‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 32 sur 44 · LE DUC DE VE>'DÔ-ME · texte numérisé non relu

LE DUC DE VE>'DÔ-ME

du faible du Roi pour sa naissance ; poli par art, mais avec im choix et une mesure, avare, insolent à l'excès dès qu'il crut le pouvoir oser impunément, et en même temps familier et populaire avec le commun, par unei affectation qui voilait sa vanité, et le faisait aimer du vulgaire ; au fond, l'orgueil même, et un orgueil qui voulait tout, qui dévoilait tout. A mesure que son rang s'éleva et que sa valeur s'augmenta, sa hauteur, son ixju de ménagement, son opiniâtreté jusqu'à l'entêtementjtout f-ela crût à proportion, jusqu'à se rendi-e inutile tout espèce d'avis, et se rendre inaccessible Cju'à un noml)re très petit de familiers et à ses valets. La louange, puis l'admiration, enfin l'adoration, furent le canal imique par lequel on pût approcher ce demi-dieu, qui soutenait des thèses ineptes sans que personne osât, non pas contredire, mais ne pas approuver.

Il c«oimut et abusa plus que personne de la bassesse du Français. Peu à peu il accoutuma les subalternes, puis de i'im à l'autre tout« son armée, à ne l'appeler plus que Monseigneur et Yotic Alteo-àiî. En moins de rien cette gangrène gagna jusqu'aux lieutenants généraux et aux gens les plus distingués, dont pas un, comme des moutons à l'exemple les uns des autres, n'osa plus lui parler autrement, et qui d'usage ayant passé en droit, y auraient hasardé l'insidte si c^uelqu'un d'eux se fût avisé de lui parler autrement. Sa paresse était à un point qui ne se peut conceiToir. 11 a pensé être enlevé plus d'une fois pour s'être opiniâtre dans un logement plus commode, mais trop éloigné, et risqué les succès de ses campagnes, donné même des avantages considérables à l'ennemi, par ne se pouvoir résoudre à quitter un camp où il se trouvait logé à son aise. Il voyait à l'armée par lui-même ; il s'en fiait à ses famiHcrs,que très souvent encore il n'en croyait pas. Sa journée, dont il ne pouvait troubler Tordre ordinaire, ne lui permettait guère de faire autrement. Sa saleté était extrême; il en tirait vanité : les sots le trouvaient un homme simple. Il était plein de chiens et de chiennes dans son ht, qui y faisaient leurs petits à ses côtés. Lui-même ne s'y contraignait de rien. Une de ses thèses était que tout le monde en usait de même, mais n'avait pas la bonne foi d'en convenir comme lui. Il le soutint im jour à Mme la princesse de Conti, la jjIus propre personne du monde et la plus recherchée dans sa propreté.

D se levait assez tard à l' année, se mettait sur sa chaise jaereée, y faisait ses lettres et y donnait ses ordres du matin. Qui avait affaire à lui, c'est-à-dire pour les officiers généraux et les gens distingués, c'était le temps de lui parler. Il avait accoutumé l'armée à cette infamie. C'était une simplicité de mœurs, selon lui, digne des preniiers Romains, et qui condamnait tout le faste et le superflu des autres. Tout cela fini, il s'habillait, puis jouait gros jeu au piquet ou à l'hombre, ou s'il fallait absolument monter à cheval pour quelque chose, c'en était le temps. L'ordre donné au retour, tout était fini chez lui. Il soupait avec ses amis largement : il était grand mangeur, d'une gourmandise extraordinaire, ne se connaissait à aucun mets, aimait fort le poisson, et mieux le passé et souvent le puant que le bon. La table se prolongeait en thèses, en disputes, et pardessus tout, louanges, éloges, hommages^ toute la journée et de toutes parts.

Il n'aurait pardonné le moindre blâme à personne. Il voulait passer pour le premier capitaine de son siècle, et parlait indécemment du prince Eugène et de tous les autres. La moindre contradiction eût été un crime. Le soldat et le bas officier l'adoraient pour sa familiarité avec eux, et la licence qu'il tolérait pour s'en gagner les cœurs, dont il se dédommageait par une hauteur sans mesure avec tout ce qui était élevé en grade ou on naissance. Il traitait à peu près de même ce qu'il y avait de plus grand en Itahe, qui avait si souvent afïaiie à lui. C'est ce qui fit la fortune du fameux Alberoni.

La duc de Parme eut à traiter avec M. do Vendôme : il lui envoya l'évêque de Parme, qui se trouva bien surpris d'être reçu par M, de Vendôme sur sa chaise perc'>e.

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