LE ROI ME DONNE SES GOUVERNEMENTS. [1693 J
vernement. Monsieur le Prince muguetoit fort celui de Senlis, qu'avoit mon oncle; il r avoit demandé à sa mort. Le Roi le donna à mon père, et je l'eus en môme temps que celui de Blaye.
Tout ce qui avoisinoit Chantilly étoit envié par Monsieur le Prince. Il embla1 à mon oncle la capitainerie des chasses de Senlis et d'Hallastre en vrai Scapin. Mou oncle, aîné de huit ans de mon père, avoit eu ce gouvernement et cette capitainerie de son père, qui étoient depuis longtemps dans la maison, et depuis des siècles avec peu d'intervalle. Son grand âge et un trembement universel qui n'attaqua jamais sa tête ni sa santé l'avoient retiré depuis bien des années du monde. Il passoit les hivers à Paris, où il en voyoit fort peu, et sept ou huit mois à sa campagne tout auprès de Senlis. Sa femme, dont il n'avoit point d'enfants, étoit aussi vieille que lui. Elle étoit sœur du père du duc d'Uzès, et avoit épousé en premières noces le marquis de Portes, de la maison de Budos, chevalier de l'ordre ainsi que mon oncle, et vice-amiral de France, tué au siège de Privas. Il étoit frère de la connétable de Montmorency, mère de Madame la Princesse, grand'mère de Monsieur le Prince et du dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse. Monsieur le Prince l'appeloit toujours sa tante, et les alloit voir assez souvent de Chantilly.
Un beau jour il fut leur conter dans leur retraite que le Roi, importuné des plaintes de ceux qui se trouvoient enclavés dans les capitaineries royales, alloit rendre un édit pour les supprimer toutes, à l'exception de celles de ses maisons qu'il habitoit et des bois et plaines qui environnoient Paris; que les leurs alloient donc être supprimées; que cependant il espéroit cette considération du Roi que si elles étoient entre ses mains qu'il les lui conserveroit; qu'eux-mêmes y trouveroient doublement leur compte, parce. que ces capitaineries étant conservées, ils