‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 1 sur 44 · LOUIS = MICHAUD · texte numérisé non relu

LOUIS = MICHAUD

168, boulevard Saint-Germain PARIS

MCI

Saint- siMox

(U)7o-lT53)

L'Homme

UN petit bout d'homine d'apparence d'?biie, tenant tête au Grand-Roi, un noble faisant des procès à tout le monde pour des questions de prés'jim'e et d'étiquette, ne voyant dans la nation qne la noblesse et dans la noblesse que la pairie parcf qu'il étaîi noble et pair lui-même, un représentant de la fierté féodale dans une cour de marquis assagis : tel noies apparaît le duc Louis de Saint-Simon. Pour soutenir ses orgueilleuses prétentions, il s^ appuyait sur la haute antiquité de sa famille : les Rouvroy Saint-Simon, extraits du sang impérial par les comtes de Vermandois, prétendaient descendre de Charlemagne.

Henri de Rouvroy,. dit wi généalogiste du xvm® siècle, avait suivi Philippe- Auguste à la conquête de la Normandie en 1202. Quatre autres avaient été vice-rois de Navarre. (Test vers 1334 qu un Mathieu de Rouvroy avait épousé IhéritHre de la maison de Saint-Simon, à charge d'en porter le nom et les armoiries.

Les mauvaises langues prétendaient bien à Versailles qii'il y avait là exagération manifeste, que les de Saint-Simon étaient au contraire de noblesse bien mince et que seules les bontés de Louis XIII légitimaient une semblable outrecuidance.

Il XOÏIOE SUR SAINT SIMON

Force est de reconnaître que si ce monarque ne créa pas la noblesse des Saint-Simon, il les tira de Vdbscurité. Claude de Yermandois, le fère de Vécrivain, écuyer. de Louis XIII, se troîiva un beau matin, par faveur royale, duc et pair de France.

C'était une belle récompense pour un homme qui n'avait su que présenter des chevaux avec grâce et se piquer d^xactitude! Encore était-ce une raison pour reprocher à la noblesse des Saint-Simon de sentir le crott 'n !

U ailleurs ni cet écuyer ni son fils 7ie f tirent des ingrats : la vénération de Louis XIII était dans la famille une sorte de rite et le « roi des gentil sliommes », si supérietir, on s'en doute! à Louis XIV, « le roi des marchands », devint une sorte de Dieu lare devant la statue duquel une lampe brûlait toute Vannée.

Quand il mourut, Claude de Vermandois, duc et pair, gouverneur de Blaye, auquel il ajouta encore Sentis par décès de son frère aîné, joua au conspirateur et fronda Mazarin. A grand' peine il rentra à la cour où, veuf de soixante-trois ans, il épousa bravement une jeune fille qui en avait dix-neuf, Charlotte de V Aubespine (1672). Trois années plus tard, lui naquit un fils, Louis de Saint-Simon, Vauteur des Ménivjires (1675), qui eut pour parrain et marraine Louis XIII et Marie-Thérèse. Saint-Simon était déjà quelqu'un !

Au contraire de tant de jeunes nobles de V époque, qui souvent apprenaient des valets à faire la révérence et n'avaient pour éducateur que leur portier, Saint-Simon fut élevé at:ec soin par son père et par sa mère aidés d'un gouverneur, gentilhomme de mérite, il eut peu de goût jpour les langues anciennes mais pourtant sut assez de latin pour le parler ; il sut aussi l'allemand, chose fort rare à l'époque ! En revanche, son penchant pour l'histoire se manifesta de bonne heure et il lut tout ce qui en ce genre lui tomba sous la main. Mais les longs entretiens de messire Claude de Vermandois sur les qualités et vertus dît défunt roi, sur les privilèges éternels, apanages des vieilles maisons, sur les difjicidtés arides de la science de l'étiquette, formèrent surtout son esprit sinon son cœur.

Aussi, quand, à seize ans, Louis de Saint-Simon fut présenté à Louis XI V et reçu dans les mousquetaires gris, commença-t-il cette sévère critique du roi, du gouvernement et de la cour qui devait être la seule passion de sa vie.

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