‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 311 sur 334 · ACTE DE MARIAGE · texte numérisé non relu

ACTE DE MARIAGE

.. Du 8 avril 1695.

« Très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur Louis, duc de Saint- Simon, pair de France, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, gouverneur pour Sa Majesté des ville, citadelle et comté de Blaye, bailli et gouverneur de Senlis, Pont-Sainte-Maxence et château de Fëcamp*, vidame de Chartres, seigneur et châtelain de la Ferté-Arnault et de Beaussart, du Vitrezay, du Marais de Saint-Simon et comtat de Blaye, du fief de Saint-Louis en la ville de la Rochelle, et autres lieux, fils de défunt très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur Claude, en son vivant duc de Saint-Simon, pair de France, chevalier des ordres du Roi, ayant les mêmes gouvernements et qualités susdites, et de très-haute et très-puissante dame Mme Charlotte de l'Aubespine, marquise de Ruffec, baronne des baronnies d'Aysie, Empuré,Martreuil et Verrières, dame de Charmes, du fief des Aires et autres lieux, veuve de mondit seigneur duc de Saint-Simon, ses père et mère, âgé de vingt ans, demeurant en son hôtel, rue des Saints-Pères, paroisse Saint-Sulpice, d'une part, et Mlle Marie-Gabrielle de Durfort de Lorge, âgée de dix-sept ans, fille de très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur Guy de Durfort, chevalier des ordres, maréchal de France, général des armées de Sa Majesté sur le Rhin, duc de Quintin, capitaine des gardes du corps du Roi, gouverneur de la Lorraine et Barrois, comte de Lorge, vicomte de Pommerit, seigneur d'Avaugour, Quintin-au-Guémené, Gommenech*, Beauregard, l'Hermitage et autres lieux, et de très-haute et très-puissante dame Mme Geneviève de Frémont, ses père et mère, demeurant à l'hôtel de Lorge, rue Neuve-Saint-Augustin, en cette paroisse, d'autre part ; après la publication de deux bans dans l'une et l'autre paroisse desdits, dispense de troisième accordée par Monseigneur l'archevêque de Paris, et du temps prohibé, avec permission de les fiancer et marier

1. L'original de cet acte ayant disparu dans l'incendie des archives de l'état civil de Paris, nous ne pouvons qu'en reproduire le texte d'après la publication faite par Gallien, dans la Gazette des Tribunaux, 16 octobre 1858, et par Jal, dans son Dictionnaire critique, p. 1136-1137.

2. Les deux textes Gallien et Jal renferment l'un et l'autre bien des fautes de lecture, que nous corrigeons, ici, le premier a lu Fescars, et l'autre Feiscan. Nous avons dit, dans l'Appendice du tome I (p. 546 et 5i7), ce que c'était que le château de Fécamp.

3. Le texte de M. Gallien est : Po7neril, seifjneur de Vaucourl, Quintin, Augméné, Gommeiicohé.

en même jour et dans la chapelle dudit hôtel de Lorge, signée : François, archevêque de Paris, et plus bas, Villebault, scellée des armes de l'archevêché, dûment insinuée par Battelier, en date du jour d'hier; ont été fiancés et épousés en face d'Église, sans aucune opposition : présents ladite dame Charlotte de l'Aubespine, duchesse de Saint-Simon, mère dudit seigneur; Messire Eustache-Titus de Saint-Simon, capitaine au régiment des gardes de Sa Majesté, demeurant rue de Beaune, paroisse Saint-Sulpice ; Messire Louis de Mailly, mestre de camp général des dragons de France, cousin dudit seigneur; M' Claude-François Chérier, procureur en Parlement, son curateur aux causes; Messire Guillaume le Vasseur, abbé commendataire de l'abbaye de Notre- Dame d'Aubepierre, ordre de Citeaux; René de Gogué, écuyer, sieur de Saint-Jean, et François de Cléran ', écuyer, amis dudit seigneur; Mgr le maréchal de Lorge et Mme Geneviève de Frémont, père et mère de ladite dame épouse; dame Geneviève Damond, épouse de M. Frémont, conseiller du Roi en ses conseils, gardien du Trésor royal de Sa Majesté, aïeuls; Messire de Frémont, seigneur d'Auneuil, conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, oncle de ladite dame; dame Aubourg, épouse de Messire Damond, conseiller du Roi, trésorier de ses parties casuelles, et plusieurs autres ; du grand matin. »

Louis DUC DE Saint-Simon. D. Cûignet, curé de Saint-Rocu.

Marie-Gabriele de Durfort,

Charlotte de l'Aubespise, duchesse de S.aint-Simo.x.

Guy de Durfort,

G. DE Frémont, marII^ duchesse de Lorge.

G. Damond.

Marie-Anne de l'Aubespine.

De Frémont d'Auneuil.

Guy de Durfort. Saint-Simon.

G. DE Durfort. Mailly.

Henry de Durfort, duc de Duras.

Le comte de Roucy.

Chérier .

Paul-Jules Mazarin.

Aubourg.

Charles de Roye de la Rochefoucauld.

Barthélémy de Roye de la Rochefoucauld.

L'abbé Levasseur. René de Gogué Saint-Jean.

François de Cléran.

1. Ce Cléran était un gentilhomme de Périgord, ancien écuyer du duc Claude, passé depuis au service de Mme de Louvois, mais resté l'ami des Saint-Simon. Voyez les Mémoires, tome XII, p. 38.

ARTICLK bV MERCURE GALANT'.

« Il est rare de trouver des mariages aussi considérables et aussi bien assortis que celui de M. le duc de Saint-Simon avec Mlle de Lorge, qui se fit au commencement de ce mois. Il semble que l'on ait voulu former une société parfaite, puisque les proportions d'âge, de vertus, de qualités et de biens s'y trouvent. La mariée est fille aînée de M. le maréchal duc de Lorge, chevalier des ordres du Roi, gouverneur de Lorraine et de Barrois, capitaine des gardes du corps de S. M. et général de ses armées, aussi recommandable pour sa grande probité que par tous ces titres et par sa naissance. Mlle de Lorge sait tout ce que peut apprendre une fille élevée dans un convent et auprès d'une grand'mère d'une vertu consommée et d'une habileté pour l'éducation au-dessus de tout ce qu'on peut dire. Cette jeune personne, qui pratique tout le bien qu'elle counoît, se fait un devoir de marcher sur les traces de Madame sa mère, dont la réputation est telle que la malice la plus noire et l'envie la plus fiae de la cour n'ont jamais osé l'attaquer. On ne doit pas s'étonner, après cela, si Mlle de Lorge, ayant toujours tâché de l'imiter, s'est fait si généralement estimer par ses manières engageantes, par sa complaisance et par sa bonté. Tout cela est soutenu de quatre cent mille livres qu'elle a eues en se mariant, ce qui ne doit faire un jour qu'une partie de son bien.

« M. le duc de Saint-Simon n'a que vingt ans; il est duc et pair de France, gouverneur de Blaye, gouverneur et grand bailli de Senlis, et possède plusieurs grandes terres. II a servi pendant plusieurs années et commande un régiment de cavalerie. Il sait tout ce qu'un homme de qualité doit savoir, et Madame sa mère, dont le mérite est connu, l'a fait particulièrement instruire des devoirs d'un bon chrétien.

« La convenance de toutes ces choses ayant fait souhaiter cette alliance aux parents des deux parties, une personne des plus proches des uns et amie singulière des autres, qui joint à un esprit des plus beaux du temps le meilleur cœur qui se trouve, entreprit cet ouvrage malgré les difficultés de l'excès de prudence que Mme la duchesse de Saint- Simon et l'extrême justice de M. le maréchal de Lorge faisoient naître très-fréquemment, et leur fit signer les articles le mercredi 6 de ce mois. M. le duc de Saint-Simon, aussi galant qu'amoureux, envoya des présents de noces qui furent très-considérables, et le lendemain il accompagna M. le maréchal de Lorge pour en aller apprendre la nouvelle au Roi, à qui auparavant ils avoient demandé permission de faire ce mariage. Sa Majesté la reçut d'une manière qui fit plaisir à l'un et à l'autre. Il dit tout le bien imaginable, à M. le maréchal de Lorge, de M. le duc de

1. Avril 1695, p. 229-247. Cet article a été reproduit en note par les éditeurs du Journal de dangeau, tome V, p. 180-183. Vraisemblablement le texte en fut fourni par quelqu'un de l'entourage du jeune duc; Sainte- Beuve était de cet avis. Nous l'attribuerions volontiers à la plume du gouverneur René de Gogué de Saint-Jean.

Saint-Simon, et marqua à ce dernier tant d'estime pour M. le maréchal de Lorge, qu'il lui fit entrevoir que sa manière de vivre avec lui seroit comme la règle de ses bienfaits. Le Roi leur fit l'honneur de signer le contrat, qui fut ensuite signé de tous les princes et de toutes les princesses qui se trouvèrent à Versailles, et qui témoignèrent une joie sincère de cette alliance. Le samedi saint, 2 de ce mois, ils avoient envoyé l'un et l'autre à Monsieur le Prince, à Chantilly, et à Madame la Princesse, à Maubuisson, pour les prier de vouloir consentir à ce mariage, ayant l'honneur de leur appartenir. Vous pouvez croire que la réponse fut égale à la demande. Le jeudi 7, M. le maréchal de Lorge donna un grand souper, oia de part et d'autre il ne se trouva que jusques aux cousins germains des mariés. On fut diverti devant et après par un concert de flûtes et de hautbois, où les sieurs Philbert et Descoteaux charmèrent à leur ordinaire. A minuit, M. le curé de Saint- Roch commença la cérémonie du mariage, à la chapelle de l'hôtel de Lorge, et y dit la messe: après quoi, on mena les mariés dans le grand appartement de Mme la maréchale de Lorge, où Mme la duchesse de Saint-Simon donna la chemise à sa belle-fille, et M. le maréchal de Lorge à son gendre, qui couchèrent dans cet appartement. Le lendemain matin, ils reçurent les compliments des deux familles et de toutes les personnes distinguées de la cour et de Paris, dans l'appartement de Monsieur le maréchal, l'un des plus beaux qu'il y ait en France, tant par sa construction que par sa magnificence. Il se termine par un grand cabinet percé dans son fond, en face en entrant. On ne peut le voir sans l'admirer. A côté droit, sont de grandes croisées qui donnent à droite la vue de tous les derrières des maisons de la rue Neuve-Saint-Augustin, de tous leurs jardins, et d'une partie de la campagne. En face, on découvre la montagne de Montmartre, qui forme, par ses églises, ses moulins, ses maisons, ses bois, ses prés et ses terres entrecoupées et peintes de différents coloris, un amphithéâtre plus charmant que si on l'avoit fait exprès. Cela est accompagné d'une partie de la plaine Saint- Denis, des Percherons, de ses marais, du boulevard, et du jardin de l'hôtel de Lorge, de quatre-vingt-dix toises de long sur vingt-cinq de large, ce qui fait ensemble ce qu'on ne peut exprimer. Ces beautés sont représentées à côté gauche et au-dessus de la cheminée, dans de grandes arcades de glaces, qui font face à deux autres, de même hauteur, qui sont entre les croisées, afin que, de quelque côté que l'on se tourne, on n'aperçoive que ces agréables images au miheu d'une dorure du plus beau dessin et du meilleur goût du monde, dont tous les côtés et le haut du cabinet, fait en dôme, sont enrichis. Du milieu du plafond pend un lustre de cristal très-magnifique, et qui semble vouloir réparer la perte que la nuit apporte en ce charmant lieu, en se répétant plusieurs fois avec ses lumières aux quatre côtés, dans les quatre grandes arcades de glaces '. Ce fut dans la chambre qui tient à ce charmant ca-

1. Comparez la description que donne l'Anglais Martin Lister, à propos

binet où la nouvelle duchesse, aussi magnifiquement parée qu'on le puisse être et toute remplie d'agrément, reçut les visites sur un lit qui répondoit à la magnificence de l'appartement. Le jour suivant, on alla à Versailles; M. le maréchal de Lorge et M. le duc de Saint-Simon se trouvèrent à la descente du carrosse du Roi, qui venoit de Choisy, tandis que Mme la duchesse de Saint-Simon et Mme la maréchale de Lorge, avec Madame sa fille, étoient montées pour l'attendre. Le Roi, qui sait mieux que prince du monde assaisonner ses grâces, fit toutes les honnêtetés possibles à la mariée. Il la trouva belle et très-bien faite, et dit à Madame la maréchale beaucoup de choses fort obligeantes ; à Madame sa fille, qu'elle n'avoit qu'à l'imiter pour être parfaite ; à Mme la duchesse de Saint-Simon, avec beaucoup de marques d'estime pour sa personne, tout le bien qu'on peut dire d'un fils aussi accompli que le sien ; et à Monsieur le maréchal ce qu'on peut de plus obligeant. Le soir même, la jeune duchesse de Saint-Simon prit le tabouret au souper du Roi, après que Sa Majesté lui eut dit deux fois de s'asseoir ; elle y parut avec la même liberté de corps et d'esprit que si elle y avoit été toute sa vie. Le lendemain, elle reçut les visites de tous les princes, princesses, seigneurs et dames de la cour dans l'appartement de Mme la duchesse d'Arpajon, que l'on avoit emprunté à cause qu'il est de plain pied à la galerie. Le lundi 11, elle rendit ses visites, et retourna le mardi à Paris, chez M. le duc de Saint-Simon, son époux, qui donna le mercredi, à tous les conviés de la noce, un souper des plus somptueux et où la délicatesse le disputoit avec l'abondance. Il y eut une symphonie et une musique choisie, le tout accompagné de toutes les marques possibles d'honnêteté et de joie de la part de M. le duc de Saint-Simon et de Madame la duchesse sa mère. J'oubliois à vous dire que la mariée est blonde et d'une taille des plus belles ; qu'elle a le teint d'une finesse extraordinaire et d'une blancheur à éblouir; les yeux doux, assez grands et bien fendus, le nez un peu long et qui relève sa physionomie, une bouche gracieuse, les joues pleines, le visage ovale, et une gorge qui ne peut être ni mieux taillée ni plus belle. Tout cela ensemble forme un air modeste et de grandeur, qui imprime du respect. Elle a d'ailleurs toute la beauté d'âme qu'une personne de sa qualité doit avoir, et elle ira de pair en mérite avec M. le duc de Saint-Simon, son époux, l'un des plus sages et des plus accomplis seigneurs de la cour. Leurs maisons ne se cèdent en rien l'une à l'autre, non plus que le reste ; et, si celle de M. de Saint-Simon tire son origine de Vermandois, dont il écartèle avec celle de Saint-Simon, celle de Madame son épouse la tire de cette ancienne de Foix, si considérable par elle-même et par ses alliances, et que la vertu de trois frères également établis en honneur et en dignité sait soutenir avec tant de gloire. »

d'une visite que ce voyageur lit au maréchal de Lorge, eu 1C98. Il signale beaucoup d'innovations dans le genre anglais. [Voyage de Lister, traduction faite pour la Société des Bibliophiles français, p. 173-174.)

Page 1