‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 215 sur 334 · Il arriva le 1" septembre au camp de Lambsheim · texte numérisé non relu

Il arriva le 1" septembre au camp de Lambsheim

[l,^9o] DE SAINT-SIMON. 335

corps*. Le maréchal de Joyeuse ne s'étoit pas fait aimer; il étoit de plus accusé d'avoir beaucoup pris ", et d'avoir réduit la cavalerie et les équipages à une maigreur extrême, faute de fourrage, dans un pays qui en regorgeoit, et ce passage de lui à un général qui se faisoit adorer par ses manières et par son désintéressement, causa cet incroyable transport de joie, qui fut universel.

Peu après ce retour, l'armée fut partagée, pour la commodité des subsistances^. Les maréchaux demeurèrent vers l'Alsace avec une partie, et Tallard mena l'autre vers la Nahe et le Hundsriick, où j'allai avec mon régiment. Je n'y demeurai pas longtemps que j'appris que M. le maréchal de Lorge étoit tombé en apoplexie^, et sur-le-

i . Ce sont à peu près les termes dont notre auteur s'est déjà servi (p. 29o), en parlant de la guérison de son beau-père.

2. Une longue lettre du maréchal de Lorge au secrétaire d'État de la guerre (Dépôt de la guerre, vol. 1266, n" 6o, 31 août 1694) semble dire, sans nommer personne, que M, de Joyeuse avait l'habitude de tirer profit des sauvegardes (voyez ci-dessus, p. 306, note 2); nous citerons de plus, comme témoignage de l'avidité de ce maréchal, une lettre du 3 août 169o, oia, remplaçant alors M. de Lorge, il écrivait à Barbezieux : « Comme vous êtes sur les lieux, et que je ne pourrois pas être averti assez tôt pour écrire au Roi moi-même, s'il venoit à vaquer quelque bon ou gros gouvernement, je vous prie, si le cas arrive, de le demander à Sa Majesté pour moi. Celui de Nancy ne vaut que onze mille deux cents livres. Ce n'est pas pour thésauriser que je désire du bien; c'est pour soutenir la dignité dont il a plu au Roi m'houorer et me revêtir. » (Dépôt de la guerre, vol. 1323, n" 79.)

3. Au bout d'un mois passé dans le camp de Guntersblum, ne recevant pas d'ordres de la cour, le maréchal détacha vers Wôllstein la plus grande partie de la cavalerie, sous les ordres de Tallard, le 4 octobre. (Dépôt de la guerre, vol. 1324, n° o4.)

4. Le maréchal de Lorge fut frappé d'une sorte d'apoplexie, étant à la chasse, le 11 octobre. Il refusa d'abord de se livrer aux médecins ; mais, ayant eu une seconde congestion, on lui administra l'émétique, puis une décoction de feuilles de tabac, qui finit par provoquer une évacuation salutaire et décisive. Pendant trente heures, on fut fort inquiet. (Dépôt de la guerre, vol. 1324, n°^ 69 et 71.) Comparez le Journal dcDaïujeau, tome V, p. 296-297, et la Gazette d'Amsterdam, 27 et 31 octobre 1695.

champ je partis pour l'aller trouver, avec le comte de Roucy ' et le chevalier de Roye*, ses neveux, et une escorte que Tallard nous donna. Le mal eût été léger si on y eût pourvu à temps; mais il lui est ordinaire de ne se laisser pas sentir, et il n'y eut pas moyen de persuader le malade de se conduire et de faire ce qu'il auroit fallu : tellement que le mal augmenta au point* qu'il en fallut venir aux remèdes les plus violents, qui, avec un grand péril, réussirent. Cependant arrivèrent les quartiers de fourrages*, et en même temps Mme la maréchale de Lorge à Strasbourg, qui n'avoit eu guère le temps de se reposer à Paris. Nous fûmes tous l'y voir et y demeurer jusqu'à son départ avec M. le maréchal pour Vichy ^. En même temps arrivèrent les quartiers d'hiver, et je m'en allai à Paris ^.

-1. François de la Rochefoucauld de Roye, marquis de Chefboutonne, titré comte de Roucy depuis 1680, avait été fait mestre de camp de cavalerie en 1684, brigadier en 1693, et était capitaine-lieutenant des gendarmes écossais depuis 1692. Il devint maréchal de camp en 1696 et lieutenant général en 1702, quitta le service en 1707, eut le gouvernement de Bapaume en février 1721, et mourut le 29 novembre suivant, à soixante et un ou soixante-trois ans. Il était fils aîné du comte de Roye mort, réfugié, en Angleterre, et de la sœur des maréchaux de Duras et de Lorge.

2. Barthélémy, frère cadet du précédent et appelé le chevalier de Roye, prit le titre de marquis de la Rochefoucauld en se mariant. Mousquetaire en 1690, il avait acheté en 1693 la charge de guidon des gendarmes de la Reine; il passa sous-lieutenant aux gendarmes d'Anjou en 1697, capitaine-lieutenant aux gendarmes de Flandre en 1698, brigadier desarméesen 1704, maréchal de camp et capitaine des gardes de la duchesse de Berry en 1710, lieutenant général en 1720, et mourut le 3 novembre 1724, âgé de cinquante et un ans.

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