LE MARÉCHAL DE BOUFFLERS
courut les mes, pilla les boulangers et les pâtissiers. De main en main les boutiques se fermèrent. Le désordre grossit et gagna les rues de proche en proche sans faire de malà personne, mais criant du pain ! et en prenant partout.
Le maréchal de Boufflers, qui ne pensait à rien moins, était allé ce matin-là chez Bérenger, son notaire, dans ce voisinagelà. Surpris de l'effroi qu'il y trouva, et en apprenant la cause il voulut aller lui-même tâcher de l'apaiser, malgré tout ce que le duc de C4rammont, qu'il trouva chez le même notaire, pût lui dire pour l'en détourner, et cpii, l'y voyant résolu, alla avec lui. A cent pas de chez ce notaire, ils rencontrèrent le maréchal d'Huxelles dans son carrosse, qu'ils arrêtèrent pour lui demander des nouvelles, parce qu'il venait du côté de l'émotion. H leur dit que ce n'était plus rien, les voulut empêcher de passer outre, et pour lui, gagna pays, en homme qui n'aimait pas le bruit et à se fourrer parmi ce désordre. Le maréchal et son beau- père continuèrent d'aller, trouvant à mesm-e qu'ils avançaient une grande épouvante, et qu'on leur criait des fenêtres de retourner et qu'ils se feraient assommer.
Arrivés au fiaut de la rue Saint-Denis, la foule et le tumulte firent juger au maréchal de Boufflers qu'il était temps de mettre pied à terre. Il s'avança ainsi à pied avec le duc de Gramont, parmi ce peuple infini et furieux, à qui le maréchal demanda ce c^ue c'était, pourquoi tout oe bruit, promettant du pain et leur parlant de son mieux avec douceur et fermeté, leur remontrant que ce n'était pas là comme il en fallait demander. Il fut écouté ; il y eut des cris à plusieurs reprises de Vive M. le maréchal de Boufflers ! qui s'avançait toujours parmi la foule et lui parlait de son mieux. Il marcha ainsi avec le d ic de Grainont le long de la rue aux Ours et dans les rues voisines, jusqu'au plus fort de cette espèce de sédition. liC ])euple le pria de représenter au Roi sa misère et de lui obtenir du p?m. Il promit, et sur parole, tout s'apaisa et se dissipa, avec des ïremerciements et de nouvelles acclamations de Vire M. le maréchal de BmiffJera ! Ce fut un véritable service.
Argenson y marchait avec des détachements des régiments des gardes-françaises et suisses, et sans le maréchal il y aurait eu du sang répandu, qui aurait peut-être porté les choses bien loin ; on faisait même déjà monter à cheval les mousquetaires.
A peine le maréchal était -il rentré chez lui, h la place Royale, avec son beau-père, qu'il fut averti qu3 la sédition était encore bien plus grande au faubourg Saint-Antoine. Il y courut aussitôt avec le duc de Gramont, et l'apaisa comme il avait fait l'autre. Il revint après chez lui manger un morceau, et s'en alla à Versailles. Il ne voulut que sa chaise de poste, un laquais derrière, et personne avec lui à cheval jusqu'au Cours, affectant de traverser tout Paris de la sorte. A peine fut-il sorti de la place Royale, que le peuple des rues et les gens des boutiques se mirent à crier qu'il eût pitié d'eux, qu'il leur fît donner du pam ; et toujours Fv'tc M. le maréchal de Boufflcrs/ Il fut conduit ainsi jusqu'au quai du Louvre.
En arrivant à Versailles, il alla droit chez Mme de Maintenon, où il la trouva avec le Roi, tous deux bien en peine. Il rendit compte de ce qui l'amenait, et reçut de grands remerciements. liO Roi lui ofirit le commandement de Paris, troupes, bourgeoisie, police, etc., et le pressa de l'accepter ; mais le généreux maréchal piéféraà cet honneur le rétabhssement des choses dans leur ordre naturel, il dit au Roi que Paris avait un gouverneur auquel il ne déroberait les fonctions qui lui appartenaient, qu'il était honteux qu'il ne lui en restât pas une, et que le lieutenant de pohce et le prévôt des marchands les eussent toutes emblées et partagées, jusque sur les troupes, et engagea le Roi dans ces moments de crainte de les rendre au duc de Tresmes, qui les avait si bien perdues, ainsi que ses derniers prédécesseurs, qu'il lui fallut expédier une patente nouvelle pour lui rendre son autorité.
Il fut donc enjoint aux troupes et aux bourgeois de ne rerevoir d'ordres que du gouverneur, et de lui obéir en tout et partout ; à d'Argenson, lieutenant de pohce et Bignon, prévôt des marchands, de lui rendre -compte de tout et lui être soumis en tout, ainsi que tous les différents corps de la ville.
Le duc de Tresmes fui envoyé à Paris y exercer ce i)Ouvoir, mais avec ordre de ne rien faire sans le maréchal de Boufïlers, à l'obéissance duquel Argenson, Bignon, la bourgeoisie et les troupes furent aussi soumis, mais par des ordres verbaux ; et le maréchal fut aussi envoyé demeurer à Paris. Sa modestie lui donna une nouvejle gloire : il renvoya tout au duc de Tresmes, au nom et par l'ordre duquel tout se fit, et" chez qui il