Il corrige qui
Beauvillier dans l'éducation, et pour avoir été mis auprès de Mgr le duc de Bourgogne, avec (jui la sottise de Denonville ne réussissoit pas, tout cela passoit, et il fut du temps considéré, et assez pour attraper gouvernements, régiments royaux, bénéfices, évêchés, tirer du Roi près de cent mille livres de rente de bienfaits pour lui et pour ses enfants, et se plaindre encore de sa fortune. Il essuyoit toutefois un étrange ridicule de la part de sa femme, qui étoit Montbazon, qui croyoit avoir épousé un paysan, et qui le traitoit à peu près de même : une grande créature, d'esprit plaisant, libre, hardie, qui ne se refusoit rien, et qui, après maintes aventures, s'empara de M. de Duras d'une manière si publique, qu'elle en acquit le nom de Madame la Connétable, parce que M. de Duras étoit doyen des maréchaux de France. Le mari le trouvoit fort bon, et alloit même souvent chez M. de Duras, qui, brouillé de longue main avec Mme la maréchale, étoit, lui et toute sa maison, sous l'empire de Mme de Saumery. La fin en fut pourtant scandaleuse à la m-ort du maréchal, car le curé de Saint-Paul la fit chasser avant de lui administrer les sacrements. Mais, de tout cela, Saumery ne faisoit que secouer l'oreille, qui étoit une façon de tic d'important qu'il avoit saisi. On s'est étendu sur ce petit personnage à cause de celui qu'on lui verra faire dans la suite contre ceux à qui il étoit tenu de tout. Des gentilshommes de la manche'. DuPuy, porte-manteau, puis gentilhomme ordinaire du Roi, étoit initié de tout temps parmi les plus dévots de la cour, ce qui l'avoit fait particulièrement connoitre à M. de Beauvillier ; mais, ce qui est rare à un dévot de cour, c'est qu'il étoit fort honnête homme, fort droit, fort sûr, et, avec peu d'esprit, sensé et l'esprit juste, fidèle à ses amis, sans intérêt, ayant fort lu et vu, et beaucoup d'usage du monde. L'autre étoit un dévot de bonne foi aussi et plein d'honneur, mais un des plus plats hommes de France, pédant, triste, excepté des saillies plaisantes quelquefois, tout sulpicien, oia il avoit un frère attaché à M. de Fénelon, et pour lequel on les verra chassés, du Puy et lui. Tout le reste n'étoit que menuaille, excepté Louville, gentilhomme d'ancienne et bonne extraction, plein d'esprit, d'imagination et de feu, de la plus exquise compagnie, et qui fut aussi infiniment goûté et recherché par les meilleures de la cour, plein d'honneur, de valeur, de probité, de fidélité à toute épreuve, de reconnoissance de même, et qu'on verra durant deux ans gouverner en plein l'Espagne. Il étoit parent du duc de Beauvillier, à qui le premier duc de Saint-Simon le recommanda et le fit connoitre. 11 étoit fort jeune et peut-être encore fort débauché. On ne le sut point, et M. de Beauvillier le tira de capitaine en ce régiment du Roi d'infanterie dont le Roi s'amusoit si fort, pour le faire gentilhomme de la manche de M. le duc d'Anjou, qu'il suivit après en Espagne.
I. Ceci est, dans le mauuscrit, une Addition distincte, qui se rapporte, dans le même morceau de Dangeau, à une phrase postérieure sur les geuilshommes de la manche.
127. Mme Guyon et les commencements de son école. (Page 340.)
10 janvier 1694. — Mme Guyon a trop fait de bruit, et par elle, et par ses trop illustres amis, et par le petit troupeau qu'elle s'est formé à part, qui dure encore, et qui, depuis la mort du Roi, a repris vigueur, pour qu'il soit nécessaire de s'y étendre. Il suffira d'en dire un mot d'éclaircissement, qui ne se trouve ni dans sa vie ni dans celle de ses amis et ennemis, ni dans les ouvrages écrits pour et contre elle, où tout le reste se rencontre amplemeot.
Elle ne fit que suivre les errements d'un prêtre nommé Rertaut, qui, bien des années avant elle, faisoit des discours à l'abbaye de Montmartre, où se rassembloient des disciples, parmi lesquels on admiroit l'assiduité avec laquelle M. de Noailles, depuis maréchal de France, et la duchesse de Charost, mère du gouverneur de Louis XIV, s'y rendoient, et presque toujours ensemble tête à tête, sans que toutefois on en ait mal parlé. MM. de Chevreuse et de Beauvillier fréquentoient aussi cette école. Mme Guyon fit connoissance avec ces deux derniers par l'abbé de Fénelon, depuis précepteur des enfants de France, du choix de M. de Beauvillier, qui, ayant frappé à différentes portes jansénistes et molinistes sans aucun succès, fut plus heureux à celle-ci et au séminaire de Saint-Sulpice. Ces deux ducs et leurs femmes, de la vertu et de la piété la plus épurée, et depuis longtemps initiés dans les rudiments de cette école par celle de Montmartre, goûtèrent Mme Guyon au point de se mettre sous sa conduite, à la suite de l'abbé de Fénelon. Leur faveur alors étoit à son plus haut période. Mme de Maintenon dînoit une fois ou deux la semaine en sixième avec eux', la clochette sur la table, pour se passer de valets : ils en profitèrent pour en faire une prosélyte, et ils y réussirent si bien qu'elle-même vouloit initier Saint-Cyr dans cette nouvelle doctrine. L'abbé de Fénelon, au comble de ses vœux, s'en promit plus que de la spiritualité, se lia intimement avec le cardinal de Bouillon, l'unit aux deux ducs, qui persuadèrent à Mme de Maintenon que personne n'étoit plus propre que lui à faire les affaires du Roi à ^ome. La cause de Mme Guyon* y avoit besoin d'autorité contre les atteintes qu'elle y avoit reçues par la condamnation de Molinos, du cardinal Petrucci et des ouvrages de Marie d'Agreda, que les querelles de la constitution Unigenitus^ ont fait passer près de quarante ans depuis; et le cardinal de Bouillon, qui vouloit figurer et faire son neveu cardinal, avoit besoin d'un tel véhicule pour être remis en selle après toutes ses disgrâces ; mais, en habile homme, il voulut du réel, en attendant les espérances, et ceux
1. Eux est en interligne, et doit avoir été ajouté depuis la revision de Saint-Simon.