‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 149 sur 334 · Dans le niaimsciit, despoir · texte numérisé non relu

Dans le niaimsciit, despoir

1. C'est bien là le texte du manuscrit; il faudrait, pour que la phrase, avec les deux membres relatifs : « qu'il mettoit » et « qui étoit éclairé », fût correcte, rejeter à la fin les mots : « n'osoit manquer à ce qui lui étoit prescrit ». — Saint-Simon ayant absolument dénaturé les détails de cet épisode, nous croyons nécessaire de les rétablir à l'aide des Mémoires de Nouilles (p. 49-01), et surtout des documents inédits du Dépôt de la guerre (vol. 1:28-2 et 1283). Dès le commencement de la campagne, le Roi pressant M. de Noaiiles de se diriger sur Barcelone, ce général avait répondu, de sa propre main, le 7 juin : « Quoique V. M. m'ait fait l'honneur de me dire qu'elle avoit assez de confiance en moi pour s'en remettre entièrement à ce que je jugerois qui pourroit être du bien de son service, je n'ai pas voulu néanmoins manquer à l'informer de l'état où sont les choses et du

parti que je crois le meilleur » Ce parti, approuvé par l'intendant

Trobat et par tous les officiers généraux, était de différer le siège de Barcelone, quoique ce fût une entreprise « d'un grand éclat et d'une grande conséquence, » et de marcher sur Girone. En arrivant devant cette ville , le maréchal fut atteint de très-violentes douleurs de reins. « Je suis si abattu et si fatigué, écrivait-il, que je ne puis répondre à la lettre de V. M. par cet ordinaire. » D'autres préoccupations se joignirent à ses souffrances corporelles : Barbezieux, soit négligence, soit pénurie de fonds, soit aussi jalousie (voyez les Mémoires de Noaiiles, p. o4 et o7), n'avait pas assuré le service de l'armée de Catalogne, et c'était un embarras constant, on le conçoit facilement, pour satisfaire le Roi. Le maréchal, maître de Girone, écrivait au ministre (30 juin) : « Il ne nous reste quasi plus d'argent de notre dernière voiture. Nous avons fait trois sièges, et nous n'avons touché que deux cent soixante et tant de mille livres pour l'armée, dont la seule subsistance va bien plus haut pour un mois. » L'argent n'arriva point, et, lorsque Hostalrich fut pris, le trésorier n'avait plus en caisse que vingt pistoles (27 juillet) ; aussi le libertinage, le désordre et la maladie régnaient-ils dans l'armée. Ce fut dans ces conditions qu'on reçut l'ordre du Roi d'attaquer Barcelone, ordre daté du 8 août. Le maréchal assembla aussitôt les généraux et l'intendant: tous déclarèrent, dans le

Une flotte de cinquante-deux ' vaisseaux partit le 3 octobre de Toulon, chargée de cinq mille deux cents hommes de troupes prises en Provence, de celles de M. de Vendôme ^ ; et rien ne manquoit plus qu'à mettre la main à l'œuvre, lorsque M. de Noailles voulut rendre au Roi un compte particulier de tout et recevoir directement ses ordres, et le tout à l'insu de M. de Barbezieux. Pour une [A(id.S'-S. ifs\ commission si importante pour lui, il choisit Genlis^, qui, étant* sans bien et sans fortune, s'étoit donné à lui, et

conseil tenu le 6 septembre, qu'il était difficile de faire le siège de Barcelone, impossible de songer à celui de Lerida, et qu'on pouvait seulement préparer une campagne défensive pour 1695. On était alors devant Castel-Follit, et le maréchal souffrait d'une forte fièvre, qui se compliqua de douleurs rhumatismales et de vomissements; il demanda, le 23 septembre, son congé et la séparation de l'armée. Deux jours après, le 2o, il recevait encore des ordres si formels de marcher sur Barcelone, que l'armée dut s'y préparer, bien que tout le monde persistât à croire l'entreprise inexécutable sans troupes, sans argent, avec des soldats découragés, débandés, et des officiers non payés, ni même nourris. On le voit, Saint-Simon se trompe ou altère sciemment les faits lorsqu'il dit que « rien ne manquoit plus qu'à mettre la main à l'œuvre, » que M. de Noailles pressait le Roi d'ordonner le siège de Barcelone, que Barbezieux « n'osoit manquer à ce qui lui étoit prescrit, » et que Barcelone eût été pris facilement sans 1' « horrible trahison » qu'il va dévoiler.

•1. Le chiffre oO a été corrigé en 32.

2. Journal de Dangeau, tome V, p. 88-90. Tourville commandait cette flotte ; sa correspondance avec Pontchartrain et son journal se trouvent dans le ms. Clairambault 888, fol. 342-393.

3. Michel-Hardouin Brùlart de Genlis, chevalier de Malte et commandeur de Liège depuis 1660, était neveu du vieux Genlis dont il a été parlé plus haut (p. 216). Il avait débuté comme lieutenant au régiment de la Couronne en 1672, y avait eu une compagnie en 1673, en était devenu colonel par la mort successive de deux de ses frères, en 1677, et avait été promu brigadier en 1688, maréchal de camp en 1693. Il avait pris part, cette année-là, à la prise de Roses, s'était distingué, en juin 1694, au siège de Palamos, et avait eu le gouvernement de Girone le 30 juillet suivant. C'est lui-même, et non son oncle, comme l'a dit Saint-Simon, qui fut nommé directeur d'infanterie à la fin de l'année. Il mourut à Montpellier, le 20 avril 1699.

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