Dans le manuscrit, diffinilivement
6. Il y a bien ainsi mesures au pluriel, ici et plus haut, p. 114, ligne 7.
le premier président, qui^ se mit sur une défense de sa conduite avec nous confuse et embarrassée. M, de Chaulnes vit qu'il ne tendoit qu'à échapper, le remit sur l'assemblée des chambres, et le pressa vivement. Serré de si près, il se retrancha sur la difficulté de la faire, et diminua, tant qu'il put, son autorité à cet égard. M. de Chaulnes n'avoit garde de s'y laisser tromper : il se servit habilement de sa foiblesse pour les personnes de crédit à la cour, et de sa propre vanité ; il lui représenta qu'inutilement [il'^] voudroit persuader qu'il n'étoit pas maître d'assembler les chambres toutes les fois qu'il le vouloit ; qu'on savoit bien que c'est honnêteté à lui, et non pas un devoir, d'en prendre avis de la grand'chambre, et qu'on ne savoit pas moins qu'il étoit tellement le maître de ses délibérations que, quand même celle de la grand'chambre y seroit nécessaire, ce n'étoit pas une difficulté qu'il pût objecter, ni qui pût être reçue, dès que son intention seroit véritable de nous accorder l'assemblée de toutes les chambres.
Ces raisons ne donnèrent pas, à la vérité, de meilleurs sentiments au premier président, mais bien un vif repentie de ne s'être pas assez ménagé avec nous, et un regret cuisant sur l'intérêt de sa réputation, qui lui arrachèrent enfin la parole positive, qu'il donna à M. de Chaulnes pour nous, qu'il assembleroit toutes les chambres pour la continuation et le jugement de notre procès, après un long raisonnement pour mieux faire valoir cet effort.
Le lendemain, M. de Chaulnes rendit compte à notre assemblée du succès inespéré de sa négociation, et il reçut de nous tous les remerciements si dignement mérités. Nous publiâmes ensuite cet engagement si solennellement pris par le premier président, avec tout ce que nous y pûmes ajouter pour compenser nos plaintes et pour l'engager de plus en plus. Mais notre politique et
i. Qui est en interligne, au-dessus d'etil, biffé.
2. Saint-Simon a omis il. Faut-il le mettre avant ou après voudrait'
notre confiance en la parole du premier président furent bientôt confondues : il ne put tenir contre ses intimes liaisons prises avec M. de Luxembourg ; il lui fit l'aveu de la parole qu'il avoit donnée, et ne put résister à s'engager à lui de ne la pas tenir.
L'intérêt de M. de Luxembourg étoit grand d'empêcher l'assemblée des chambres. Il auroit fallu y revoir sommairement tout le procès, pour l'instruction de tant de nouveaux juges. Leur nombre étoit difficile à corrompre, et l'autorité du premier président, en laquelle étoient remises toutes les espérances de M. de Luxembourg, étoit entière sur la grand'chambre , et foible sur toutes les chambres assemljlées. La frayeur que M. de Luxembourg en avoit conçue le trahit par la joie qu'il ne put dissimuler de l'avoir rompue. Il nous en revint des soupçons : M. de Chaulnes résolut de s'en éclaircir, et prit prétexte d'une autre affaire pour voir le premier président. Il le trouva embarrassé avec lui, et bientôt ce magistrat lui en avoua la cause par un discours confus, qui tendoit à éluder sa parole. M. de Chaulnes le pressa avec surprise, et lui dit qu'il ne pouvoit croire ce qu'il entendoit, et qu'il le prioit de se souvenir qu'en grande connoissance de cause, il lui avoit donné sa parole, nette, précise, positive, d'assembler toutes les chambres pour la continuation et le jugement de notre procès. Le premier président, avec un air respectueux et ce masque de sévérité qu'il ne quittoit jamais, avoua qu'en effet il la lui avoit donnée, forcé par son éloquence et par son autorité, mais qu'il se repentoit de s'être engagé trop légèrement ; qu'il étoit nécessité par de sérieuses réflexions de lui déclarer qu'il se trouvoit dans l'impossibilité de l'effectuer; et tombant tout court en des respects et des compliments sans fin, se mit à reconduire M. de Chaulnes, qui n'avoit point du tout envie de s'en aller, mais comme il faisoit toujours à ceux dont il se vouloit défaire.
M. de Chaulnes, indigné de se voir si étrangement écon- p.upture entière
des opposants duit, le quitta en lui protestant qu'il avoit sa parole, qu'il nûlT 'isWent ^^ vouloit ni ne pouvoit la lui rendre ; qu'au reste il pou- Harlay. voit en manquer et à lui, et, avec lui, à tout ce qu'il y avoit de plus distingué dans le Royaume, et en user tout comme bon lui sembleroit. Le duc vint nous en rendre compte dans une assemblée extraordinaire ; il y fut résolu non-seulement de ne plus garder aucunes mesures avec un homme aussi perfide, mais de chercher encore tous les moyens possibles de le récuser, et après, tous ceux d'obtenir par la' procédure l'assemblée de toutes les chambres ; surtout, de ne rien oublier pour tirer le procès en longueur, suivant nos précédentes résolutions. On peut juger du bruit, des plaintes et des discours, qui, de notre part, suivit* ce manquement de parole, contre un homme sur lequel aucune considération ne pouvoit plus nous retenir, et contre lequel nous ne pouvions employer d'autres armes. Aussi en fut-il d'autant plus outré, qu'il voyoit sa réputation s'en aller en pièces, et qu'il n'avoit quoi que ce soit à opposer aux faits que nous publiions, et qu'il étoit bien loin d'être accoutumé à un éclat si soutenu et qui ne ménageoit pas plus les termes que les choses.
Pour en venir à sa récusation, voici ce dont on s'avisa : ce fut^ de mettre en procès le duc de Rohan avec l'avocat général^, fils unique du premier président, parce que la maxime reçue est que : qui est en procès avec le fils ne peut être jugé par le père. Cet avocat général avoit épousé
1. Les a été corrigé en la, et, quatre ligues plus loin, une en un.
2. Tel est bien le texte. L'auteur, pour l'accord, n'a tenu compte que du premier sujet, hrnit, dont plaintes et discours ne sont qu'une explication apposée.