Complaisance du maréchal de NoalUes à céder
son commandement au duc de Veridôme.
7 juin 169o. — M. de Noailles, presque perdu par l'aventure ci-devant racontée* de l'envoi de Genlis sur le projet du siège de Barcelone, sentit bien qu'avec un ennemi toujours présent et vigilant comme Barbezieux, ses absences le perdroient tout à fait, et, parvenu au bâton de maréchal de France, il comprit que la cour devoit être désormais son partage. Il se tira donc d'affaire avec le Roi par un sauve-V honneur, et convint avec lui d'être malade en arrivant à Perpignan, de demander son retour, de l'obtenir; et le Roi, qui avoit envie de mettre M. de Vendôme à la tête d'une armée, et qui étoit fort embarrassé de le préférer aux princes du sang, sut gré à M. de Noailles de cette complaisance, qui le remit avec lui mieux que jamais. Les princes du sang sentirent vivement cette préférence ; mais elle passa pour un effet du hasard, et non du choix d'un général d'armée hors d'état d'y servir et forcé de la quitter, et de la position voisine de M. de Vendôme, en Provence, tout porté pour en aller prendre le commandement : après quoi, se trouvant général d'armée, il le demeuroit de plain-pied, et il devenoit un chausse-pied pour M. du Maine. Tout ce projet est clair par les patentes de général que M. de Noailles emportoit avec lui pour M. de Vendôme, qui sut, dès l'hiver, cette destination, dont le secret fut gardé jusqu'à l'instant de l'exécution, qui fit coup double en mettant M. de Vendôme à la tête d'une armée et le grand prieur, son frère, à la tête du corps que M. de Vendôme commandoit en Provence. M, de Noailles, dont le mal prétendu étoit un violent rhumatisme, revenu à Versailles, joua longtemps l'estropié, et il lui échappoit quelquefois de l'oublier assez pour faire rire le monde.
121. Voîjage en Hongrie et disgrâce des princes de Conti. (Page 288, note 2.)
1er juillet 1685. — Le Roi, outré du voyage des princes de Conti en Hongrie, découvrit qu'ils avoicnt envoyé un courrier à Paris, et parla si ferme à M. de Louvois pour le faire arrêter et en avoir les paquets, qu'il le fit prendre en Alsace, comme il s'en retournoit, et n'osa ne pas porter au Roi tous les paquets dont il étoit chargé, sans en ouvrir pas un. Il y en avoit de plusieurs gens de la cour, mais de trois, entre autres, qui piquèrent le Roi au vif, parce qu'elles'' contenoient, et parce qu'elles étoient des gens dont les pères et oient comblés de ses grâces et de sa faveur. C'étoit du duc de la Rocheguyon, gendre de M. de Louvois même, de Liancourt, son frère, tous deux fils du duc de