C'est-à-dire, appeler à la substitution du titre
4. Lettres du mois d'avril 1690, enregistrées au Parlement le 28 du même mois, portant réunion de la terre de Monchy et de celles que le maréchal possédait dans le voisinage, avec celle d'Humières, située près d'Hesdin, et les érigeant en duché d'Humières. Le texte de ces lettres est imprimé dans VHistoire généalogique du P. Anselme, tome V, p. 7o9.
5. Cette dernière fille était Anne-Louise-Julie de Crevant, dite Mlle d'Humières. En 168S, le maréchal avait essayé, par l'entremise du roi Jacques II et du cardinal de Norfolk, d'obtenir du Pape une dispense pour la marier avec son oncle le marquis de Preuilly. « Ils sont, disait-il, les seuls qui restent de ma maison, de sorte que c'est l'unique endroit par oi!i on peut la conserver. » (Musée Britannique, ms. Additionnel 21 512, fol. 59.) Mais ce projet n'eut pas de suite : M. de Preuilly mourut en 1688, et laissa son bien à Mlle d'Humières. Elle épousa, le 15 mai 1690, Louis-François d'Aumont, comte de Chappes, fils cadet du duc d'Aumont, né le 30 mars 1671, et qui devint, par son mariage, marquis d'Humières, gouverneur de Compiègne et colonel du régiment d'Humières. Titré duc dès le mois de mars suivant, sur la démission de son beau-père, il fut fait brigadier en 1694, maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, et mourut le 6 novembre 1751, à quatre-vingt-un ans. Sa femme était morte un peu avant lui, le 19 novembre 1748, à quatre-vingt-trois ans et demi. On possède plusieurs portraits d'elle en pied.
6. Henri-Louis, marquis d'Humières, colonel d'infanterie, tué le 13 mai 1684.
7. Ville et duché de la basse Allemagne, entre le pays de Liège et la Lorraine.
avoit marié sa fille aînée au prince d'Isenghien ', en obtenant un tabouret de grâce, et la seconde à Vassé^, vidame du Mans, qui s'étoit remariée à Surville ^, cadet d'Hautefort^ dont^ elle avoit été longtemps sans voir son père''.
Le maréchal mourut assez brusquement, à Versailles '. Il regretta amèrement de n'avoir jamais pensé à son salut
i. Jean-Alphonse de Gand, dit Villain, prince d'Isenghien, comte du Saint-Empire, etc., fils du gouverneur des Gueidres, né à Bruxelles le 13 juillet 1655, avait épousé à Lille, le 10 février 1677, Marie-Thérèse de Crevant d'Humières, et était mort à Versailles, le 6 mai 1687. Saint-Simon parlera de nouveau, en 1696, de la princesse d'Isenghien et de son tabouret de grâce. Elle ne mourut que le 19 août 173'2, à Douay, étant âgée de soixante-dix-neuf ans.
2. Anne-Louise de Crevant d'Humières épousa en premières noces, par contrat du 27 juillet 1682, Louis-Alexandre de Vassé, dit Grognet, vidame du Mans, puis marquis de Vassé, qui mourut en août 1684, quelques mois après avoir été pourvu de la capitainerie du Plessis-lès- Tours en remplacement de son père.
3. Louis-Charles d'Hautefort, marquis de Surville, colonel-lieutenant du régiment de Toulouse (1684), puis de celui du Roi, brigadier d'infanterie (1693), maréchal de camp (1696), lieutenant général (1702) ; mort le 19 décembre 1721, à Paris, étant âgé de soixante-trois ans.
4. Surville était fils de Gilles d'Hautefort, comte deMontignac, capitaine des gendarmes de Monsieur, lieutenant général des armées, premier écuyer de la reine Marie-Thérèse, mort le 31 décembre 1693, et il avait pour frère aîné François-Isaac, marquis d'Hautefort, colonel du régiment d'Anjou, brigadier d'infanterie en 1691, maréchal de camp en 1701, lieutenant général en 1702, gouverneur de Guise en 1717, qui mourut le 31 décembre 1718, à quatre-vingt-onze ans.
5. Dojii, latinisme, î<?irfe, c'est-à-dire par suite de quoi, à cause de quoi.
6. Dangeau écrit, en avril 1687 (tome II, p. 36) : « Mme de Vassé, se trouvant grosse, a été obligée de déclarer son mariage avec M. de Surville, second fils de M. d'Hautefort. Les pères et mères y ont consenti, et l'on espère que le maréchal d'Humières leur pardonnera. » Les chansons du temps prétendent que ce mariage avait été imposé à Surville par le prince de Conti, qui aimait Mme de Vassé; celle-ci était aussi belle que peu cruelle pour ses admirateurs. (Chansonnier, mss. Fr. 12 689, p. 263 et 294, et 12691, p. 189.) Elle mourut le 22 avril 1732, à soixante-douze ans.
7. Il fut malade quinze jours environ. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 68-69.
ni à sa santé : il pouvoit ajouter à ses affaires, et mourut pourtant fort chrétiennement, et fut généralement regretté. On put remarquer qu'il fut assisté à la mort par trois antagonistes, Monsieur de Meaux' et l'abbé de Fénelon, qui écrivirent bientôt après l'un contre l'autre'^, et le P. Caffaro^, théatin^, son confesseur, qui, s'étant avisé d'écrire un livre en faveur de la comédie, pour la prouver innocente et permise, fut puissamment réfuté par Monsieur de Meaux ■'.
Le maréchal de Boufflers eut le gouvernement de Lille et de la Flandre, en se démettant de celui de Lorraine, qui fut donné au maréchal de Lorge, lequel sentit vivement
1. Jacques-Bénigne Bossuet, né à Dijon le 27 septembre 1627, chanoine de Metz en 1640, docteur de la maison de Navarre en 1652, grand archidiacre de Metz en 1604, évêque de Condom en 1669, précepteur du Dauphin en 1670, membre de l'Académie française en 1671, premier aumônier de la Dauphine en 1680, évêque de Meaux en 1681. Il devint supérieur de la maison de Navarre en 1695, conseiller d'État en 1697, premier aumônier de la duchesse de Bourgogne en 1698, et mourut à Paris, le 12 avril 1704.
2. C'est l'affaire du quiétisme, dont il sera longuement parlé dans la suite des Mémoires, en 1697.
3. François Caffaro, théatin, fils d'un des principaux promoteurs de la révolution de Messine (voyez ci-dessus, p. 148, note 5), était venu à Paris, dans la maison de son ordre, oi^i il exerça le professorat pendant trente ans. Ce fut, dit-on, sans son avis et par le fait du poëte Boursault, père d'un de ses élèves, que parut, en 1694, sa Lettre d'un théologien illustre pour savoir si la comédie peut êlre permise ou doit être absolument défendue. Il mourut septuagénaire, le 31 décembre 1720.
4. Les théatins étaient une congrégation de clercs réguliers, qui tiraient leur nom de Chieti, ville d'Italie, appelée autrefois Teate. Ils fondèrent un premier couvent en Finance en 1594; mais il fut bientôt détruit. En 1644, Mazarin les rappela et les établit sur le quai Malaquais, où ils restèrent jusqu'en 1790. C'est dans leur église que se donnaient, en 1685, ces concerts et ces spectacles que la Bruyère (tome II, p. 172) a traités d'<c indécences », et que le Roi dut proscrire.
5. Bossuet répondit à la Lettre sur la comédie par ses très-austères Maxiines et Réflexions sur la comédie. Du reste, le théatin s'était empressé de faire un désaveu solennel, et l'archevêque de Paris avait chargé un autre religieux du même ordre de réfuter eu chaire la thèse incriminée.
cette préférence de son cadet, qui, valant beaucoup, ne le valoit pourtant pas^ M. du Maine eut l'artillerie, en quittant les galères, qui furent données à M. de Vendôme, en son absence. Ainsi les bâtards durent être assez contents de cette année.
Le Roi donna une pension de vingt mille livres à la maréchale d'Humières *, qui, sans cela, auroit été réduite à fort peu, et ce fut le premier exemple d'une si forte pension à une femme ^. Elle étoit la Ghastre, avoit été fort belle et riche, car elle étoit unique\ et avoit été dame du palais de la Reine. G'étoit une précieuse, qui importunoit quelquefois le maréchal et toute sa bonne compagnie, et qui, avec un livre de compte qu'elle avoit toujours devant elle, croyoit tout faire, et ne fit rien que se ruiner,
1. Apprenant la mort du maréchal d'Humières, M. de Lorge s'était hâté de demander son gouvernement et de rappeler au Roi « qu'il lui avoit fait l'honneur de lui promettre du bien et des honneurs; que les honneurs étoient venus, mais point le bien. » (Lettre du 8 septembre, au Dépôt de la guerre, vol. 1266, n» 82.) Mais la dépouille était déjà partagée : depuis trois jours, le gouvernement des Flandres était donné à Boufflers, et celui de Lorraine, qui rapportait soixante-quinze mille livres, à M. de Lorge, en remplacement de son commandement de Guyenne, qui allait finir. Sur ces nominations, voyez le Mercure, septembre 1694, p. 216-221, et le Journal de Dangeaii, tome V, p. 71 et 72;
2. Louise-Antoinette-Thérèse de la Chastre, fille de l'auteur de mémoires fort estimés, avait été mariée à M. d'Humières le 8 mars 1653; elle se retira aux Carmélites, et y mourut le 2 décembre 1723, âgée de près de quatre-vingt-huit ans. Elle passait pour avoir beaucoup contribué à la haute fortune de son mari.
3. Quoique le maréchal reçût du Roi deux cent trente mille livres par an {Gazette d Amsterdam, 1694, Extraordinaire lxxiii), il était si fort endetté à sa mort, que Pontchartraiu, son parent maternel, dut donner quatre mille livres pour les frais funéraires. Le Roi fit payer par le duc de Vendôme, quand il lui donna les galères (l'='' septembre 1694), le brevet de retenue de cent mille écus et une somme de ciuquante-cinq mille livres que le maréchal devait à un créancier. Voyez le Journal de Dariq eau, iome V, p. 71, 74 et 78, les Papiers du P. Léonard, 3IM 825, fol. m, et les Lettres de Sévkjné, tome X, p. 188-189.
4. Elle était seule fille, et avait un frère qui continua la maison.
Elle se retira clans une maison borgne au dehors des Carmélites du faubourg Saint-Jacques*, s'y fit dévote en titre d'office ^ et se mêla après de tout ce dont elle n'avoit que faire^, et peu d'accord avec ses enfants \
Il étoit arrivé pendant la campagne quelques aventures Tracasseries aux Princesses : c'étoit le nom distinctif par lequel on /g^p^^^'J^^egge* entendoit seulement les trois filles du Roi ^ Monsieur [Add. S'-S. 8S\ avoit voulu avec raison que la duchesse de Chartres appe- [Add. S'-S. S9] lât toujours les deux autres ma sœur, et que celles-ci ne l'appelassent jamais que Madame'^. Cela étoit juste, et le Roi le leur avoit ordonné, dont elles furent fort piquées. La princesse de Conti pourtant s'y soumit de bonne grâce; mais Madame la Duchesse, comme sœur d'un même amour', se mit à appeler Mme de Chartres mignonne : or rien n'étoit moins mignon que son visage, que sa taille, que toute
4. Le grand couvent où nous avons vu plus haut (p. 100, note 2) Mme d'Épernon se retirer, et qui était surtout célèbre par la retraite de Mlle de la Vallière. La « maison borgne » que loua la maréchale d'Humières était celle qu'avait occupée Mlle de Portes, cette sœur de la première duchesse de Saint-Simon dont les Mémoires ont déjà parlé plusieurs fois. Voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 282.
2. C'est-à-dire, s'en faisant comme une fonction assurée et régulière. L'Académie cite, au sens propre : « Sa commission fut changée en titre d'office. » Au reste, elle explique simplement les mots : « C'est un fripon en titre d'office, » par : « C'est un grand fripon. »
3. « Elle gouverne entièrement le faubourg Saint-Jacques, » dit Mme de Coulanges {Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 282).
4. Outre les enfants dont a parlé notre auteur, Mme d'Humières avait encore une autre fille, Marie-Louise, qui était abbesse de Notre-Dame de Monchy depuis 1684, et qui mourut le 12 janvier 1710, après une vie toute de sainteté, dont Michel Félibien écrivit l'éloge.
5. La princesse de Conti douairière, la duchesse de Bourbon-Condé et la duchesse de Chartres.
6. La Gazette d' Amsterdam intervertit évidemment les choses quand elle dit, à la date du 5 février 1694 (p. 48) : « Le Roi a ordonné à Mme la princesse de Conti douairière et à Mme la duchesse de Bourbon, ses filles, d'appeler Mme de Chartres du nom de sœur, et non de celui de Madame, comme elles faisoient auparavant. »
7. Elles étaient l'une et l'autre filles de Mme de Montespan.
sa personne'. Elle n'osa lo trouver mauvais ; mais quand, à la fin, Monsieur le sut, il en sentit le ridicule, et l'échappatoire de l'appeler^ Madame, et il éclata. Le Roi défendit très-sévèrement à 3Iadame la Duchesse cette familiarité, qui en fut encore plus piquée; mais elle fit en sorte qu'il n'y parût pas.
A un voyage de Trianon, ces princesses, qui y couchoient, et qui étoient jeunes, se mirent à se promener ensemble les nuits et à se divertir la nuit à quelques pétarades^. Soit malice des deux aînées, soit imprudence, elles en tirèrent une nuit sous les fenêtres de Monsieur, qui l'éveillèrent, et qui le^ trouva fort mauvais: il en porta ses plaintes au Roi, qui lui fit force excuses, gronda fort les princesses, et eut grand'peine à l'apaiser^. Sa colère fut surtout domestique : Mme la duchesse de Chartres s'en sentit longtemps, et je ne sais si les deux autres en furent fort fâchées ; on accusa même Madame la Duchesse de quelques chansons sur Mme de Chartres^. Enfin tout
1. Voyez tome I, p. 97, note 1. Mme de Caylus dit d'elle : « La flatterie a fait depuis (son mariage) que ses favorites l'entretenoient continuellement de sa grande beauté, langage qui devoit d'autant plus lui plaire qu'elle y étoit moins accoutumée. » (Souvenirs, p. 484.)
2. C'est-à-dire cette manière d'échapper à l'appeler, cette ruse pour ne pas l'appeler. C'est un tour propre à Saint-Simon. Échappatoire ne s'emploie guère qu'absolument et sans régime.