‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 83 sur 334 · Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p

Duc «iie l^iiaulnes.

il négocie rassemblée de toutes les cliainbres avec le premier président Harlay, qui lui en

la forme de pairie, l'usage et le droit en pareils procès. Pour y parvenir, il n'y avoit que deux voies : la procédure, ou la négociation. La dernière étoit bien la plus sûre, si elle réussissoit ; mais la difficulté étoit la situation 011 nous nous trouvions avec le premier président, qui pouvoit seul assembler les chambres à sa volonté, mais avec qui nous ne gardions plus de mesures. Fort peu de nous le saluoient lorsqu'ils le rencontroient ; pas un n'alloit chez lui, quoique nous sollicitassions tous nos autres juges, et tous parloient de lui sans ménagement. Il le sentoit d'autant plus vivement que c'étoit l'homme du monde le plus glorieux, le plus craint, le plus ménagé, et qui n'avoit jamais été mené de la sorte ; et ce qui le touchoit le plus, c'étoient les plaintes prouvées que nous faisions de sa probité et de son injustice, parce qu'il se piquoit là-dessus de la plus austère vertu, dont nous faisions tomber le masque.

Personne ne se vouloit donc charger d'une négociation aussi difficile avec lui, lorsque M. de Chaulnes, qui s'étoit acquis une grande réputation et une grande considération par les siennes au dehors*, voulut bien hasarder celle-ci. C'étoit, sous la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf"\ l'esprit le plus délié, le plus délicat, le plus souple, le plus adroit à prendre et à pousser ses avantages, avec tout l'agrément et la finesse possible.

4. Le duc de Chaulnes avait rempli trois fois les fonctions d'ambassadeur à Rome, et avait presque toujours réussi dans les missions les plus délicates. Son amie Mme de Sévigné caractérisait en quelques mots ses procédés diplomatiques : « On ne peut pas avoir plus cette sorte d'esprit de négociation; les mezzo terminenelm manquent jamais. Je.... lui disois : « Ah ! que c'est bien fait de vous envoyer là ! » Elle s'exprimait ainsi au moment où le duc allait partir une troisième fois pour Rome, en 4689. {Lettres, tome IX, p. 183, et passim.)

2. Le Chansonnier (ms. Fr. 12 688, p. 367) le représente aussi fort gras, très-replet, obligé de recourir aux diètes ou aux purgations tréqueuies. Voyez ses portraits par J. de la Borde (1668) et Nanteuil (1676).

[1694] DE SAINT-SIMON. dl5

jointes' à une grande capacité et à une continuelle expé- donne sa parience de toutes sortes d'affaires, et la réputation de la '"°'^' ^^ '•"' ^"'

, , , , \, i-, / !• en manque.

plus exacte probité, décorée a 1 extérieur d une libéralité etd'une^ magnificence également splendide, placée et bien entendue^, et de beaucoup de dignité avec beaucoup de politesse. Il eut du premier président l'heure qu'il désira.

Il ouvrit son discours par les raisons que nous avions de nous plaindre de son procédé, et lui fit sentir après, avec délicatesse, qu'il n'y a point de place où on ne soit exposé à des ennemis ; que tout le monde étoit convaincu de sa partialité pour M. de Luxembourg ; que seize pairs de France, et dont plusieurs fort bien auprès du Roi ou grandement établis, n'étoient pas toujours impuissants à beaucoup nuire ; que le seul moyen d'effacer sa partialité de l'idée publique et de regagner les pairs qu'il s'étoit si grandement aliénés, étoit l'assemblée de toutes les chambres pour les juger, et de lui en donner sa parole positive ; qu'il vouloit bien lui avouer que nous l'avions prié de lui faire cette proposition, bien moins par aucune espérance de succès, que pour n'avoir rien à reprocher à leur conduite ' à son égard, pénétrer définitivement^ où nous en étions avec lui, et éclater ensuite avec plus de raisons et moins de mesures^'.

Le poids avec lequel ce discours fut prononcé étourdit

1. Saint-Simon a écrit ainsi jom^es, au pluriel, tout en laissant au singulier le moi j^ossible, qui, comme l'on sait, a, par ellipse, dans certains tours, une valeur adverbiale.

2. Les mots : « libéralité et d'une » ont été ajoutés au-dessus de la ligne.

3. Voyez ci-après, p. 236, note 2. Mme de Sévigné se complaisait à célébrer les fêtes qu'il donnait à la place Royale ou en Bretagne, et qui étaient réellement magnifiques.

4. 11 semble qu'il faudrait notre conduite, d'après l'ensemble de la phrase ; mais Saint-Simon a écrit leur conduite en songeant au mot pairs qui se trouve plus haut.

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