d'Aubigné entre autres, frère de Mme de Maintenon, à qui il répondit plus brusquement qu'il n'avoit accoutumé : « Est-ce qu'il n'a pas un fils? » En effet, le Roi, qui s'étoit fermé à n'accorder plus de survivances, s'étoit toujours fait entendre à mon père qu'il me destinoit son gou-

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