LETTRES DU MARÉCHAL DE LORGE AU ROI
« Au camp de Roth, le 26 juin 101)4.
« Sire,
« .... Il (M. de Saint-Frémond) me manda que les ennemis paroissoie&t assez forts dans la plaine de Wiesloch. Je montai à cheval, ayant fait faire halte h. toute l'armée, et j'allai dans le lieu où l'on me dit que les ennemis paroissoient. J'y trouvai M. de Villars, qui étoit de jour, avec M. de Saint-Frémond. M. de Villars avoit fait pousser une petite garde; mais ils furent ramenés assez vite, et M. du Bordage, qui étoit de jour, comme mestre de camp, pour aider à poster les gardes, auroit été pris ou tué, sans que le major de Larrard, et M. du Chastelet aussi, tournèrent et lui donnèrent le temps de remontera cheval. J'appris cela comme j'allois pour joindre M. de Villars, et c'est ce qui me fit donner ordre pour que la gendarmerie, avec le reste de l'aile droite, avançât jusqu'à un coin de bois d'où je pouvois voir la plaine et les y laisser h couvert. Je ne pris qu'une garde ordinaire, que M. de Mélac menoit avec lui, pour voir aussi ce que faisoient les ennemis. Je joignis, comme j'ai déjà dit, M. de Villars, et il étoit avec les trois escadrons que M. de Saint-Frémond avoit pris pour venir au camp, savoir : un de Mérinville, un du Chastelet, et le premier de Montpeyroux, etc. Un peu auparavant, M. de Barbezières avoit joint l'armée avec son détachement, lequel étoit assez persuadé que l'on pouvoit faire quelque chose sur les ennemis; et, comme je n'avois marché ici que dans ce dessein, je fus assez aise de ce qjj'il me disoit, bien que je n'en étois pas tout à fait persuadé. Il vint où étoit M. de Villars, d'où je vis quelques troupes de cavalerie dans la plaine, avec des hussards : ce qui me fit résoudre de faire avancer la gendarmerie, avec son aile, dans le lieu où j'étois; et toute la cavalerie, croyant qu'il alloit se passer quelque chose, y marcha aussi : de quoi je fus fâché, parce qu'elle fit cela sans ordre. Et, comme j'eus vu qu'il y avoit beaucoup de haies du côté où étoient les ennemis, j'ordonnai que i'on fit venir les deux régiments de dragons de la droite, qui étoient le Mestre de camp général et celui de la Lande ; et, un moment après, je dis que l'on fit venir aussi la brigade de Picardie. Mais MM. de Villars et de Barbezières, impatients d'entrer dans la