LE MARECHAL DE BOUFFLERS
La cherté de toutes choses, et du pain sur toutes avait causé de fréquentes émotions dans toutes les différentes parties du royaume. Paris s'en était souvent senti, et quoique on eût fait demeurer près d'une moitié plus que l'ordinaire du régiment des gardes, pour la garde des marchés et des lieux suspects, cette précaution n'avait pas empêché force désordres, en plusieurs descpiels Argenson courut risque de la vie.
Monseigneur, venant et retournant de l'Opéra, avait été plus d'une fois assailli par la populace et par des femmes en grand nombre, criant du pain ! jusque-là qu'il en avait eu peur au milieu de ses gardes, qui ne les osaient dissiper de peur de pis. Il s'en était tiré en faisant jeter de l'argent et promettant merveilles ; mais comme elles ne suivirent x)as, il n'osait plus venir à Paris.
Le Roi en entendit lui-même d'assez fortes, de ses fenêtres, du peuple de Versailles qui criait dans les rues. Les discours taient hardis et fréquents, et les plaintes vives et fort peu mesurées contre le gouvernement, et même contre sa personne, par les rues et par les places, jusqu'à s'exhorter les uns les autres à n'être plus si endurants, et qu'il ne leur pouvait arriver pis que ce qu'ils souffraient, et de mourir de faim.
Pour amuser ce peuple, on employa les fainéants et les pauvres à raser une assez grosse butte de terre qui était demeurée sur le boulevard, entre les portes Si-int-Denis et Saint-Martin ; et on distribuait par ordre, de mauvais pain aux travailleurs pour tout salaire, et en petite quantité à chacun.
Il arriva c^ue le mardi matin,. 20 août, le pain manqua sur lui grand nombre. Une femme entre autres cria fort haut, ce qui en excita d'autres. Les archers préposés à cotte distribu* tion menacèrent la femme: elle n'en cria que plus fort ; les archers la saisirent et la mirent indiscrètement à un carcan voisin. En un moment tout l'atelier accourut, arracha le carcan,