‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 259 sur 334 · Le maréchal d'Humièrcs · texte numérisé non relu

Le maréchal d'Humièrcs

(Page 175.)

31 août 1694. — Le maréchal d'Humières s'appeloit Crevant et portoit le nom et les armes d'Humières, parce que le vicomte de Brigucil, père de son père, épousa Jacqueline d'Humières, dont le frère unique mourut, sans enfants, au siège d'IIam, en lo9o, et devint ainsi héritière de sa maison, qui fut éteinte, et qui étoit fort bonne et ancienne, et avoit été fort en splendeur. Cette héritière, dont le père, le frère et le mari étoient clievaiiers du Saint-Esprit, donna à sa postérité son nom et ses armes. Elle n'eut que deux fils, tous deux premiers gentilshommes de la chambre de Louis XIII, l'un après l'autre : l'aîné, tué, sans enfants, devant Royan, en 1622 ; l'autre, qui étoit un vilain rousseau qui déplaisoit fort au Roi, vendit sa charge et se retira. 11 étoit gendre de Phélypeaux, sieur d'Herbault, secrétaire d'État, et eut de sa fille le^ maréchal d'Humières.

Le maréchal d'Humières avoit épousé la tante paternelle de la Chastre, gendre de Lavardin, qui fut dame du palais de la Reine, belle, sage et fort du grand monde, et sans esprit, qui le survécut longtemps. C'étoit un homme aimable au dernier point, jusque dans ses colères, qui avoit toujours été du plus grand monde et du plus choisi, et qui, avec beaucoup de valeur et d'aisance dans les manières, mais avec un esprit médiocre et des talents bornés pour la guerre, en avoit un infini pour la cour, dont il rassembloit chez lui tout l'illustre et l'agréable avec une grande magnificence, et avoit partout l'air du maître, et chez lui et ailleurs, sans en avoir le haut ni le rebutant, et d'autant mieux avec le Roi qu'il étoit le très-humble serviteur des ministres. C'est ce qui lui valut les deux grands emplois qu'il eut : de la Flandre, où M. de Louvois vouloit n'avoir ni contradicteur ni général d'armée tout porté avec qui compter, et celui de l'artillerie, que le duc de (sic) Lude, qui étoit de longue main fort bien avec le Roi et qui étoit haut, avoit garantie des attaques de ce ministre, qui ne perdit pas l'occasion d'en disposer en faveur d'un homme qui s'en accommoda à toutes conditions, et celles qu'il y avoit furent en effet fort nouvelles. C'est une chose étonnante qu'ayant eu le crédit d'être duc et de faire appeler dans ses lettres celui qui, de l'agrément du Roi et du sien, épouseroit sa troisième fille, pour laquelle il avoit une prédilection extrême, et de lui imposer la loi de quitter son nom et ses armes, il préféra à son propre nom de Crevant, bon et ancien, celui d'Humières, à la vérité plus illustre, mais qui lui étoit à lui-même étranger. C'étoit un homme de toutes sortes de plaisirs et de fêtes, qui naissoient moins chez lui, partout où il étoit, qu'elles ne s'y trouvoient comme dans leur centre, et qui y étoient rendus plus vifs par la beauté extraordinaire de cette troisième fille, qui s'est conservée telle encore jusque dans la vieillesse. Un courtisan de ce caractère ne pense guère à sa fin : c'est ce qu'il déplora, comme le feu duc de Créquy, qui lui étoit en cela fort

semblable, et qui s'écrioit amèrement qu'il n'avoit point d'éclielle pour monter au ciel*. Le maréchal d'Humières avoua humblement qu'il n'y avoit jamais pensé, et mourut dans le sein de la cour, dans son appartement de Versailles, entre les bras de l'abbé de Fénelon, qui fut bientôt après archevêque de Cambray, et qui, avec peu ou point d'habitude avec lui, l'assista dans ce terrible passage. Il avoit perdu deux fils sans être mariés, l'aîné le dernier, qui fut tué au siège de Luxembourg, en 1684, et à qui cela avoit été si distinctement et si précisément prédit qu'il en parla cà plusieurs de ses amis, comme n'en doutant pas. Il est surprenant que MM. de Gesvres, dans l'éclat oi!i ils sont parvenus, et môme les Novions, qui en ont une autre moins disproportionnée (sic) et plus de leur portée, aient souffert un Potier, ni méconnu d'eux ni méconnoissable, être bailli de Mouchy (sic), qui est le titre et la terre du duché d'Humières, à deux lieues de Compiègne, et un Potier être attourné, c'est-à-dire échevin, de Compiègne, dont le maréchal et les siens ont été et sont gouverneurs. On y voit un étrange monument dans le chœur de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne, où le Roi et toute la cour vont souvent aux offices et à la messe, quand la cour y est : c'est une épitaphc avec tout son appareil, à la muraille du côté de l'épître, qui est du marquis d'Humières, tué à Luxembourg, oi^i ce Potier, comme attourné de la ville, est nommé et marqué avoir pris soin de ses obsèques'^.

8S. Nom distiiicllf des Princesses.

(I>age iSl.)

5 avril 1689. — Quand les Mémoires disent les Princesses ou Mesdames les Princesses, cela ne s'entend que des filles du Pioi. C'étoit le langage de la cour.

Page 1