Le maréchal duc de Luxembourg
(Page 33.) 8 novembre 1683. — Le prince de Tingry étoit fils aîné du maréchal duc de Luxembourg, qui, avec cette dénomination de prince, n'en a jamais eu mieux. Il étoit Montmorency et petit-fils de ce Bouteville, grand duelliste, qui en eut enfin le cou coupé, pour n'avoir pu résister au sommeil à l'extrémité de la frontière des Pays-Bas, où il se sauvoit, et où, se croyant trop avancé pour être pris, il le fut dormant dans le chemin. Son fils, qui avoit suivi Monsieur le Prince, en fut toujours protégé, et devint duc, pair et maréchal de France, etc. Il épousa Mlle de Clermont- Tonnerre, dont la mère étoit Luxembourg, fille du dernier duc de Piney, dont le duché étoit femelle, et qui, à ce titre, fit duc et pair Brantes, frère du connétable de Luynes, son premier mari, qui en prit le nom de duc de Luxembourg et fut chevalier de l'Ordre, gouverneur de Blaye et capitaine des chevau-légers de la garde. Il laissa un fils, qui fut imbécile, diacre et interdit, et une fille, religieuse professe, puis maîtresse des novices de l'Abbaye-aux-Bois, à Paris. Mme de Luxembourg se remaria au comte de Tonnerre, dont elle eut une fille unique, que Monsieur le Prince fit épouser au jeune Bouteville, qui prétendit par là être duc de Piney-Luxembourg. Cette prétention s'éclaircira en son lieu ; ici il suffit de dire que Monsieur le Prince fit pour cette affaire deux efforts de crédit : l'un, d'obtenir que cette religieuse, qui l'étoit depuis vingtcinq ans, seroit dispensée de ses vœux, faite pour la forme chanoinesse de Poussay, auroit sur les biens de sa famille une bonne pension, restituée à demi au siècle, renonceroit à toute prétention à la dignité de sa mère en faveur de sa sœur du second lit, et que, pour l'eu dédommager, elle seroit dame du palais de la Reine, avec un tabouret de grâce, à cause de cette prétention et renonciation ; l'autre, que son frère de même lit, diacre, imbécile, interdit, seroit relevé pour vingt-quatre heures de son interdiction pour faire les renonciations de dignité et de bien en faveur du mariage de sa sœur du second lit, qui se fit en mars 1661, auquel il fut présent, et aussitôt après interdit de nouveau. Par ce mariage, la mère donna tout à sa fille et à son gendre, qui mit* les armes de Luxembourg sur le tout des siennes, et ne signa plus que Montmorency-Luxembourg. Il prétendit être duc de Piney, et, à cette occasion, le crédit de Monsieur le Prince lui en fit obtenir de nouvelles lettres, avec rang de cette nouvelle date. Pour le rang de prince étranger, il n'en fut pas question : il y avoit plus de deux siècles que la branche impériale de cette maison étoit éteinte, et davantage que la ducale l'étoit aussi ; le duché de Luxembourg, passé par des filles en d'autres maisons, avoit eu diverses fortunes, et ce qui restoit de la mai-
1. Le manuscrit porte, mais sans doute par erreur, unit, au lieu de rrnt.
son de Luxembourg n'étoit issu d'aucune de ces branches souveraines et n'avoit jamais prétendu aucun rang de prince étranger nulle part, ni en France, oii ces prétentions s'établissent si aisément. Elles y ont eu les plus grands biens et les plus grands établissements. La branche de Ligny et celle de Saint-Pol, qui en est sortie, y ont produit deux connétables, et se sont éteintes promptement; celle de Brienne, issue du dernier connétable, à qui Louis XI fit trancher la tête en 1475, quoiqu'ils eussent épousé les deux sœurs, filles de Savoie, finit en 1608, en la personne de Charles de Luxembourg, comte de Brienne, gouverneur de Metz, chevalier du Saint-Esprit parmi les gentilshommes, sans difficulté, en la promotion de 1597; et celle de Piney, sortie de celle de Brienne, n'eut que deux générations, les deux ducs de Piney père et fils, avec lesquels s'éteignit toute la maison de Luxembourg, en 1616, par la mort du second, qui n'eut jamais ni ne prétendit d'autre rang, non plus que n'avoit fait son père, que celui de sa dignité de duc et pair. Il fut père de l'héritière qui épousa le frère du connétable de Luynes en premières noces, dont elle n'eut que ce diacre insensé et cette religieuse, vingtcinq ans professe, puis défroquée, mise à la cour et assise par grâce ; et en secondes noces, le comte de Clermont-Tonnerre, dont elle eut la fille unique mariée, comme on vient de le rapporter, à M. de Montmorency- Bouteville, qui fut fait à ce mariage duc de Piney, en prenant le nom et les armes de Luxembourg. De ce mariage vinrent quatre fils et une fille. Il est vrai que, dans les dernières années de la vie de M. de Luxembourg, et parmi les victoires deLeuze, Fleurus, Steinkerque et Nerwinde, il essaya d'obtenir un rang de prince fondé sur ses lauriers ; et comme, au trop sage dire du chancelier le Tellier, il est toujours si utile de se fonder en prétentions, il en eut promesse que son second fils seroit fait duc en le mariant, ce qui fut même tenu après la mort du père, et c'est le duc de Châtillon, père du duc d'Olonne. Il n'est donc pas vrai que M. de Luxembourg ait tenté au rang de prince en mariant son fils à la fille du duc de Chevreuse, qui fut plus de deux ans debout, et toujours à la cour, jusqu'à ce que M. de Luxembourg obtint l'érection de Beaufort pour son fils en duché vérifié, qui prit alors le nom de duc de Montmorency, qui fut imposé en même temps à cette terre.
68. Mme de Valençaij, sœur du maréchal de Luxembourg. (Page 36.)
28 août 1684. — Mme de Valençay étoit sœur du maréchal de Luxembourg et de la duchesse de Meckelbourg. Il n'est resté d'elle qu'une fille, mariée à un nommé George [sic), homme d'affaires, dont la fille est devenue la duchesse de Béthune d'aujourd'hui.