Le manuscrit porte
ver seulement le contrat de mariage de M. de Luxembourg et agréer qu'il fût reçu pair de France suivant ce qui avoit été pratiqué par M. de Luxembourg, frère du connétable deLuynes. C'est sur ce fondement que M. de Luxembourg, siîr de sa dignité par son érection nouvelle de 1661 et sa réception au Parlement en conséquence, avec le rang de cette date, prétendit, sans rien risquer, à l'ancienneté de la première érection de 1381, et qu'il attaqua tous les pairs d'entre cette érection et la sienne de 1661. C'étoient les ducs de Ventadour, d'Elbeuf, de la Trémoille, de Montbazon, de Vendôme, de Sully, de Luynes, de Lesdiguières, de Brissac, de Chaulnes, de Richelieu, de Saint-Simon, de la Rochefoucauld, de la Force, de Valentinois ou Monaco, de Rohan-Chabot et de Bouillon : ces deux derniers, parce que M. de Luxembourg n'avoit été reçu qu'après le duc de Rohan, tous deux impétrants, et que M. de Bouillon, mineur, avoit obtenu des lettres enregistrées, à l'occasion de la réception de M. de Rohan, portant que, son père n'ayant pu être reçu, prévenu par la mort presque aussitôt après son érection durant les troubles, et lui étant mineur, son ancienneté lui étoit réservée nonobstant les premières réceptions qui se pouvoient faire avant la sienne, s'il plaisoit à S. M. ériger de nouvelles pairies. Mais M. de Bouillon, qui avoit des idées de tenter la prétention de l'ancienne érection d'Albret et de Château-Thierry, si celle de Piney réussissoit, quelque différence qu'il pût y avoir entre l'une et l'autre de ces prétentions, ne crut pas devoir combattre celle de M. de Luxembourg; et M. de Chevreuse, comme duc de Luynes, ne s'y voulut pas opposer non plus, moins par la considération de son gendre, fils aîné de M. de Luxembourg, que par deux considérations aussi absurdes l'une que l'autre : la première, qu'étant, par son contrat de mariage, héritier de M. de Chaulnes, fils d'un frère du connétable de Luynes, il espéroit, après la mort de M. de Chaulnes, faire passer sa dignité avec son bien à son second fils, qui étoit appelé à sa succession par le contrat de mariage de M. de Chevreuse; la seconde, parce que sa grand'mère, veuve en premières noces du connétable de Luynes et en secondes du duc de Chevreuse Lorraine, sans enfants, ayant emporté le duché de Chevreuse pour ses reprises, avec d'autres biens qui étoient revenus à lui par son père, fils unique du premier lit de Mme de Chevreuse, il espéroit encore revenir à l'ancienneté et à la pairie de l'érection de Chevreuse faite pour le second mari de sa grand'mère, quoiqu'il eût si peu songé à cette chimère jusqu'alors, qu'il avoit obtenu pour lui-même une nouvelle érection de Chevreuse en duché vérifié, sans pairie, en 1668, par la faveur de son mariage avec la fille aînée de M. Colbert. Des quinze restants, MM. de Ventadour et de Brissac ne s'occupoient guère d'affaires, ni de vivre en gens de leur état ; M. de Sully passoit sa vie à Sully depuis nombre d'années, et M. de Lesdiguières étoit enfant; ils opposèrent néanmoins, et voulurent que leurs noms parussent avec les autres. M. de Saint-Simon étoit d'un âge à ne pouvoir se donner beaucoup de mouvement, et M. de la Force dans une situation qui le rendoit utile à peu de chose. Il y avoit encore la
duchesse d'Aiguillon, dont la sinjïularité et la retraite la niettoit hors de portée d'entrer dans rien. MM. d'Elbeuf et de Vendôme, dissipés à leurs plaisirs, ne laissèrent pas de prendre une vraie part à l'affaire, et M. de Vendôme y en prit une telle, qu'elle donna lieu à ce qui se fit ensuite en faveur des bâtards. M. de Montbazon ou Guémené y entra, autant que sa vie fort séparée le lui permit, et plus même qu'on ne devoit en attendre, et M. de Monaco tant qu'il put aussi. Ceux qui en soutinrent tout le poids, et avec toute la chaleur possible, furent MM. de la Tréraoïlle, de Chaulnes, de Richelieu, de la Rochefoucauld, de Rohan, et quatre ou cinq [ans?] après, M. de Saint-Simon, après la mort de son père, qui, à dix-huit ans, en soutint les plus grands efforts. Jusqu'en 1693, qui fut l'année qu'il perdit son père, cette affaire ne fit que languir ; mais elle devint alors fort échauffée par les procédures, et plus encore par les procédés. M. d'Uzès se joignit aux opposants à M. de Luxembourg, et, dans la suite, plusieurs ducs postérieurs à l'érection de Piney de 1661, par le commun préjudice que cette prétention portoit à la dignité, et par l'intérêt de chacun de fermer la porte à des prétentions d'ancienneté sur eux, auxquelles celle-ci auroit ouvert la porte.
Les opposants prétendoient que l'effet femelle, s'arrêtant au premier degré, ne pouvoit vaguer de maison en maison, et, par une différente de celle de l'impétrant, entrer dans une seconde étrangère, et ainsi à l'infini; que le duché-pairie de Piney étoit éteint dans le sang du premier mari de Mlle de Luxembourg, qui étoit le frère du connétable de Luynes, si bien que sa veuve n'avoit ni conservé pour elle-même le rang, ni aucun honneur de duchesse depuis son second mariage, ni encore moins n'en avoit pu rien communiquer à son second mari, qui n'en avoit jamais joui, par conséquent à la fille de ce second lit, qui étoit la maréchale de Luxembourg ; que le fils du premier lit, duc et pair sans difficulté, mais insensé, interdit, enfermé, diacre, n'avoit pu rien céder parle contrat de mariage de M. de Luxembourg et de sa sœur du second lit, parce que lever pour cela une interdiction et la remettre vingt-quatre heures après, c'étoit se moquer des lois et de la justice, parce qu'il étoit incapable d'aucune disposition et d'aucun acte judiciaire, parce que les sommes alléguées reçues par lui de M. de Luxembourg à cet effet enrendoient M. de Luxembourg incapable, puisqu'il faut être héritier du sang, et non acquéreur, pour succéder à la dignité de ducpair; parce que cette sœur du second lit n'avoit en elle aucune capacité d'hériter de cette dignité, qui, avant elle, avoit déjà changé de maison; parce que sa mère ne pouvoit lui transmettre ce qu'elle ne possédoit plus, et ce qui étoit absorbé et passé en son fils du premier ht; enfin parce que M. de Luxembourg en avoit si bien reconnu les défauts, qu'il avoit obtenu une érection toute nouvelle en sa faveur, avec un rang nouveau, dans lequel il s'étoit fait recevoir en 1662, et n'en avoit point eu, ni été reconnu duc auparavant par le Roi ni par personne, et que des lettres surprises en 1676, qui faisoient dire au Roi ce qui lui convenoit à lui, sans connoissance ni contradiction de personne des intéressés, ne leur pouvoient préjudicier, ni lui donner, à lui, un droit qu'il n'avoit pas
d'ailleurs. Telle fut cette grande affaire, qui, à la suite, partialisa le inonde avec de grands éclats et donna naissance à beaucoup d'autres.