‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 292 sur 334 · M. de Simiane, évêqne de Langres · texte numérisé non relu

M. de Simiane, évêqne de Langres

(Pages 364-365.)

21 novembré"l695. — Monsieur de Langres étoit Simiane, de la branche des Gordes, oncle paternel de Mme de Rhodes. 11 avoit été toute sa vie fort du grand monde, et très-gros joueur. Mme de Bouillon, chez qui il étoit souvent, et plusieurs autres l'appeloient toujours ce bon Langres. Des gens de la cour lui attrapèrent, en deux ou trois fois, beaucoup d'argent au billard : il ne dit mot, s'en alla à Langres, s'y étudia et s'y exerça au billard, puis s'en revint. Les mêmes gens lui proposèrent d'y prendre sa revanche; il s'en défendit comme un homme qui avoit appris à son dam qu'il n'y savoit pas jouer, et enfin se laissa aller à leur importunité. 11 regagna quelque chose ; eux voulurent doubler : il résista, puis y consentit ; bref, il leur gagna si gros qu'il n'eut regret, ni à son premier argent perdu, ni à ses leçons secrètes, et se moqua bien d'eux au bout. G'étoit un honnête homme, un bon homme au vrai, gentil-

MÉMOIRES DE SALNT-SIMOX. U 2"

homme', qui résidoit le mieux qu'il pouvoit, dont les mœurs avoient toujours été bonnes, que tout le monde aimoit, mais qui n'étoit pas fait pour être évoque. Il eut, toute sa vie, grande envie de l'Ordre, et n'y put parvenir. Son père et son frère l'avoient, étoient capitaines des gardes du corps delà compagnie écossoise, et ce dernier chevalier d'honneur de la reine Marie-Thérèse. L'un mourut en 1642, l'autre en 1680. Il y a cent contes plaisants du père. C'étoit lui qui faisoit arrêter le carrosse de Louis XllI pour pisser, d'où est venu ce quolibet : « Le Roi ne veut pas qu'on crève. » Le Roi ne laissoit pas de distinguer Monsieur <le Langres, et Monseigneur aussi,

134. Uabbé de Tonnerre, évêque-duc de Langres; sa modestie. (Page 366.)

25 décembre 1695. — Monsieur de Noyon ni ceux de sa maison ne convenoieut pas que Monsieur de Laon* fût de même maison qu'eux. On lui parloit, un jour, de sa maison en bonne compagnie; comme il en parloit aussi, il dit, en regardant son neveu l'abbé : « Monsieur, qui en est ; » puis, se tournant à Monsieur de Laon : « et Monsieur, qui s'en dit. » Le pauvre évêque de Laon demeura confondu, sans répliquer un mot, et la compagnie à rire. Cet abbé de Tonnerre étoit aumônier du Roi, et voulut faire son service jusqu'à ses bulles. Il étoit lors en quartier chez Monseigneur, à Meudon. Monseigneur l'envoya chercher pour avoir l'honneur de souper avec lui, qui en est un que les évèques ni archevêques n'ont point, s'ils ne sont pairs, quoique de qualité par eux-mêmes à y manger, et que leurs frères et leurs neveux y mangent tous les jours, et quoique sans bulles. Les évêques-pairs en ont les honneurs dès qu'ils sont nommés ; mais l'abbé de Tonnerre s'en excusa, par modestie, sur ce qu'il avoil déjà soupe. Monseigneur lui dit que désormais il ne vouloit pas qu'il mangeât, à Meudon, ailleurs qu'à sa table ; mais l'abbé tint bon, et fit trouver bon enfin à Monseigneur qu'il n'eût point cet honneur-là tant qu'il seroit aumônier, par respect pour Monsieur* d'Orléans, premier aumônier du Roi, qui n'avoit point cet honneur-là ; cela fut trouvé fort louable.

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