M. d'Albret prétend que tous les biens de la maison de
Bouillon sont substitués à l'aîné, et qu'ainsi M. son père ne peut ni vendre, ni engager, ni emprunter, ni avantager ses cadets. Il a porté ce testament à M. le lieutenant civil, et veut qu'il ait toute sa force et teneur, M. d'Albret avoit prié Mme la duchesse du Lude d'en parler à M. de Bouillon : mais il n'a pas attendu sa réponse.... M. de la Trémoïlle approuve Bt soutient le procédé du duc d'Albret, son gendre. Ils prétendent tous deux que le testament dont il est question a été enregistré à Brive-la-Gaillarde, à Sarlat, à Turenne et à Sedan, et qu'ainsi il ne tiendra qu'à eux de faire perdre aux créanciers de M. de Bouillon
ques semaines de là^ M. de Bouillon étant allé à Évreux^, son fils y envoya lui signifier un exploit par un huissier à la chaîne, qui sont ceux qui peuvent exploiter indifféremment partout et que chacun qui veut emploie quand on veut faire une signification délicate et forte , parce que ceux-là sont toujours fort respectés et instrumentent avec une grosse chaîne d'or au col, d'oîi pend une médaille du Roi; ils sont en même temps huissiers du Conseil, et y servent avec cette chaîne^. Cette démarche
tout ce qui leur est dû.... » (Journal de Dangeau, tome VI, p. 379.) — La charge de lieutenant général civil du prévôt de Paris, dont les attributions criminelles avaient, été détachées en 1337, et les attributions de police en 1667 (tome IV, p. 10, note 7), appartenait depuis 1671 à Jean le Camus, non moins connu pour son amitié avec Mme de Sévigné et pour l'antipathie que Bussy manifestait à son égard, que pour son activité à la réforme des lois et sa sévérité dans la répression des délits. Saint-Simon dira de lui que c'était « la plus haute représentation du magistrat. » Les fonctions consistaient, comme présidant de fait le Châtelet (voyez ci-dessus, p. 137, note 2, ce que j'ai dit du prévôt de Paris), à recevoir toutes les requêtes en matière civile, à juger les contestations urgentes sur rapport de référé, et à prononcer dans les affaires de famille, comme le font aujourd'hui les présidents des tribunaux de première instance. Le lieutenant civil tenait lui-même la chambre civile, où se jugeaient les affaires au-dessous de mille livres. Sa charge était vénale, et le prix en fut porté de trois cent raille livres à cinq cent mille, lorsque M. le Camus mourut.
1. Les deux premières mentions, dans le Journal, sont à la date du 10 et du 11 juillet. A la date du 24 (p. 386), on lit : « M. le duc d'Albrot a envoyé un huissier de la chaîne à M. le duc de Bouillon, qui est à Évreux, qui lui a porté un exploit ; cet huissier étoit accompagné d'un valet de chambre du duc d'Albret : cette circonstance a augmenté l'indignation du père, et les courtisans, et le Roi môme, ont paru désapprouver le procédé de M. d'Albret.... »
2. L'ancien comté d'Évreux, réuni à la couronne par cession du roi Charles 111 de Navarre (ci-dessus, p. 19o), en liOo, avait été compris, en 1651 (ci-dessus, p. 250), dans l'ensemble des domaines cédés en échange de Sedan. A deux kilomètres de la ville était le château de Navarre, ancienne résidence des princes de ce nom, que le duc de Bouillon fit reconstruire par Mansart en 1686.
3. Voyez la notice sur les Conseils du Roi, dans notre tome IV, p. 414, et une pièce publiée par M. G, llanolaux à la suite de son livre
causa un grand vacarme : M. de Bouillon jeta les hauts cris, fit ses plaintes au Roi, et lui en dit, dans' sa colère, tout ce qu'il put de pis, et il exigea de sa plus proche famille et de ses amis de ne point voir le duc d'Albret. Le Roi s'expliqua assez partialement en faveur de M. de Bouillon pour mettre toute la cour de son côté, et ce procédé du fils y mit presque tout le monde, indépendamment de l'esprit courtisan. M. d'Albret, assez gauche et assez empêtré de son naturel"^, n'osa presque plus se montrer, quoique fort soutenu de M. de la Trémoïlle, son beau-père^, et cette affaire le renferma fort dans l'obscurité et dans la mauvaise compagnie, quoiqu'il eût beaucoup d'esprit, et même fort orné, mais, avec cela, peu agréable*.
Un arrêt du parlement de Dijon^ fit en même [temps] CurédeSeune, un grand bruit" : il fit brûler le curé de Seurre'', con- '^'"' ''^
sur les Origines de Vinstitution des intendants des provinces, p. 269-273.