Si est en interligne
Roquelaure se mit à le plaisanter là-dessus, avec des bouffonneries et des éclats de rire, tant qu'à la fin M. de Vendôme, qui espéroit qu'il entendroit son silence, le rembarra en prince du sang de ces temps-ci, et non même d'alors. Roquelaure, bien étonné et encore plus étourdi, marmotta je ne sais quoi, qu'il ne croyoit pas le fâcher, et, voyant que l'autre poussoit toujours sa pointe, sortit. La chose parut si forte à la compagnie, que, M. de Vendôme étant monté au souper du Roi, les hommes ne crurent pas s'en devoir mêler : Mme d'Armagnac s'en chargea, et n'y eut pas de peine. Roquelaure sentit sa sottise après coup, et n'osa en soutenir l'engagement ; tellement que, pour l'amour de Mme d'Armagnac, dit-il, il voulut bien faire encore le lendemain une sorte d'excuse à M. de Vendôme, conduit par elle, chez elle-même, au même lieu où la scène s'étoit passée la veille. M. de Vendôme la reçut tellement quellement, et il n'y parut plus. Mais Roquelaure enraya tout mot avec lui, et même avec son frère, et la froideur et la mesure succédèrent à l'amitié et à la liberté dans laquelle ils avoient jusque-là vécu ensemble, qui ne reprit plus entre eux dans la suite.
110. La duchesse d'Hanovre et le comte de Kônicjsmurck. (Page 2.51.)
lo février 1693. — M. d'Hanovre, qui devint neuvième électeur, et qui, par le prétendu droit de la duchesse Sophie, sa mère, fille de l'électeur palatin, roi de Rohême, et d'une fille de Jacques I", roi d'Angleterre, devint roi d'Angleterre, fut jaloux de sa femme, fille du duc de Zell, et prétendit avoir des preuves complètes contre elle et le comte de Konigsmarck, jeune seigneur suédois qui avoit été à Paris fort à la mode, et qu'il fit jeter dans un four chaud. M. d'Hanovre prétendoit que ses enfants n'étoient pas de lui , et c'est ce qui l'a fait vivre avec eux, et avec l'aîné surtout, qui l'a survécu, dans une sorte d'inimitié ouverte qui a pensé avoir les plus grandes suites. Il n'a jamais revu sa femme depuis ; mais il lui donna plus de liberté depuis qu'il fut en Angleterre, et lui fit offrir quelque temps après d'aller à Hanovre, et même de la reprendre, sans pour cela s'adoucir pour son fils. Elle refusa l'un et l'autre, et mourut peu après dans ce même château, mais d'où elle sortoit quand et comme il lui plaisoit, et y voyoit du monde de raêmt..
ill. Le duc de Chaulnes forcé d'échanger la Bretagne
contre la Guyenne.
(Page 234.)
12 mars 1693. — Le Roi, tout occupé de la grandeur de ses enfants naturels et de leur grandeur durable, voulut joindre en M. le comte de Toulouse l'utile de l'amirauté de Bretagne à celui de l'amirauté de France, et mettre cette importante presqu'île entre ses mains, à qui il avoit remis sa marine. M. de Chaulnes, qui vivoit en roi en Bretagne,
qui y répaudoit en libéralités et en magnificence' tout ce qu'il tiroit de cette amirauté, qui étoit adoré en Bretagne, et qui en étoit considéré, aimé, respecté comme le père de la province en général, et de chaque particulier en détail, aimoit de même les Bretons, et y avoit attaché son cœur. Ses services, l'éclat de ses ambassades, la dignité de sa vie et de sa conduite, ne permettoient pas au Roi de lui arracher un gouvernement si précieux à tant de titres. Il étoit cousin germain du feu duc de Luynes, père de M. de Chevreuse, fils des deux frères*, dont il avoit fait le second fils qui naîtroit de son mariage avec la fille aînée de M. Colbert son héritier, s'il ne laissoit point d'enfants, par le contrat de mariage de M. de Chevreuse. Celui-ci étoit ruiné par le nombre d'enfants du second lit de son père, et par des entreprises de canaux et d'autres choses qui avoient mal tourné. Lui et sa femme étoient dans la grande faveur; ainsi le Roi espéra que M. de Chaulnes sacrifieroit volontiers la Bretagne par l'avantage de laisser après lui M. de Chevreuse revêtu du gouvernement de Guyenne, de cent dix mille livres de rente, et cependant* défaire par là ce qu'il desiroit pour M. le comte de Toulouse, en donnant une telle expectative à un homme qu'il aimoit. Le plus simple eût été de laisser mourir M. de Chaulnes, qui étoit vieux, et de donner après la Bretagne et la Guyenne comme il en vouloit disposer ; mais il s'étoit engagé à Monsieur, au mariage de M. de Chartres, de lui donner le premier gouvernement général qui vaqueroit. Monsieur avoit eu patience sur la Flandre, parce que ce pays étoit trop absolument frontière ; mais la Bretagne ni la Guyenne n'avoient pas la même exception, et, en faisant ce troc à condition de survivance, ce n'étoit plus vacance, et Monsieur n'avoit pas* à se plaindre ni à prétendre. C'est tout cela ensemble qui décida cette grande affaire. Monsieur en fut outré, fit au Roi des reproches amers, et sur le compte de son fils, et sur le danger politique de donner la Bretagne à un amiral. Le Roi se laissa gronder, fut doux, essuya des bouderies, et les termina par de l'argent pour Saint-Cloud, dont les favoris eurent leur part et remirent Monsieur de bonne humeur. Pour M. de Chaulnes, il obéit, ne cacha point sa douleur, c'est peu dire, mais son désespoir, que celui des Bretons, qui fut sans mesure, ne fit qu'accroître en lui faisant sentir plus que jamais combien il y étoit aimé. M. de Chevreuse eut beau protester qu'il n'y avoit eu aucune part, et qu'il n'en avoit pas même eu le secret : son oncle et sa tante ne le lui pardonnèrent jamais. M. de Chaulnes ne fit que languir depuis, et mourut bientôt après de regret , et sa femme d'affliction de 1 avoir perdu, incontinent après, sans avoir eu d'enfants.
1. Et en magnificence est en interligne, et avait été d"abord écrit après celle amirauté.
'i. Ce membre incident elliptique est comme entre parenthèses : « (Luynes et Chevreuse étant fils des deux frères) », et le dont qui suit dépend de « M. de Chevreuse ».
3. Cependant est en interligne. — -4. Point a été corrigé en pas.
112. Monsieur manque le (jouvernement de Guyenne pour son fils. (Page 259.)
7 janvier 1689. — Monsieur étoit incommodé d'indigestion du gou- ▼ernement de Guyenne, qu'il avoit fort demandé pour M. son tils, et du dépit de la préférence que le Roi a donnée, avec une visite et de l'argent, pour jouer et jeter. Apaisé par la visite du Roi et son argent '.