‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 150 sur 427 · Que a été ajouté après coup en interligne · texte numérisé non relu

Que a été ajouté après coup en interligne

3. « Pendant cinq arts, dit M. Chéruel [Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, tome III, p. 3), la Fronde a troublé la France, allumé des guerres civiles, couvert le pays de ruines et de misère, et compromis toutes les conquêtes et la gloire des cinq premières années de la minorité de Louis XIV. Tour à tour soutenue par le Parlement et par les Princes, elle a toujours été une coalition d'intérêts et d'intrigues qui se couvraient du prétexte du bien public. »

4. Emprisonné avec M. de Conti et M. de Longueville en janvier 1630, Condé n'eut sa liberté qu'en février 1631, comme nous avons déjà eu occasion de le dire (tome 111, p. 215, note 4). Sur cette détention des Princes, voyez l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, tome III, p. 333-386, et, sur leur délivrance, tome IV, p. 243-280.

5. Sans cesser ses relations avec la Reine et la cour, il sortit de France une première fois, en 1631, lorsque le Parlement l'eut décrété d'accusation, et une autre fois, du mois de juillet 1632 au mois de février 1633, après la période la plus chaude de la seconde Fronde. Bossuet a critiqué sa conduite dans ces circonstances. « Deux fois, dit-il, ce grand politique, ce judicieux favori sut céder au temps et s'éloigner de la cour; mais, il le faut dire, toujours il y vouloit revenir trop tôt. » {Oraison funèbre de M, le Tcllier.) En effet, son second retour, en 1633, rejeta le Parlement dans de nouveaux excès.

6. Le premier hôtel de Chevreuse, situé rue Saint-Thomas-du-Louvre, avec perspective sur le parterre des Tuileries, et acquis de M. de la Vieuville, en 1620, par le connétable de Liiynes, avait pris ensuite le nom du second mari de Marie de Rohan. Celle-ci le vendit plus tard au duc d'Épernon, de qui il passa aux Longueville. Devenu l'hôtel des fermiers généraux sous Louis XV, il a été démoli pour agrandir la place du Carrousel.

7. L'hôtel de Guémené, occupant l'encoignure sud-est de la place

centre de tous les conseils de la Fronde, où M. de Beaufort* et le coadjuteur, depuis cardinal de Retz^, étoient en adoration''^ et disposoient du parlement de Paris et de

Royale, communiquait avec la rue Saint-Antoine par une impasse qui conserve encore son nom. II a été habité, il y a un demi-siècle, par Victor Hugo, et est maintenant le siège d'une école (place des Vosges, n° 6). Avant les Guémené, c'est là que Marion de l'Orme logeait.

1. François de Vendôme, duc de Beaufort et pair de France, fils du bâtard d'Henri IV et de Françoise de Lorraine-Mercœur, né en janvier 16iC, prit part aux guerres de Louis XllI à partir de 1630, fut emprisonné à Vincen.;es de 1643 à -1648, se jeta alors dans le parti des Princes et de la Fronde parisienne, obtint, après les troubles, la survivance de la charge de grand maître et surintendant de la navigation, conduisit en 1664 l'entreprise de Gigeri, et périt dans l'ile de Candie le '23 juin 1669, étant alor-; généralissime des troupes chrétiennes. Il avait l'Ordre depuis 1661. On connaît sa passion pour Mme de Montbazon et sa popularité, en 1649, comme « roi des halles. » Saint-Simon parle assez longuement de lui dans les Duchés-pairies éteints, tome V des Ecrits inédits, p. 463 et 466-468.

2. Jean-François-Paul de Gondy, petit-fils du maréchal de Retz (ci-dessus, p. 224), né à Montmirail en septembre 4613, eut dès son enfance les abbayes de Buzay, de Quimperlé, de la Chaume, et un canonicat à Notre-Dame de Paris, se fit recevoir docteur de Sorbonre, deviiit coadjuteur de son oncle l'archevêque de Paris en 1643, avec le titre d'archevêqae de Corinthe in partibus, mais ne put jamais occuper le siège archiépiscopal à cause de son rôle actif dans la Fronde. Nommé cependant cardinal en septembre 16ol, malgré l'opposition de Mazarin, il subit une détention de deux ans, erra ensuite de pays en pays, donna sa démissio.i de l'archevêché de Paris en 1662, après la mort du cardinal, eut en retour l'abbaye de Saint-Denis, remplit plusieurs missions diplomatiques à Rome, se retira enfin dans sa souveraineté de Commercy, et revint mourir à Paris, dans l'hôtel Lesdiguières, le -ii août 1679, onze jours après Mme de Chevreuse. Ses fameux -Hfénioires, ses opuscules et sa correspondance remplissent déjà six volumes de notre collection des Grands Écrivains. Saint-Simon, qui avait l'édition de 1717 des Mémoires, en parlera plusieurs fois. Il a consacré à Retz un article des Duches-ijaines étemls, tome VI des Êcnts inédits, p. 73-78.

3. Le cardinal Mazarin écrivait à .Michel le Tellier, en octobre 1630 : « Si Mme de Chevreuse ne cherche que le repos, elle le peut bien avoir plus honorablement, avec plus de sûreté et avec de très grands avantages pour sa maison, dans les bonnes grâces de la Reine, que non pas s'opiniâtrant à vouloir, contre son devoir (ayant promis à la Reine et à moi que, le coadjuteur manquant, elle seroit sa plus grande ennemie).

tout le parti. Mme de Chevreuse, qui, clans des intérêts souvent si opposés à ceux du cardinal Mazarin', conservoit toujours sa place dans le cœur de la Reine'^ et son ascendant sur son esprit timide, défiant, incertain et variable^, avoit introduit dans son amitié la princesse de

demeurer étroitement unie avec lui, lorsqu'il n'oublie rien pour se faire connottre le plus méchant homme du monde et pour mettre tout le Royaume sens dessus dessous; et certainement personne ne peut être plus éloignée de repos que celle qui voudra être liée avec l'esprit le plus étrange et le plus inquiet qui soit peut-être au monde. » {Lettres du cardinal Mazarin, publiées par M. Chéruel, tome III, p. 900-901 ; comparez p. 969.) Le repos devait venir plus tard, et alors, « l'humilité ayant fait mourir depuis longtemps dans son cœur toute la grandeur du siècle, elle défendit que l'on fît revivre à sa mort la moindre marque de cette grandeur, qu'elle voulut achever d'ensevelir sous la simplicité de sa tombe. » (Épitaphe transportée de Gagny à Dampierre.)

1. On sait combien étaient étroits les rapports de Mazarin avec la Régente. Vivement combattu par Mme de Chevreuse pendant la première Fronde, le cardinal se fit, au contraire, très bien seconder par elle en 1649 et 1631-52, dans les négociations avec les Parlementaires, le duc de Lorraine, etc.

2. Mme de Motteville rapporte {Mémoires, tome III, p. 6) que la reine Aune d'Autriche n'accordait la faveur du baiser, en 1649, qu'à quatre femmes seulement : sa belle-sœur Madame, sa nièce Mademoiselle, sa cousine et favorite Madame la Princesse, et Mme de Chevreuse. « Aimée indniment de la Reine, dit encore le même auteur (tome I, p. 27), dans le vrai, Mme de Chevreuse fut la seule cause de tous ses malheurs. »

3. C'est peut-être par rancune de ce qui s'était passé à la mort de Louis XIII que Saint-Simon est très dénigrant pour Anne d'Autriche. Tous les contemporains qui l'approchèrent sont moins sévères. S'il faut reconnaître avec Mme de Motteville qu'elle était paresseuse de son naturel, avec M. de *** qu'elle n'avait pas toutes les lumières nécessaires pour gouverner l'État par elle-même, la justice ordonne aussi de constater que ces mêmes auteurs la représentent sage, vertueuse, bonne, compatissante, point soupçonneuse, « toujours égale en toutes les actions de sa vie, » capable de déployer une fermeté nonpareille pour le maintien de l'autorité royale et pour les intérêts de la France. Ce fut surtout pendant la Fronde qu'elle fit preuve d'une véritable vigueur au profit de son hls et du cardinal Mazarin, vigueur à laquelle Louis XIV rend hommage dans ses Mémoires (tome I, p. 121), aussi bien que Mazarin dans ses lettres {Minorité de Louis XIV, tome IV, p. 272), ou que Mme de Motteville dans ses Mémoires (tomes I et II, passijnj.

DE SAINT-SIMON. 24o

Guémené, sa belle-sœur, et la duchesse de Montbazon, leur belle-mère*; mais surtout Mme de Guémené avoit plu infiniment à la Reine par le liant", les grâces et l'artifice caché de son esprit. Cela fut cultivé d'une part, et protégé de l'autre avec tant de soin par Mme de Chevreuse, que Mme de Guémené fut de tous les particuliers^; et la Reine* l'approchoit d'autant plus d'elle qu'elle en apprenoit tout ce que l'autre vouloit bien, à la vérité, lui dire d'une cabale où elle étoit de tout, et dont elle ne disoit à la Reine que ce qui étoit utile à leurs desseins. Dans ces conversations, ou seule avec la Reine, ou en tiers avec elle et Mme de Chevreuse , la Reine la faisoit asseoir : c'étoit une commodité pour causer plus longtemps, qu'elle accordoit, bien seule ainsi, à d'autres, et même au commandeur de Jars^, qui, sans façon, se mettoit dans

•1. Ci-dessus, p. 183 et 234. « Marie d'Avaugour, femme d'Hercule de Rohan, duc de Montbazon, avoit tant de charmes sur son visage et dans son esprit, qu'il étoit impossible de la voir sans l'aimer. La duchesse de Chevreuse, sa belle-fille, s'étant emparée de son esprit, se servoit d'elle pour fortifier son parti, et les amants de la duchesse de Montbazon n'osoient refuser d'y entrer. » {Mémoires de M. de ***, p. 471.) 3Inie de Motteville vante moins son esprit que « son corps » .

2. Nous retrouvons cette expression dans les Additions au Journal de Dangeaii, tomes X, p. 2o, et XVII, p. 207.

3. De toutes les réunions privées, intimes, qui se tenaient chez la Reine : voyez tome IV, p. 74. Mme de Motteville parle quelque part (tome IV, p. 312) du « particulier » que ne connaissent pas les historiens.

4. La Reine est ajouté en interligne. A la suite, délie est écrit sans apostrophe.

3. François de Rochechouart, dernier représentant de la branche de Jars, naquit en lo9o, fut reçu dans l'ordre de Malte en J607, alla faire ses caravanes, puis revint à la cour et prit dès lors une part active aux intrigues contre le cardinal de Richelieu. Exilé en Angleterre après la journée des Dupes, mais rappelé en 1631, il comparut en 1633, comme complice des projets de Mme de Chevreuse, devant une commission que présidait Laffemas, fut condamné à mort, et n'eut sa grâce que sur l'échafaud. Louis XIII étant mort, le chevalier fut récompensé par toutes sortes de faveurs, et, en 1647, on lui fit obtenir la commanderie de Lagny-le-Sec, qui valait vingt mille livres, puis deux abbayes (dont Saint-Satur en 1652) de pareil revenu; mais Mazarin, qui craignait

un fauteuil'. La Reine alloit souvent au Val-de-Grâce*. Mme de Guémené l'y alloit voir; d'autres dames y étoient quelquefois reçues, et y trouvoient Mme de Guémené assise, qui se levoit, puis se rassoyoit sans façons^ : tellement que, le Val-de-Gràce devenant peu à peu'* plus étendu, elle accoutuma imperceptiblement et poliment ces demi-particuliers^ à son tabouret. A la fin, la bellemère et les belles-sœurs crurent qu'il étoit temps d'aller plus loin : Mme de Guémené n'alla plus au Palais-Royal*' que de loin à loin et à mesure que la Reine se plaignoit

l'effet de ses flatteries ou de ses emportements sur le jeune roi, le tint à l'écart. 11 mourut le 2 avril 1670. Malgré l'importance de son rôle pendant une partie du règne de Louis XIII, la Régence et la Fronde, Saint-Simon n'a trouvé que cette seule occasion de dire quelques mots de lui dans les Mémoires, tandis que, dans la notice du duché éteint de MoNTAUsiER, à propos da commandeur de Souvré, il avait raconté sa condamnation en 1633 et diverses autres anecdotes très curieuses. Eu publiant dans la Revue hislorique, 1881, tome XV, p. 338-341, cette notice, qui, depuis, a été réimprimée par M. Faugère dans les Écrits inédits, tome VI, p. 332-336, j'ai indiqué les principaux auteurs ou documents qu'on peut en rapprocher. Depuis cette époque, M. Chéruel a cité un cm'ieux jugement de Mazarin sur le commandeur, dans l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, tome I, p. 141, note.

1. Ce fait se retrouve dans une Addition sur l'étiquette, tome II, p. 298, du Journal de Uangeau : « Le commandeur de Jars, qui avoit couru fortune pour elle (la Reine) jusqu'à l'échafaud, du temps du cardinal de Richelieu, alloit, pendant la Régence, toutes les après-dlnées, dans le cabinet de la Reine, et s'y entretenoit souvent une heure seul avec elle, et toujours chacun dans un fauteuil. » Guitaut et Chandenier étaient aussi admis à ces « particuliers. »

2. Voyez notamment, sur les retraites qu'elle faisait dans ce monastère en 1647 et sur son projet de s'y fixer définitivement, les Mémoires de Mme de Mulleville, tomes I, p. 331-333, et IV, p. 311.

3. Ici, façons est au pluriel, et, quatre ligues plus haut, il est au singulier.

Page 1