‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 8 sur 44 · DE M'"^ DE MOXTESPAN ET DE SA MORT · texte numérisé non relu

DE M'"^ DE MOXTESPAN ET DE SA MORT

culiers du Roi les plus charmants, par l'esprit et par les fêtes, arec Mme de Thianges, son autre sœur, et l'élixir le plus trayé de toutes les dames de la cour.

Les grossesses et les couches furent publiques. La cour de Mme de Montespan devint le centre de la cour, des plaisirs, de la fortune, de l'espérance et de la terreur des ministres et des généraux d'armée, et l'humiHation de toute la France. Ce fut aussi le centre de l'esprit, et d'un tour si particuher, si déhcat, si fin, mais toujoiu's si naturel et si agréable, qu'il se faisait distinguer à son caractère unique.

C'était celui de ces trois sœurs, qui toutes trois en avaient infiniment, et avaient l'art d'en donner aux autres. On sent avec plaisir ce tour charmant et simple dans ce qui reste de personnes qu'elles ont élevées chez elles et ciu'elles s'étaient attachées ; entre mille autres on les distinguerait dans les conversations les plus commîmes.

Mme de Fontevrault était celle des trois qui en avait le plus ; c'était peut-être aussi la plus belle. Elle y joignait lui savoir rare et fort étendu ; elle savait bien la théologi'e et les Pères, elle était versée dans l'Ecriture, elle possédait les langues savantes, elle parlait à enlever quand elle traitait quelque matière. Hors de cela l'esprit ne se pouvait cacher, mais on ne se doutait pas qu'elle sût rien de plus cpie le commun de son sexe. EUe excellait en tous genres d'écritiu-e. Elle avait un don tout particulier pour le gouvernement et pour se faire adorer de tout son ordre, en le tenant toutefois dans la plus exacte régularité. Quoiqu'elle eût été faite religieuse plus que très cavahèrement, la sienne était pareille dans son abbaye. Ses séjours à la cour, où elle ne sortait point de chez ses sœurs, ne donnèrent jamais d'atteinte à sa réputation que par l'étrange singularité de voir un tel habit partager une faveur de cette nature ; et si la bienséance eût pu y être en soi, il se pouvait dire que, dans cette cour même, elle ne se serait jamais écartée.

Mme de Thianges dominait ses deux sœurs, et le Roi même quelle amusait plus qu'elles. Tant qu'elle vécut, elle le domina, et conserva, même après l'exjmlsion de Mme de Montespan hors de la cour, les plus grandes privanccs et des distinctions imiques.

Pour Mme de Montespan, elle était méchante, capricieuse.

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avait beaucoup d'humeur, et une hauteur en tout dans les nues dont personne n'était exempt, le Roi aussi peu que tout autre. L^s courtisans évitaient de passer sous ses fenêtres surtout quand le Roi y était avec elle. JQs disaient que c'était passer par les armes, et ce mot passa en proverbe h la cour. Il est vrai qu'elle n'épargnait personne, très souvent sans autre dessein que de divertir le Roi ; et comme elle avait infiniment d'esprit, de tour et de plaisanterie fine, rien n'était plus dan gereux que les ridicules cju'elle donnait mieux que personne. Avec cela elle aimait sa maison et ses parents, et ne laissait pas de bien servir les gens pour qui elle avait pris de l'amitié. La Reine supportait avec peine sa hauteur avec elle, bien dififérente des ménagements conti Quels et des respects de la duchesse de la ValHère qu'elle aima toujours, au lieu que de celleci il lui échappait souvent de dire : « Cette pute me fera mourir. » On a vu en son temps la retraite, l'austère pénitence et la pieuse fin de IVIme de Montespan.

Pendant son règne elle ne laissa pas d'avoir des jalousies. Mlle de Fontange plut assez au Roi pour devenir maîtresse en titre. Quelque étrange que fût ce doublet, il n'était pas nouveau. On l'avait vu de Mme de la ValHèje et de Mme de Montespan, à que celle-ci ne fit que rendre ce qu'elle avait prêté à l'autre. Mais Mlle de Fontange ne fut pas si heureuse ni pour le vice, ni pour la fortune, ni pour la pénitence. Sa beauté la soutint un temps, mais son esprit n'y répondit en rien. Il en fallait au Roi pour l'amusar et le tenir. Avec cela il n'eut pas le loisir de s'en dégoûter tout à fait. Une mort prompte, qui ne laissa pas de surprendre, finit en bref ces nouvelles amour.s. Presque tous ne furent que passades.

La maîtresse, retirée à la communauté de Saint-Joseph qu'elle avait bâtie, fut longtemps à s'y a?coutumer. Elle promena son loisir et ses inquiétudes à Bourbon, à Fontevrault, aux terres de d'Antin, et fut des années sans pouvoir se rendre à elle-même. A la fin Dieu la toucha. Son péché n'avait jamais été accompagné de l'oubh, elle quittait souvent le roi pour aller prier Dieu dans un cabinet ; rien ne lui aurait fait rompre aucun jeûne m un jour maigre ; elle fit tous les carêmes, et avec austérité quant aux jeûnes, dans tous les temps de son

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désordre ; des aumônes, estime des gens de bien, jamais rien qui approchât du doute ni de l'impiété ; mais impérieuse, altière, dominante, moqueuse, et tout ce que la beauté et la toute- puissance qu'elle en tirait entraîne après soi. Résolue enfin de mettre à profit un temps qui ne lui avait été donné que nialgi-é elle, elle chercha quelqu'un de sage et d'éclairé, et se mit entre les mains du P. de la Tour, ce général de l'Oratoire si connu par ses sermons, par ses directions, par ses amis, et par la prudence et les talents du gouvernement. Depius ce moment jusqu'à sa mort, sa conversion ne se démentit point, et sa pénitence augmenta toujours. Il fallut d'abord renoncer à l'attachement secret qui lui était demeuré pour la cour, et aux espérances qui, toutes chimériques qu'elles fussent, l'avaient toujours flattée. EUe se persuadait que la peur du diable seule avait forcé le Roi à la quitter, que cette même peur, dont Mme de Maintenon s'était habilement servie pour la faire renvoyer tout à fait, l'avait mise au comble de grandeur où elle était parvenue, que son âge et sa mauvaise santé, qu'elle se figurait, l'en pouvaient délivrer, qu'alors, se trouvant veuve, rien ne s'opposait à rallumer un feu autrefois si actif, dont la tendresse et le désir de la grandeur de leurs enfants communs pouvaient aisément rallumer les étincelles, et qui, n'ayant plus de scrupules à combattre, pouvait la faire succéder à tous les droits de son ennemie.

Ses enfants eux-mêmes s'en flattaient, et lui rendaient de grands devoirs et fort assidus. Elle les aimait avec passion, excepté M. du Maine, qui fut longtemps sans la voir, et qui ne la vit depuis que par bienséance. C'était peu dire qu'elle eût de crédit sur les trois autres ; c'était de l'autorité, et elle en usait sans contrainte. Elle leur donnait sans cesse, et |>ar amitié et pour conserver leur attachement, et pour se rt server ce lien avec le Roi, qui n'avait avec elle aucune sorte de commerce même par leurs enfants. Leur assiduité fut retranchée ; ils ne la voyaient plus que rarement et après le lui avoir fait demander. Elle devint la mère de d'Antin, dont eUe n'avait été jusqu'alors que la marâtre ; elle s'occupa de l'enrichir.

Le P. de la Tour tira d'elle un terrible acte de pénitence ; ce fut de demander pardon à son mari et de se remettre entre ses mains. Elle lui écrivit elle-même dans les termes les plus

soumis, et lui offrit de retourner avec lai s'il daignait la recevoir ou de se rendre en quelque lieu qu'il voulût lui ordonner. A qui a connu Mme de Montespan, c'est le sacrifice le plus héroïque. Elle en eut le mérite sans en essuyer l'épreuve ; M. de Montespan lui fit dire qu'il voulait ni la recevoir, ni lui prescrire rien, ni ouïr parler d'elle de sa vie. A sa mort, elle en prit le deuil comme ime veuve ordinaire, mais il est vrai que, devant et depuis, elle ne reprit jamais ses livrées ni ses armes, qu'elle avait quittées, et porta toujours les siennes seules et pleines.

Peu à peu elle en vint à donner presque tout ce qu'elle avait aux pauvres. Elle travaillait pour eux plusieurs heures par jour à des ouvrages bas et grossiers, comme des chemises et d'autres besoins semblables, et y faisait travailler ce qui l'environnait. Sa table, qu'elle avait aimée avec excès, devint la plus frugale, ses jeûnes fort multipliés ; sa prière interrompait sa compagnie et le plus pjetit jeu auquel elle s'amusait, et à toutes les heures du jour, elle quittait tout pour aller prier dans son cabinet. Ses macérations étaient continuelles ; ses chemises et ses draps étaient de toile jaune la plus dure et la plus grossière, mais cachés sous des drapa et une chemise ordinaire. Elle portait sans cesse des bracelets, des jarretières et u le ceinture à pointes de fer, qui lui faisaient souvent des plaies ; et sa langue, autrefois si à craindre, avait aussi sa pénitence. Elle était, de plus, tellement tourmentée des affres de la mort, qu'elle payait plusieurs femmes dont l'emploi uniciue était de la veiller. Elle couchait tous ses rideaux ouverts avec beaucoup) de bougies dans sa chambre, ses veilleuses autour d'elle, qu'à toutes les fois qu'elle se réveillait elle voulait trouver causant, joliant ou mangeant, pour se rassurer contre leur assoupissement.

Parmi tout cela, elle ne put jamais se défaire de l'extérieur de reine, qu'elle avait usurpé dans sa faveur et qui la suivit dans sa retraite. Il n'y avait personne qui n'y fût si accoutumé de ces temps-là qu'on en conserva l'habitude sans murmure. Son fauteuil avait le dos joignant le pied de son lit ; il n'en fallait point chercher cVauties dans la chambre, non pas même pour ses enfanta naturels, Mme la duchesse d'Orléans pas plus que les autres. Monsieur et la grande Mademoiselle l'avaient toujours aimée et l'allaient voir souvent; à ceux-

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