Étant est en interligne, au-dessus (Véloit, biffé
qu'il ne faut pas confondre avec le vieux Genlis dont j'ai parlé plus haut, et à qui il ne cédoit point. Ce Genlis gagna l'amitié de M. de Noailles jusqu'à faire la jalousie de toute sa petite armée. M. de Noailles lui procura un régiment, et le poussa fort brusquement à la brigade, puis à' être fait maréchal de camp^ Il avoit de l'esprit et du manège, et n'avoit d'autre connoissance ni d'autre protection que celle dont il avoit tout reçu. M. de Noailles crut donc ne pouvoir mieux faire que de le charger d'une simple lettre de créance pour le Roi et de le lui annoncer comme une lettre vivante, qui répondroit à tout sur-le-champ et qui, sans l'importuner d'une longue dépêche, lui en diroit plus en une demi-heure qu'il ne pourroit lui en écrire en plusieurs jours. Les paroles volent, l'écriture demeure^; un courrier peut être volé, peut tomber malade et envoyer ses dépêches : cet expédient obvioit à tous ces inconvénients, et laissoit M. de Barbezieux dans l'ignorance et dans l'angoisse de tout ce qui se passeroit ainsi par Genlis*.
1. Puis à est écrit au-dessus soit d'et à, soit plutôt d'où c, biffe. ■2. On a pu voir, par la note 3 de la page précédente, qu'il n'y avait rien eu de « brusque » dans l'avancement du chevalier de Genlis.
3. Verha volant, scripta rnanent. Horace a dit (livre I, épître xviii, vers 71) : Volât irrevocabile verhum.
4. Il n'est point exact de dire que M. de Noailles voulût rien cacher au ministre, puisqu'il venait de lui écrire une lettre pleine des détails les plus convaincants, lorsqu'il se décida à faire partir Genlis, porteur de cette lettre au Roi : « Je viens de renvoyer le courrier de M. de Barbezieux qui m'avoit apporté les dépèches de V. M. du 27 et du 28, et je me donne l'honneur de lui écrire celle-ci par M. de Genlis, que j'ai l'honneur de lui envoyer pour l'informer du véritable état de son armée et du pays. Je ne le répéterai pas à V. M., et je me remets entièrement à lui. Il a vu toutes choses de près, il est capable et zélé pour votre service; ainsi je l'ai choisi par préférence pour aller rendre compte à V. M. de toutes choses et lui témoigner encore de ma part la peine extrême où je suis de ne pouvoir exécuter vos ordres. Mais l'impossibilité est si grande, qu'il n'y a pas moyen de la surmonter, quoique tous les officiers généraux de cette armée soient très-bien intentionnés et zélés. Je me trouve le plus malheureux de ne pouvoir exécuter une chose
Barbezieux, qui avoit d'autant plus d'espions, et de meilleurs, en Catalogne, que c'étoit pour lui l'endroit le plus dangereux, fut averti de l'envoi de Genlis et du jour de son départ, et il sut de plus qu'il devoit arriver droit au Roi, et que surtout il avoit défense de le voir en tout. Là-dessus, il prit un parti hardi : il fit attendre Genlis aux approches de Paris, et se le fit amener chez lui à Versailles, sans le perdre un moment de vue'. Quand il le tint, il le cajola tant, et sut si bien lui faire sentir la différence, pour sa fortune, de l'amitié de M. de Noailles, quelque accrédité qu'il fût, d'avec celle du secrétaire d'État de la guerre, et de sa sorte et de son âge, qu'il le gagna au point de l'embarquer dans la plus noire perfidie, de ne voir le Roi qu'en sa présence, et de lui dire tout le contraire de sa commission. Barbezieux lui prescrivit donc tout ce qu'il voulut, après avoir tiré de lui tout ce dont il étoit chargé, et en fut pleinement obéi '^. Par ce moyen, le projet du siège de Barcelone fut entièrement rompu, sur le point de son exécution , et avec toutes les plus raisonnables apparences d'un succès certain, et sans crainte d'aucun secours dans l'état des forces d'Espagne sur cette frontière, comme abandonnée depuis leur défaite ; et M. de Noailles
que V. M. souhaitoit taut. J'espère qu'elle me rendra justice là-dessus, et qu'elle sera convaincue que les difficultés sont aussi invincibles qu'elles le sont, puisque je ne les surmonte pas. Mais tout manque, troupes, vivres, voitures et argent. » Comparez les Mémoires de Noailles, p. 59. Voilà ce que Saint-Simon appelle « souhaiter l'exécution avec ardeur, » et être « sur le point de l'exécution. »
1. Dangeau nous dit, à la date du 1"2 octobre (tome V, p. 91): «M. de Genlis, maréchal de camp dans l'armée de M. de Noailles, arriva ici {à Fontainebleau) ; il vient pour recevoir les ordres du Roi sur ce qu'on peut faire en Catalogne. On croit qu'il y a des difficultés au siège de Barcelone; cependant nos vaisseaux sont partis de Toulon du 3 de ce mois, etc. » Comparez la Gazette d'Amsterdam, p. 340 et 348, et Extraordinaire Lxxxvii. Celte gazette avait annoncé l'embarras de M. de Noailles dès la page 237, correspondance du 21 juillet.