‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 9 sur 44 · D3 -M"!- D3 MONTESPAN ET DE SA MORT · texte numérisé non relu

D3 -M"!- D3 MONTESPAN ET DE SA MORT

là on apportait des fauteuils, et à Mme la Princesse, mais elle ne songeait pas à se déranger du sien, ni à les conduire. Madame n'y allait presque jamais, et trouvait <^ela fort étrange. On peut juger par là comme elle recevait tout le monde. Il y avait des petites chaises à dos, lardées de ployants de part et d'autre, depuis son fauteuil, vis-à-vis les uns des autres, pour la compagnie qui venait et pour celle qui logeait chez elle, nièces, pauvres demoiselles, fîUes et femmes qu'elle entretenait, et qui faisaient les honneurs.

Toute la France y allait : je ne sais par quelle fantaisie cela s'était tourné de temps en temps en devoir. Les femmes de la cour en faisaient la leur à ses fiUes ; d'hommes il y en allait peu sans des raisons particuhères ou des occasions. Elle parlait à chacun comme une reine qui tient sa cour et qui honore en adressant la parole. C'était toujours avec un air de grand respect, qm" que ce fût qui entrât chez elle ; et de visites elle n'en faisait jamais, non pas même à Monsieur, ni à Madame, ni à la grande ^Mademoiselle, ni à l'hôtel de Condé. EUe envoyait aux ocoasionsaux gens qu'elle voulait favoriser, et point à tout ce qui la voyait. Un air de grandeur répandu partout chez elle, et de nombreux écpiipages toujouis en désarroi; belle comme le jour jusqu'au dernier moment de sa vie, sans être malade, et croyant toujours l'être et aller mcurir. Cette inquiétude l'entretenait dans le goût de voyager ; et dans ses voyages elle menait toujours sept ou huit personnes de compagnie. Elle en fut toujours de la meilleure, avec des grâces qui faisaient passer ses hauteurs et qui leur étaient adaptées. Il n'était pas possible d'avoir plus d'esprit, de fine politesse, d s expressions singulières, une éloquence, une justesse r^aturelle qui lui formait comme un langag--^ particulier, mais qui était délicieux, et qu'elle communiquait si bien par l'habitude que ses nièces et les personnes assidues auprès d'elle, ses femmes, celles que sans l'avoir été, elle avait élevées chez elle, le prenaient toutes, et ([u'on le sent et on le reconnaît encore aujourd'hui dans le peu de personnes cpii en restent : c'était le langage n'tii^el de la famille, de son frè-e et de ses sœurs. Sa dévotion, ou .peut-être sa fantaisie, était de marier les gens, surtout les jeunes filles : et comme elle avait peu à donner après toutes ses aumônes, c'était souvent la faim et la soif qu'elle mariait.

Jamais, depuis sa sortie de la cour, elle ne s'abaissa à rien demander pour soi ni pour autrui ; les ministres, les intendants, les juges n'entendirent jamais parler d'elle. La dernière fois qu'elle alla à Bourbon, et sans besoin, comme elle faisait souvent, elle paya deux ans d'avance toutes les pensions charitables qu'elle faisait en grand nombre, presque toutes à de pauvre noblesse, et doubla toutes ses aumônes. Quoique en pleine santé, et de son aveu, elle disait qu'elle cro3'ait qu'elle ne reviendrait pas de ce voyage, et que tous ces pauvres gens auraient, avec ces avances, le temps de chercher leur subsistance ailleurs. En efîet, elle avait toujours la mort présente ; elle en parlait comme prochaine dans une fort belle santé, et avec toutes ses frayeurs, ses veilleuses et une préparation continuelle, elle n'avait jamais ni médecin ni même de chirurgien.

Elle profita d'une courte tranquillité pour se confesser et recevoir les sacrements. Elle fit aupai-avant entrer tous ses domestiques, jusques aux plus bas, fît une confession publique de ses péchés publics, et demanda pardon du scandale qu'elle avait si longtemps donne, même de ses humeurs, avec une humilité si sage, si profonde, si pénitente, que rien ne put être plus édifiant. Elle reçut ensuite les derniers sacrements avec ane piété ardente. Les frayeurs de la mort, qui, toute sa vie, l'avaient si continuellement troublée, se dissipèrent subitement et ne l'inquiétèrent plus. Elle remercia Dieu, en présence de tout le monde, de ce qu'il permettait qu'elle mourût dans un lieu oii elle était éloignée des enfants de son péché, et n'en parla durant sa maladie que cette seule fois. Elle ne s'occupa plus que de l'éternité, quelque espérance de guérison dont on la voulût flatter, et de l'état d'une pécheresse dont la crainte était tempérée par une sage confiance en la miséricorde de Dieu, sans regret, et uniquement attentive à lui rendre son sacrifice plus agréable avec une douceur et une paix qui accompagna toutes ses actions.

D'Antin, à qui on avait envoyé un courrier, arriva comme elle approchait de sa fin ; elle le regarda, et lui dit seulement qu'il la voyait dans un état bien différent de celui où il l'avait vue à Bellegarde. Dès qu'elle fut expirée, peu d'heures après l'arrivée de d' Antin, il partit pour Paris, ayant donné ses ordres qui furent étranges ou étrangement exécutés. Ce corps, autre-

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fois si parfait, devint la proie de la uialadrepse et de l'ignorance du chirurgien de la femme de Le Gendre, intendant de Montauban, qui était venu prendre les eaux, et cpii mourut bientôt après elle-même. Les obsèques furent à la discrétion des moindres valets, tout le reste de la maison ayant subitement déserté. Li maréchale de Cctuvres se retira sur-le-champ à l'abbaye de Saint-Menou, à quelques lieues de Bourbon, dont une nièce du P. la Chaise était abbesse, avec quelques-unes de la compagnie de ^Ime de Montespan, les autres ailleurs. Le rorps demeura longtemps sur la porte de la maison, tandis que les chanoines de la Sainte-Cliapelle et les prêtres de la paroisse disputaient de leur rang jusqu'à plus que de l'indécence. Il fut uiis en dépôt dans la paroisse comme y eût pu être celui de la moindre bourgeoise du lieu, et longtemps après porté à Poitiers, dans le tombeau de sa maison à elle, avec une parcimonie indigne. Elle fut amèrement pleurée de tous les pauvres de la pro\ince, sur qui elle répandait une infinité d'aumônes, et d'autres sans nombre de toutes les sortes, h qui elle en distribuait continuellement.

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Il faut passer a \\n autre genre d'amour, qui n'étonna pas moins toutes les nations que celui-ci les avait scandalisées, et que le Pvoi emporta tout entier au tombeau. A ce p»eu de mots qui ne reconnaîtrait la célèbre Fr. d'Aubigné, marquise de Maintenon, dont le règne permanent n'a pas duré moins de trente-deux ans. Née dans les îles de l'Amérique où son père, peut-être gentilhomme, était allé avec sa mère chercher du pain, et que l'obscurité y a étouûés, revenue seide et au hasard en France, abordée à la Rochelle, recueillie au voisinage par pitié chez Mme de Xeuillant, mère de la maréchale-duchesse de Xavailles, réduite par sa jiauvreté et par l'avarice de cette vieille dame à garder les clefs de son grenier et à voir mesurer tous les jours l'avoine à ses chevaux ; venue à Paris à sa suite, jeune, adroite, spirituelle et belle, sans pain et sans parents, d'heureux hasards la firent connaître au fameux Scarron. Il )a trouva aimable, ses amis peut-être encore plus. Elle crut

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faire la plus grande fortune et la plus inespérable d'épouser ce joyeux et savant cul-de-jatte, et des gens qui avaient peut-être plus besoin de femme que lui l'entêtèrent de faira ce mariage, et vinrent à bout de lui persuader de tirer par là de la misère cette charmante malheureuse.

Le mariage se fit, la nouvelle épouse plut à toutes les compagnies qui allaient chez Scarron. Il la voyait fort bonne et en tous genres ; c'était la mode d'aller chez lui, gens d'esprit, gens de la cour et de la ville, et ce qu'il y avait de meilleur et de plus distingué, qu'il n'était pas en état d'aller chercher hors de chez lui, et que les charmes de son esprit, de son savoir, de son imagination, de cette gaieté incomparable parmi ses maux, et toujours nouvelle, cette rare fécondité, et la plaisanterie du meilleur goût, qu'on admire encore dans ses ouvrages, attiraient continuellement chez lui,

Mme Scarron lit donc là des connaissances de toutes les sortes, qui pourtant, à la mort de son mari, ne l'empêchèrent pas d'être réduite à la charité de sa paroisse de Saint-Eastache. Elle y prit une chambre pour elle et pour une servante dans une montée, où elle vécut très à l'étroit. Ses appas élargirent peu à peu ce mal-être: Villars, père du maréchal ; Beuvron, père d'Harcourt ; les trois Villarceauv, qui demeurèrent les trois tenants ; bien d'autres l'entretinrent.

Cela la remit à flot, et peu à peu l'introduisit à l'hôtel d'Albret, par là à l'hôtel de Richelieu et ailleurs ; ainsi de l'une à l'autre. Dans ces maisons, ]V[n>e Scarron n'était rien moins que sur le pied de compagnie. Elle y était à tout faire, tantôt à demander du bois, tantôt si on servirait bientôt ; une autre fois si le carrosse de celui-ci ou de celle-là était revenu et ainsi de mille petites commissions dont l'usage des sonnettes introduit longtemps depuis, à ôté l'importunité.

Elle dut à la proche parenté du maréchal d'Albret et de M. de Montespan l'introduction décisive à rincr03'ab]e fortune qu'elle fit quatorze ou quinze ans après.

Les humeurs de Mme de Montespan achevèrent l'ouvrage. Elle en avait beaucoup, elle s'était accoutumée à ne s'en pas contraindre. Le Roi en était l'objet plus souvent que personne ; il en était encore amoureux, mais il en souffrait. Mme de Maintenon le reprochait à Mme de Montespan, qui lui en rendit de

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bons offices auprès du Roi. Ces soins d'apaiser sa maîtresse lui revinrent aussi d'ailleurs, et l'accoutumèrent à parler Cj[uelquefois à Mme de Maintenon, à s'ouvrir à elle de [ce] qu'il désirait qu'elle fit auprès de Mme de Montespan, enfin à lui conter ses chagrins contre elle, et à la consulter là-dessus.

Admise ainsi peu à peu dans l'intime confidence, et sans milieu, de l'amant et de la ma'tresse, et par le Roi même, l'adroite suivante sut la cultiver, et fit si bien par son industrie, que peu à peu elle supplanta Mme de Montespan, qui s'aperçut trop tard cpi'elle lui était devenue nécessaire. Parvenue à ce point, ^[me de ^lontenon fit à son tour ses plaintes au Roi de tout ce qu'elle avait à souffrir d'une maîtresse qui l'il^parguait si peu lui-même, et à force de se plaindre l'un à l'autre de Mme de Montespan, celle-ci en prit tout à fait la place, et se la sut bien assurer.

La fortune, pour n'oser nommer ici la Providence, qui préparait au plus superbe des rois l'humiliation la plus profonde, la plus publique, la plus durable, la plus inouïe, fortifia de plus en plus son goût pour cette femme adroite et experte au métier, que les jalousies continuelles de Mme de Montespan rendaient encore plus solide, par les sorties fréquentes que son humeur aigrie lui faisait faire sans ménagement sur le Roi et sur elle et c'est ce que Mme de Sévigné sait peindre si joliment en énigme, dans ses lettres à Mme de Grignan, où elle l'entretint quelquefois de ces mouvements de cour, parce que Mme de Maintenon avait été à Paris assez de la société de Mme de Sévigné, de Mme de Coulange, de Mme de la Fayette, et qu'elle commençait à leur faire sentir son importance. On y voit aussi dans le même goût des traits cliarmants sur la faveur voilée, mais brillante, de Mme de Soubi-^c.

Cette même Pi-ovidènce, maîtresse absolue des temps et des événements, les disposa encore en sorte que la Reine vécut assez pour les laisser refr(.idir. Le plus grc,nd malheur qui soit don-^- arrivé au Roi, et les suites doivent faire ajouter à l'Etat, fut la perte si brusque de la Reine, par l'ignorance profonde et Topiniàtretc du premier médecin d' A quin, au plus fort de ce nouvel attachement enté sur le dégoût de la maîtresse, dont les humeurs étaient devenues insupportables, et que nulle politique n'avait pu arrêter. Cette beauté in\périeuse, accou-

tumée à dominer et à être adorée, ne pouvait pas résister au désespoir toujours présent de la décadence de son pouvoir ; et ce qui la jetait hors de toute mesure, c'était de ne pouvoir se dissimuler une rivale abjecte à qui elle avait donné du pam, qui n'en avait encore que par elle, qui de plus lui devait cotte affection qui devenait son bourieau, par l'avoir assez aimée pour n'avoir pu se résoudre à la chasser tant de fois que le Roi l'en avait pressée, une rivale encore si au-dessous d'elle on beauté, ci plus âgée qu'elle de plusieurs années ; sentir que c'était pour cette suivante, pour ne pas dire servante, que le Roi venait le plus chez elle, qu'il ne cherchait qu'elle, qu'il ne pouvait dissimuler son malaise lorsqu'il ne l'y trouvait pas et le plus souvent la quitter elle, pour entretenir l'autre en tête-à-tête ; enfin avoir à tous moments besoin d'elle pour attirer le Roi, pour se raccommoder avec lui de leurs querelles, pour en obtenir des grâces qu'elle lui demandait. Ce int donc dans les temps si piopices à cette enchanteresse que le Roi devint Hbre.

11 passa les premiers jours à Saint-Cloud, chez Monsieur, d'où il alla à Fontainebleau, où il passa tout l'automne. Ce fut là où son goût^, piqué par l'absence, la lui fit trouver insupportable. A son retour, on prétend, car il faut distinguer le certain de ce qui ne l'est pas, on prétend, dis-je, que le Roi parla plus librement à Mme de Maintenon, et qu'elle, osant essayer ses forces, se retrancha habilement sur la dévotion et sur la pruderie de son dernier état, que le Roi ne se rebuta point, qu'elle le prêcha et lui fit peur du diable, et qu'elle ménagea son amour et sa conscience l'un par l'autre avec un si grand art, qu'elle parvint à ce que nos yeux ont vu, et que la postérité refusera de croire.

Mais ce qui est très certain, et bien vrai, c'est que quelque temps après le retour du Roi de Fontainebleau, et au milieu de l'hiver qui suivit la mort de la Reine, chose que la postérité aura peine à croire, quoique parfaitement vrai et avéré, le P. de la Chaise, confesseur du Roi, dit la messe en pleine nuit dans un des cabinets du Roi à Versailles. Bontemps, gouverneur de Versailles, premier valet de chambre en quartier, et le plus contident des quatre, servit cette messe, où ce monarque et la Maintenon furent mariés, en pré-

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sence d'Harla}', archevêque de Paris, comme diocésain, de Louvois, qui tous deux avaient, comme on Ta dit, tiré parole du Pîoi qu'il ne déclareiait jamais ce mariage, et de Montchevreuil uniquement en troisième, parent, ami, et du même nom de Mornay que Villarceaux, à qui autrefois il prêtait sa maison de Montchevreuil tous les étés, sans en bouger lui-mên,e avec sa femme, oii Villarceaux entretenait cette reine comme à Paris, et où il payait toute la dépense, parce que son cousin était fort pauvre, et qu'il avait honte de ce concubinage chez lui à Villarceaux, en présence de sa femme dont il respectait la patience et la vertu.

Mme de Maintenon, n'osant porter les armes d'un tel époux, supprima celles de son premier mari, et ne porta plus que les siennes seules, et sans cordelière, imitant à meilleur titre Mme de Montespan depuis ses amours, et même Mme de Thianges, qui du vivant de leurs maris quittèrent leurs armes et leur livrée, qu'elles ne prirent jamais, et portèrent toujours depuis celles de Rochechouart seules. On a vu, à l'occasion de la mort du duc de Créquy, les prédictions étonnantes de cette épouvantable fortune.

La satiété des noces, ordinairement si fatale à des noces de cette espèce, ne fit que consolider la faveur de Mme de Maintenon. Bientôt après elle éclata par l'appartement qui lui fut donné à Versailles au haut du grand escalier, vis-à-vis de celui duRoi, etdeplain-pied. Depuis ce moment, le Roi y alla tous les jours de sa vie passer plusieurs heures à Versailles, et en quelque lieu qu'il fût, où elle fut toujours logée aussi proche de lui, etdeplain-pied autant qu'il fut possible.

Les suites,les succès, l'entière confiance, la rare dépendance, la toute-puissance, l'adoration publique, universelle, les ministres, les généraux d'armée, la famille royale la plus proche, tout en un mot à ses pieds ; tout bon et tout bien à elle, tout réprouvé sans elle ; les hommes, les affaires, les choses, les choix, les justices, les grâces, la religion, tout sans exception en sa main, et le Roi et l'Etat ses victimes ; quelle elle fut, cette fée incroyable, et comment elle gouverna sans lacune, sans obstacle, sans nuage le plus léger, plus de trente ans entiers et même trente-deux, c'est l'incomparable spectacle qu'il s'agit de se retracer, et qui a été celui de l'Europe.

C'était une femme de beaucoup d'esprit, que les meilleures compagnies, où elle avait d'abord été soufferte, et dont bientôt elle fit le plaisir, avaient fort polie et ornée de la science du monde, et que la galanterie avait achevé de tourner au plus agréable. Ses divers états l'avaient rendue flatteuse, insinuante, complaisante, cherchant toujours à plaire. Le besoin de l'intrigue, toutes celles qu'elle avait vues, en plus d'un genre, et de beaucoup desquelles elle avait été, tant pour elle-même que pour en servir d'autres, l'y avaient formée, et lui en avaient donné le goût, l'habitude et toutes les adresses. Une grâce incomparable à tout, un air d'aisance, et toutefois de retenue et de respect, qui, par sa longue bassesse, lui était devenu naturel, aidaient merveilleusement ses talents, avec un langage doux, juste, en bons termes, et naturellement éloquent et court. Son beau temps, car elle avait trois ou quatre ans de plus que le Roi, avait été celui des belles conversations, de la belle galanterie, en un mot de ce qu'on appelait lesruelleSj lui en avait tellement donné l'esprit, qu'elle en retint toujours le goût et la plus forte teinture. Le précieux et le guindé ajouté à l'air de ce temps-là, c^uien tenait un peu, s'était augmenté parle vernis de l'importance ; et s'accrut depuis par celui de la dévotion, qui devint le caractère principal, et qui fit semblant d'absorber tout le reste. Il lui était capital pour se maintenir où il l'avait portée, et ne le fut pas moins pour gouverner. Ci dernier point était son être, tout le reste y fut sacrifié sans réserve.

La droiture et la franchise étaient trop difiiciles à accorder avec une telle vue, et avec une telle fortune ensuite, povir imaginer qu'elle en retînt plus que la parure. Elle n'était pas aussi tellement fausse que ce fût son véritable goût, mais la nécessité lui en avait de longue main donné l'habitude, et sa légèreté naturelle la faisait paraître au double de fausseté ])his qu'elle n'en avait.

Elle n'avait de suite en rien que par contrainte et par force. Son goût était de voltiger en connaissances et en amis comme on amusements, excepté quelques amis fidèles de l'ancien temps dont on a parlé, sur qui elle ne varia point, et quelques nouveaux des derniers temps, qui lui étaient devenus nécessaires. A l'égard des amusements, elle ne les put guère varier

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depuis qu'elle se vit reine. Son inégalité tomba en plein sur le solide, et fit i^ar là de grands maux. Aisément engouée, elle l'était à l'excès ; aussi facilement déprise, elle se dégoûtait de même, et l'un et l'autre très souvent sans cause ni raison.

L'abjection et la détresse où elle avait si longtemps vécu lui avait rétréci l'esprit, et avili le cœur et les sentiments. Elle pensait et sentait si fort en petit, en toutes choses, qu'elle était toujours en effet moins que Mme Scarron, et qu'en tout et partout elle se retrouvait telle. Eien n'était si rebutant que cette bassesse jointe à une situation si radieuse, rien aussi n'était à tout bien empêcheraent si dirimant. comme rien de si dangereux que cette facilité à changer d'amitié et de confiance.

Elle avait encore un autre appas trompeur. Pour peu cpi'on pût être admis à son audience, et c^u'elle y trouvât quelque chose à son goût, elle se répandait avec une ouverture cpii surprenait, et qui ouvrait les plus grandes espérances ; dès la seconde, elle s'importunait et devenait sèche et laconique. On se creusait la tête pour démêler et la grâce et la disgrâce, si subites toutes les deux ; on y perdait son temps. La légèreté en était la seule cause, et cette légèreté était telle qu'on ne se la pouvait imaginer. Ce n'est pas que quelques-uns n'aient échappé à cette vacilhté si ordinaire, mais ces personnes n'ont été que des exceptions, C[ui ont d'autant plus confirmé la règle c^u'elles-mêmes ont éprouvé force nuages dans leur faveur et que, t[uelle qu'elle ait été, c'est-à-dire depuis son dernier mariage, aucune ne l'a approchée qu'avec précaution, et dans l'incertitude.

On peut juger des épines de sa cour, cpii d'ailleurs était presque inaccessible et par sa volonté et par le goût du Roi et encore par la mécanique des temps et des heures, d'une cour qui toutefois opérait une grande et intime partie de toutes choses, et q\n presque toujours influait sur tout le reste.

Elle eut la faiblesse d'être gouvernée par la confiance, ])lus encore par les espèces de confessions, et d'en être la dupe par la clôture où elle s'était enfermée. Elle eut aussi la maladie des directions, qui lui emporta le peu de hberté dont elle pouvait jouir. Ce que Saint-Cyr lui fit ])erdre de tem])s en ce genre est incroyable ; ce que mille autres couvents lui en coûtèrent ne

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l'est pas moins. Elle se croyait l'abbesse universelle, surtout pour le spirituel, et de là entreprit des détails de diocèses. C'étaient là ses occupations favorites. Elle se figurait être une Mère de l'Eglise. Elle en pesait les pasteurs du premier ordre, les supérieurs de séminaires et de communautés, les monastères et les Filles qui les conduisaient, ou qui étaient les principales. De là une mer d'occupations frivoles, illusoires, pénibles, toujours trompeuses, des lettres et des réponses à l'infini, des directions d'âmes choisies, et toutes sortes de puérilités qui aboutissaient d'ordinaire à des riens, quelquefois aussi à des choses importantes, et à de déplorables méprises en décisions, en événements d'affaires et en choix.

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