Ce village s'appelle Erbach
forts que lui, et est légèrement blessé au bras et à la cuisse; et, parce que le jour alloit poindre, se retire en bon ordre à Ébernbourg. En chemin, il rencontra une des troupes de dragons qui l'avoient abandonné. Le capitaine qui la menoit eut l'impudence de lui demander s'il vouloit qu'il l'escortât, et s'attira la réponse qu'il méritoit : sur quoi les dragons se mirent à ' faire des excuses à laBretesche et à rejeter cette infamie sur leurs officiers, qui les avoient emmenés malgré eux. De notre camp à Ébernbourg, il n'y avoit que trois lieues : la Bretesche, qui étoit fort aimé et estimé, fut fort visité de toute l'armée ; j'y fus des premiers. Il en fut quitte pour y demeurer dix ou douze jours. Il eut la générosité de demander grâce pour ces dragons, et le maréchal de Lorge, naturellement bon et doux, la facilité de la lui accorder^. Il ne faut pas ôter à Marsal, capitaine des guides, l'honneur qui lui est dû : il avoit suivi la Bretesche, ne le quitta jamais d'un pas, et fit très-bien son devoir. Il eut depuis une commission de capitaine d'infanterie, et il entendoit fort bien son métier^. Il avoit commencé, disoit-on, par être maître de la poste d'Hombourg, d'où^ la Bretesche étoit gouverneur et d'où il l'avoit tiré.
1. Devant faire, est biffé lui, et à la Bretesche est ajouté ea interligne, après excuses.
2. Le récit de Dangeau (Journal, tome V, p. 61-6-2) confirme celui de Saint-Simon, qui d'ailleurs semble s'en être servi. On trouvera à l'appendice n" III le rapport du maréchal de Lorge, qui a aussi beaucoup de conformité avec les Mémoires. La Gazette (p. 417 et 428) dit que les grenadiers « combattirent vigoureusement, pour donner le temps aux dragons de gagner la campagne. » La Gazette (V Amsterdam (p. 277) prétend que les dragons avaient d'abord fui, et les grenadiers peu après.
3. Nous n'avons trouvé aucun renseignement biographique sur cet officier. Le capitaine des guides était chargé d'éclairer l'armée et de la conduire à l'aide de guides qu'il se faisait fournir dans chaque localité.
4. Il y a bien d'où dans le manuscrit. — Hombourg, ville forte du duché des Deux-Ponts, à environ deux lieues N. de la ville de ce nom, avait été pris par les Français en 1679, et était devenu le siège d'une
Ce fut dans le loisir de ce long camp de Gau-Bôckelheim que je commençai ces Mémoires, par le plaisir que je pris à la lecture de ceux du maréchal de Bassompierre, qui m'invita à écrire aussi ce que je verrois arriver de mon temps*.
Nous trouvâmes à notre retour le maréchal d'Humières mort^. C'étoit un homme qui avoit tous les talents de la cour et du grand monde et toutes les manières d'un fort grand seigneur; avec cela, homme d'honneur, quoique fort liant avec les ministres et très-bon courtisan, ami particulier de M. de Louvois, qui contribua extrêmement à sa fortune, qui ne le fit pas attendre : il étoit brave, et se montra meilleur en second qu'en premier^. Il étoit magnifique en touf*; bien avec le Roi, qui le distinguoit fort
Maréchal d'Humières, sa fortune et sa famille.
Sa mort.
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intendance, qui comprenait le bassin de la Sarre, autrement dit Lorraine allemande. Ce pays fit retour au duché de Lorraine en 1697.
1. Voyez tome I, p. 26, lo7-158, et ci-dessus, p. 1S3, note 3.
2. Il mourut le 31 août 1694; voyez tome I, p. 36. Le Mercure du mois de septembre, p. 208-216, lui consacra un article nécrologique. Son portrait, gravé en 1688 par Lubin, et en 1690 par Larmessin, présente une figure de belle expression, mais longue et dédaigneuse.
3. Il avait eu quelques succès dans les précédentes guerres, à Aire, Cassel, Gand, Courtray ; mais on avait attribué à son imprudence et à sa témérité l'échec de Walcourt (1689), à la suite duquel le Roi l'avait remplacé par M. de Luxembourg ; son protecteur Louvois lui avait seul évité une disgrâce plus complète. Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12689, p. 509, 513, 587, 605, etc. On fit alors ces vers, par allusion à la première création de rentes viagères, qui venait d'avoir lieu :
Je suis riche à jamais si l'on me fait la grâce D'enrôler sous Huraières les rentiers de ma classe, Tandis que chaudement, sous le sage Duras, Je serai pour toujours éloigné des combats.
Le public accusa surtout ce maréchal d'avoir rendu Mayence (juillet 1689), de connivence avec Louvois, afin de prolonger une guerre nécessaire pour faire valoir le ministre (ms. Fr. 12 689, fol. 507 et 541).
4. On le reconnaissait généralement dans un passage du chapitre de Quelques usages, où la Bruyère condamne les généraux qui ont introduit dans les camps un luxe déplacé et ruineux (Œuvres, tome II, p. 195, 196 et 408).
Maréchal de
Boufllers gouverneur de Flandres et Lille. Maréchal de Lorge gouverneur de Lorraine.
Duc du Maine grand maître de l'artillerie.
Duc de Ven-
et étoit familier avec lui. On peut dire que sa présence ornoit la cour et tous les lieux où il se trouvoit. Il avoit toujours sa maison pleine de tout ce qu'il y avoit de plus grand et de meilleur. Les princes du sang n'enbougeoient, et il ne se contraignoit en rien pour eux ni pour personne, mais avec un air de liberté, de politesse, de discernement, qui lui étoit naturel, et qui séparoit toute idée d'orgueil d'avec la dignité et la liberté d'un homme qui ne veut ni se contraindre ni contraindre les autres. Il avoit les plus plaisantes colères du monde, surtout en jouant; et avec cela le meilleur homme du monde, et que tout le monde aimoit.
Il avoit le gouvernement général de Flandres et de Lille, où il tenoit comme une cour, et avoit fait un beau lieu de Monch}» ', à deux lieues de Compiègne, dont il étoit capitaine'-. Le Roi l'avoit souvent aidé à accommoder Monchy, et y avoit été plusieurs fois ^. M. de Louvois, qui, à la mort du duc du Lude ^, voulut rogner l'ofïice de grand maître de l'artillerie, en faveur de sa charge de secrétaire d'État, fit faire le maréchal d'Humières grand maître en son absence, comme il revenoit d'Angleterre complimenter, de la part du Roi, le roi Jacques II sur son avènement à
1. Monchy-le-Pierreux, aujourd'hui Monchy-Humières, qu'il ne faut pas confondre avec 3Iouchy-le-Châtel, situé aussi dans le département de rOise. On y voit encore une partie du château du seizième siècle restauré par le maréchal et les restes de son mausolée.
2. 11 avait hérité des charges de capitaine et gouverneur des ville et château de Compiègne et de capitaine des chasses, et il en fit donner la survivance, en 1690, à son gendre M. d'Aumont.
3. Le marquis de Sourches (tome I, p. 84) et Dangeau (tome 1, p. lo3) racontent, eu avril 168o, que le Roi va faire payer une somme de cent mille Jin-es, promise depuis longtemps, pour l'achèvement de iMonchy. Il est parlé, dans les Fragments et notes historiques de Racine (Œuvres, tome V, p. 78), de la revue que Louis XIV alla passer à Monchy en 1666, et d'un séjour qu'y fit alors Mlle de la Vallière.
4. Cet office, créé en 1601 pour Sully, avait le commandement sur tous les officiers, soldats ou ouvriers de l'artillerie, la direction de tous les travaux de siège ou de marche, des arsenaux, des fabrications, etc.
la couronne ^ Ce ministre contribua beaucoup à le faire dôme général faire duc vérifié"^ et à lui faire accorder la grâce très-sin- fies galères. gulière de faire appeler^ dans ses lettres^ celui qui, avec l'agrément du Roi, épouseroit sa dernière fille, belle comme le jour, et qu'il aimoit passionnément^. Il avoit perdu son fils unique^, sans alliance, au siège de Luxembourg'. Il
i. Il fut désigné, en juillet 1685, pour aller féliciter Jacques II, non pas sur son avènement (16 février), mais sur la défaite du duc de Montmouth. Il fut de retour à Chambord le 16 septembre, et obtint aussitôt la charge de grand maître, avec un brevet de retenue de quatre cent mille livres. Voyez Damjeau, tome I, p. 202, 207, 221, 222, etc. Peu après, il eut, par une grâce exceptionnelle, les entrées de la chambre.
2. Sur les ducs vérifiés, voyez ci-dessus, p. 22, note 6, et le tome X, p. 388-390.