‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 285 sur 334 · Démonstration de Varmée au retour · texte numérisé non relu

Démonstration de Varmée au retour

du maréchal de Lonje.

(Page 334.)

27 septembre 169o. — Les illuminations, les feux de joie, les tables publiques des officiers, en un mot les démonstrations les plus touchantes et les plus extraordinaires, accompagnèrent, trois jours durant, le retour du maréchal de Lorge à son armée, dont il ne put jamais modérer l'éclat.

12o. M. de Brijas, archevêque de Cambraij. (Page 337.)

19 novembre 1694. — C'étoit un bon gentilhomme flamand que le Roi trouva dans Cambray, quand il le prit, et dont la droiture et la franchise lui plurent, et à toute la cour. Il n'est presque point sorti de son diocèse, y tenoit table longtemps, et avoit l'ordinaire fort, mais sans intéresser les mœurs, qui étoient flamandes, et sortoit de table et quittoit tout pour un malade, riche ou pauvre, quel qu'il fût qui le demandât, ou pour le consoler, ou pour lui administrer les sacrements, et cela lui arrivoit très-souvent; fort aumônier et fort appliqué à tous les devoirs de l'épiscopat. Aussi fut-il fort regretté, et du Roi même, qui le traita toujours avec grande distinction. Il s'appeloit de Bryas, avoit été en 1671 évêque de Saint-Omer, et en 167o archevêque de Cambray, où le Roi le trouva quand il le prit, et où il se conduisit en bon prélat et en galant homme *.

i. Addition à l'article du 25 octobre 1692.

2. Les deux derniers membres de phrase, depuis : « oi!i le Roi le trouva », sont biffés.

126. Flcnelon et la maison de M. le duc de Bourgogne. (Poge 338.)

28 août 1690. — M. l'abbé de Féuelon, si connu depuis sous le nom d'archevêque de Cambray, étoit un homme de bonne maison, mais un cadet fort pauvre, qui sentoit son esprit et ses talents fort propres à suppléer à sa fortune. Il se lia d'abord avec ceux qui brilloient dans ce qu'on appeloit le parti janséniste, qu'il crut propre à lui donner de la réputation et à le faire connoitre et valoir. Il fut longtemps initié fort avant dans cette société, et d'un dîner réglé, une fois au moins toutes les semaines, chez la duchesse de Brancas, dans le bout de la rue Cassette, avec plusieurs de ces Messieurs, en grand particulier. Dans les suites, leurs affaires allant mal à la cour, il sentit qu'il se perdroit avec eux, délia, et passa aux jésuites, avec qui n'ayant pas mieux réussi, il frappa à la porte de Saint-Sulpice, avec plus de succès. Ce fut par là qu'il fut connu des ducs de Chevreuse et de Beauvillier, qu'il enchanta par la délicatesse, l'insinuation et le tour souple de son esprit, fait plus que nul autre pour être sans cesse dans ses mains et pour se faire tout à tous. Le Roi ayant laissé au duc de Beauvillier le choix de tout ce qui devoit être employé à l'éducation des princes ses petits-fds, en la lui confiant à lui-même, l'abbé de Fénelon fut préféré par cette liaison formée à Saint-Sulpice, et lui-même, devenu intime de Mme de Langeron, procura à son fils une place de sous-précepteur, qui lui fut toujours intimement uni. L'autre place, le Roi en disposa par lui-même en faveur de l'abbé Fleury, célèbre depuis par son Histoire ecclésiastique, et d'une très-sainte vie, mais qui, ayant été précepteur de M. de Vermandois, tenoit directement au Roi par ce coin, sans s'en douter lui-même. Ce fut une des deux places que le Roi se réserva. L'autre fut celle de premier valet de chambre, qu'il donna à un de ses premiers valets de garde-robe, qui s'appeloit Moreau, qui n'auroit pas été incapable d'être gouverneur en chef, tant il avoit l'àme et les manières élevées au-dessus de son état, tant il connoissoit bien la cour et le grand monde, tant il savoit de choses, et tant sa probité et l'agrément de son esprit, et une liberté singulière, mais qui ne le tiroit jamais de son état, l'avoit mêlé avec la meilleure compagnie ; et sa figure de plus étoit telle, qu'on le prenoit pour un des seigneurs de la cour. Tout le monde l'aimoit, l'estimoit et le comptoit. Ainsi les deux choix du Roi lui firent honneur. Les sous-gouverneurs eurent des mérites différents aux yeux du duc de Beauvillier, qui les choisit. Denonville, ancien gentilhomme de bon lieu et brave homme, décoré du gouvernement de Canada, où il avoit bien fait, étoit la probité, l'honneur et la piété même, mais la simplicité aussi, et peu éloignée de la sottise, qui le rendit une nulle * méprisée, et qui donna à l'autre un relief qu'il ne méritoit pas : ce fut Saumery, dont la mère étoit sœur de

1. yulle, terme de cryptographie, pris ici au figuré dans le sens de nullité.

Mme Colbert, ce qui fit tout son mérite. Son bisaïeul étoit un Basque qui, venu sous la basse livrée d'Henri IV, avoit été mis par ce prince jardinier de Chambord et concierge à la manière des particuliers. Son fils le devint à la manière des rois, puis capitaine de ce château et des chasses. Le fils de celui-là, père du sous-gouverneur, étoit un homme fait à peindre, brave, et qui s'étoit fait compter' à sa manière. Son fils, avec la charge de son père, épousa à Blois une fille alors sortable à lui, dont la sœur, mariée à Colbert, alors in minoribus, eut lieu d'être bien étonnée de ce qu'ils devinrent depuis l'un et l'autre. Cette fortune éleva Saumery, mais sans le décorer, et poussa le frère de ces femmes dans la robe, jusqu'à le faire président au mortier, qui fut M. de Ménars ; et Cheverny, fils de Monglat, chevalier de l'Ordre et maître de la garde-robe, et de qualité distinguée, et puis ruiné, épousa moins la fille de Saumery que la nièce de Mme Colbert. Le jardinier s'appeloit Jean, ou, comme on parle en basque, Joannes, et garda ce nom toute sa vie. Comme, sur la fin, on y avoit joint le Monsieur, le fils trouva plus court d'en faire son nom de famille, et s'appela Joanne, puis Jouanne, pour le mieux déguiser. Le de fut joint avec les temps, et de tout cela il ne tint pas au sous-gouverneur de se faire passer pour un homme de qualité. 11 avoit servi dans les emplois subalternes, et avoit eu un genou cassé à im des combats de M. de Turenne en Allemagne. Il* s'étoit retiré et s'étoit fait bailli de Blois et grand maître des eaux et forêts de ce pays-là, avec la survivance de son père. C'étoit aussi un homme fort bien fait, impudent, insolent, avantageux, qui se montra tel au bout d'un an ou deux qu'il fut à la cour, et l'homme de France qui sut tirer le plus grand parti d'une vieille blessure. 11 se fourroit partout, affectoit familiarité avec ce qui étoit le plus distingué, soutenoit son personnage avec esprit et avec effronterie, mettoit son pied dans toutes sortes de souliers, bas et rampant à propos, et grand diseur de riens, à l'oreille surtout, grand débiteur de maximes, et le boiteux le plus allant qu'on eût jamais vu. Quand il eut percé, il devint important et refusoit le Motmeur à quelque nom que ce fût. Surtout : le prince de Conti, disoit-il, lui avoit raconté telle chose ; ou il venoit de causer chez la princesse de Conti. On peut juger s'il traitoit plus révéremment les autres; et quand il se trouvoit des noms où l'usage ne mettoit point les titres, et où le nom seul eût été trop nouveau, il abrégeoit le Monsieur, et parloit sans cesse de Mons de Louvois, de Mons Colbert, et surtout de tout ce que lui confioit ce pauvre Mons de Turenne, du temps duquel il n'étoit pourtant qu'un subalterne, et ignoré quinze ans et mieux encore depuis sa mort. L'impertinence étoit extrême ; mais, à force de valetage en air considérable à ceux qui étoient distingués par leur crédit ou par leur grand état, à force de confiance dupe de M. de

1. Au-dessus de compter, le mot cointe est écrit d'une autre encre, et peut-être de la main de Saint-Simon.

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