Ci-dessus, p
10. Née le 16 novembre 1528, à Saint-Gerraain-en-Laye, elle se maria le 21 octobre 1548 avec Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, premier prince du sang, qui devint ainsi roi de Navarre, et, restée veuve en 1562, elle se fit calviniste, et mourut le 9 juin 1572, à quarante-quatre ans.
Henri IV'. Avec ce détail, je pense au moins qu'on ne m'accusera pas d'avoir dissimulé rien des grandeurs de la maison de Rohan^
De ce mariage de René I" de Rohan et d'Isabelle d'Albret^, des fils* qui ne parurent point, et une fille^
1. Ainsi, dira ailleurs Saint-Simon, en parlant encore de la maison de Grailly (tome X, p. 13S), « le hasard d'une alliance redoublée de la maison des comtes de Foix lui porta, contre toute apparence, le comté de Foix et tous les autres États de cette puissante maison. Un autre hasard, aussi peu apparent, la rendit héritière du royaume de Navarre. Un troisième hasard, aussi bizarre, lui enleva le tout presque aussitôt, pour le faire passer dans la maison d'Albret, et de là, bientôt après, dans la maison de Bourbon, par la mère d'Henri IV. »
2. Dans son mémoire confidentiel de 1706, sur les ducs et pairs, d'Hozier dit : « Quoique les factums de M. le duc de Rohan contre M. de Soubise aient donné à douter si là maison de Rohan descend à droiture des premiers princes de Bretagne, on est persuadé dans ce pays qu'elle les a pour ses ancêtres paternels, et il demeure encore pour constant que c'est le plus illustre et le plus noble sang de cette province, et l'un des premiers du Royaume, car tout est grand dans cette maison.... » (Ms. Clairambault 719, p. 36.)
3. Sur ce mariage, les conditions où. il se conclut, les charmes de l'épouse, etc., voyez le début du livre de M. le baron de Ruble intitulé: le Duc de Nemours et Mademoiselle de Rohan (1883), p. 2-8. Isabelle ou Isabeau d'Albret, élevée auprès de sa belle-sœur la reine Marguerite de Navarre, avait dû faire un mariage politique avec le duc Frédéric de Bavière ; mais, ce prince n'y ayant pas accédé, la reine obtint de donner Isabelle à René de Rohan, dont François I" lui avait confié la tutelle honoraire. Les deux époux étaient d'ailleurs parents assez proches, car Isabeau d'Albret avait pour bisaïeule paternelle Catherine de Rohan, fille d'Alain IX et de Marguerite de Bretagne. Le contrat fut signé par toute la cour, à Fontainebleau, le 16 août 1334. Vingt ans plus tard, Mme de Rohan fut la marraine du prince qui devait être Henri IV.
4. Des corrige un. — Un de ces fils, René II, qui, comme sa mère et les autres enfants, embrassa la religion protestante, porta d'abord le nom de Pontivy, puis celui de Frontenay, et enfin le titre de vicomte de Rohan, se distingua parmi les capitaines du parti de Jeanne d'Albret, s'empara de tout le littoral de la Saintonge, et de Saintes même, défendit glorieusement Lusignan en lo74-7o, et mourut à la Rochelle, en lo86, âgé de trente-six ans. Voyez ci-après, p. 212, et le tome IV, p. 419, des Écrits inédits, mémoire de 1753.
5. Françoise de Rohan, née vers 1335 ou 1336, et élevée presque
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qui' ne parut que trop, mais, par cela même, fatal en bonheur suivi de branche en branche et de génération en génération^ à la maison de Rohan^, eut la première distinction qui ait été accordée à cette maison '. Mlle de la Car- M. de Nemours^, dont l'esprit, la gentillesse et la galan-
constamment avec Jeanne d'Albret, sa cousine, mais privée de ses deux protectrices en 1349 et forcée de retourner chez sa mère, dont les affaires étaient en fort mauvais état, dut se marier avec son cousin, fils unique du comte de Montbazon ; le fiancé étant devenu aveugle, il n'y eut pas de suite donnée au contrat de mariage déjà conclu entre eux et signé le 26 octobre 1351, et Françoise entra comme fille d'honneur, en avril 1333, dans la maison de Catherine de Médicis. On va voir ce qu'il en advint.
1. Manuscrit : « qui qui ». — 2. En génération est écrit en interligne.
3. C'est-à-dire que la conduite irrégulière de Mlle de Rohan fut l'origine « fatale, » marquée par le destin, d'un bonheur dont sa maison profita après elle de branche en branche et de génération en génération. On trouve dans les Mémoires de J. Roti (tome II, p. 223) : « Années qui m'ont été fatales en bonheur. » Voyez ci-après, p. 233.
4. L'historiette qui va suivre, et dont il y a une première rédaction dans les Duchés vérifiés sans pairie (vol. 38 des papiers, aujourd'hui France 213, fol. 171 v° : voyez notre appendice X), et une troisième dans le mémoire de 1733 {Écrits inédits de Saint-Simon, tome IV, p. 418), a fourni à M. le comte II. de la Perrière le sujet d'un article dans la Revue des Deux Mondes, i" octobre 1882, et a été, en 1883, l'objet de l'étude déjà citée de M. de Ruble. Après avoir reproduit, dans son Avertissement, le « spirituel et malveillant récit » dans lequel Saint- Simon, « avec l'aisance et la malice d'un contemporain du Régent, raconte l'origine des prétentions ducales de la maison de Rohan, » M. de Ruble ajoute : « Ce récit est émaillé d'erreurs de fait que nous rectifierons en leur lieu, et contient en plus les appréciations les plus injustes. Nos travaux nous ont conduit sur la trace de la vérité et nous ont permis de restituer à la triste histoire de Mlle de Rohan son caractère touchant. Au lieu de la petite aventurière courant après un mari, les pièces originales ont fait surgir une fille séduite, mais ferme, d'un grand caractère, dans l'âme de laquelle vibrent le respect delà foi jurée et tous les nobles sentiments.... » C'est le récit de Varillas, dans son Histoire d'Henri III, livre V, qui a inspiré celui de Saint-Simon, quoique Bayle en eût déjà relevé les inexactitudes.
5. Jacques de Savoie, deuxième duc de Nemours de cette maison, né à l'abbaye de Vauluisant le 12 octobre 1331, mourut à Annecy, le 13 juin 1583. Son rôle fut considérable à la cour de France et dans
terie ont été si célébrées', fit un enfant à cette fille de nache; soa Rohan, qu'on appeloit Mlle de la Garnache'\ sous pro- p^^heÏÏrde messe de mariage^; en même temps, il étoit bien avec Loudun à vie
toutes les guerres. H eut les charges de colonel général de l'infanterie et de la cavalerie légère et le gouvernement du Lyonnais.
1. Saint-Simon écrit : gentilesse, et : galenterie. — C'est une allusion évidente à l'historiette de ce prince par Brantôme, tome IV de ses Œuvres, p. 164-187. Jacques de Savoie a fourni le type du héros de la Princesse de Clèves, « fleur de toute chevalerie. » On a un portrait de lui, aux trois crayons, dans le ms. Clairarabault 1114, fol. 'iGS.
2. On ne l'appelait que : « Mademoiselle de Rohan. » C'est le Moréri qui a placé son article au mot Garnache (la). Varillas a inventé un autre nom: « Mademoiselle de Léon. » — La terre de la Garnache, gros bourg de la Vendée, auprès de Challans, avec un château fort construit par le connétable de Clisson, et celle de Beauvoir-sur-Mer, accordées à Mme de Rohan comme douaire, ne revinrent à sa fille qu'en septembre lo63, et ce fut à la Garnache qu'elle s'établit après le mariage du duc de Nemours, au milieu d'une petite cour de savants et de poètes.
3. Françoise de Rohan, vivant à la cour côte à côte avec Jeanne de Savoie, sœur du beau duc, se trouva naturellement rapprochée de celuici, et leur liaison amoureuse commença dès loo3. Malgré les promesses verbales de mariage que M. de Nemours lui prodiguait, même en public, elle ne céda qu'en mai 1536, alors que le duc négociait un mariage avec Lucrèce d'Esté. Une grossesse étant survenue, il se hâta de repartir pour l'armée d'Italie. Les choses ne purent être cachées longtemps, et, renvoyée par la Reine, Mlle de Rohan alla accoucher à Pau, le 24 mars 1557 ". Son amant refusant de tenir les engagements pris et désavouant l'enfant, elle entama contre lui, le 24 janvier 1539, une procédure d'autant plus compliquée qu'elle se confondit, en quelque sorte, avec la lutte des d'Albret et des Navarre, c'est-à-dire du parti protestant, dont la plaignante avait adopté les opinions en 1561 '', contre les Guise et le parti catholique. Le duc était poursuivi pour « promesse de présent et mariage consommé. » Après bien des alternatives, voyant la plaignante privée de l'appui du roi de Navarre et Mme de Guise devenue veuve, il n'eut point de cesse que le Roi ne lui donnât les moyens d'échapper aux juridictions régulières, devant lesquelles Mlle de Rohan aurait produit toutes sortes de témoignages irrécusables. Le lendemain même du jour où un arrêt inique du Conseil renvoyait les parties devant
0 Selon les Mémoires d'État de Ribier, tome II, p. 714, il aurait été question alors de la marier au fils de Mathias Corvin, roi de Hongrie.
'' Bayle dit qu'elle n'aurait abjuré qu'en 1588. Ce fut cependant de la différence de religion que Jacques de Savoie argua pour se défendre.
208 MÉMOIRES ^i^ .
seulement. Mme de Guise'. Toutes ces aventures-là me mèneroient
, .^^ trop loin"": c'étoit Anne d'Esté^, dont la mère* étoit se-
. :! conde fille de Louis XII. M. de Guise^ fut tué par Poltrof;
Mme de Guise, après avoir gardé les bienséances, voulut
épouser M. de Nemours. Lui ne demandoit pas mieux,
et cependant amusoit Mlle de la Garnache''. Enfin l'amu-
l'officialité de Lyon, gagnée d'avance à la cause du duc, il épousa Mme de Guise.
1. La réputation galante de Jacques de Savoie avait commencé de bonne heure. Dès 1349, il devait épouser une nièce de Mme de Valentinois ; en 15So, dans le temps qu'il semblait engagé le plus formellement avec Mlle de Rohan, la duchesse de Guise, très éprise de lui, le posa en prétendant à la main de sa sœur Lucrèce d'Esté, et cette aUiance lui parut si avantageuse, qu'il repoussa alors, en revenant d'Italie, les instances de la Reine en faveur de Mlle de Rohan. Plus tard, en iooO et io60, on voulut lui faire épouser une grande reine, Elisabeth d'Angleterre, qui semblait s'y prêter, et il alla à Londres avec la qualité d'ambassadeur extraordinaire ; l'atïaire n'eut pas de suites. Il dut encore, un moment, se marier avec Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville et veuve du comte d'Enghieu ; mais, depuis longtemps, Mme de Guise était sa maîtresse.
2. Il y reviendra encore en 4707, tome V de 1873, p. 277-279.
3. Anne d'Esté, fille du duc de Ferrare Hercule II et petite-fille de Lucrèce Borgia, était née le 16 novembre 1331, et avait épousé le duc de Guise le 4 décembre 1349. Elle se remaria en 1366 avec Jacques de Savoie, et mourut le 17 mai 1607. C'était, selon Brantôme, « la plus belle femme de la Chrétienté. » Elle avait une charge dans la maison de Marie de Médicis.
4. Renée de France, née le 25 octobre 1310, mariée le 30 juillet 1527 à Hercule II d'Esté, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio (1308-1558), et morte à Montargis le 12 juin 1575. On sait quel rôle elle joua, soit comme protectrice des savants et des lettrés, soit comme disciple de Calvin.
5. François de Lorraine, second duc de Guise, grand maître, grand chambellan, lieutenant général de l'État, etc., né le 17 février 1519, blessé le 18 février 1563, devant Orléans, et mort le 24. La veille, Mlle de Rohan venait d'obtenir un jugement par défaut contre son séducteur.
6. Jean Poltrot, sieur de Méré, ancien page du vicomte d'Aubeterre et protestant ardent, mêlé à toutes les entreprises de Benjamin de Rohan-Soubise, avait été recommandé par celui-ci à Coligny et envoyé comme espion dans le camp catholique. Méré fut écartelé à Paris le 18 mars suivant.
7. Ici, Saint-Simon commence à se tromper, car la rupture reraon-
sèment fut si long, qu'elle s'en impatienta et qu'elle en découvrit la causée La voilà aux hauts cris, et Mme de Guise sur le haut ton que lui faisoit prendre la splendeur de sa mère et la puissance de la maison de Guise, dont elle disposoit, et qui, pour ses grandes vues, trouvoit son compte dans ce second mariage. Il n'en falloit pas tant pour émouvoir la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, et tout ce qui tenoit à son parti et aux princes de Bourbon contre les Guises. La reine de Navarre protesta, avec tout cet^ appui, qu'elle ne souffriroit pas que M. de Nemours fît cet affront à une fille qui avoit l'honneur d'être sa nièce ^, et le pauvre M. de Nemours étoit bien embarrassé. Personne des^ intéressés ne faisoit là un beau personnage : Mme de Guise vouloit enlever M. de Nemours à sa parole de haute lutte; M. de Nemours convenoit de l'avoir donnée, il n'osoit y manquer, et pourtant ne la vouloit point tenir; la bonne la Garnache demeuroit abusée, et, en attendant ce qui arriveroit de son mariage, faisoit de sa turpitude la principale pièce de son sac" et toute la force des cris de ceux qui la protégeoient. La fin de tout cela fut qu'elle en fut pour sa honte, et ses protecteurs pour leurs cris*', et que M. de Nemours épousa Mme de Guise
tait, comme on l'a vu, à looT, et, en 1363, le duc de Nemours était au plus fort des procédures entamées contre lui par Françoise de Rohan, depuis quatre ans; il n'y avait eu qu'une réconciliation momentanée en ioGl. Voyez le livre de M. de Ruble, p. 116 et suivantes.
1. Il y avait des années que la liaison de Mme de Guise avec le duc Jacques était chose connue à la cour, et Mlle de Rohan ne pouvait l'ignorer, surtout depuis qu'elle faisait faire enquête sur enquête ; leur mariage fut annoncé longtemps d'avance, et ce fut pour en préparer les voies, ou plutôt pour lever tous les obstacles, que le Roi et la Reine, en juillet 1364, firent solliciter du Pape le renvoi du procès Nemours- Rohan par-devant l'archevêque de Lyon.