Elle, au singulier, dans le manuscrit
Entreprise de Mlle de Melun,
qui frise de près l'affront.
qu'elles eurent gagné Marly^ où le salon et le manger avec le Roi mettoit à l'aise sur les tabourets '^ elles ne s'y trouvèrent plus, mais avec un entregent, une politesse^ à tout le monde, qu'on voyoit toute tendue à obtenir tolérance et silence^. L'aînée paroissoit peu, la cadette^ étoit de tout^ : elle se fourra chez Mme la princesse de Conti', encore plus chez Madame la Duchesse, et, tant qu'elle
4. Dangeau nous montre Mlle de Melun invitée à Marly à partir du mois d'août 1698. Les deux sœurs eurent le logement de leur mère à Versailles, trois mois plus tard.
2. C'est-à-dire que l'intimité du salon unique et l'usage d'admettre les dames invitées à la table royale supprimaient toute différence de traitement entre celles qui pouvaient s'asseoir et celles qui eussent dû rester debout à Versailles : voyez, pour plus de détails, la suite des Mémoires, tome V, p. 326-327, et une lettre de Madame (recueil Brunet, tome I, p. 262), que dégoûtait cette promiscuité du salon. Eu 1702, l'affluence des dames força à transporter les tables dans un salon qui séparait l'appartement du Roi de celui de Mme de Maintcnon.
3. Politessa corrigé en politesse. — A l'emarquer la préposition à qui suit, au sens de : à l'égard de, envers.
4. Il veut dire que, si elles n'avaient été couvertes par un crédit exceptionnel, leur absence systématique eût été désapprouvée, car le Roi ne tolérait pas ces façons d'agir. Comparez l'article des Écrits inédits, tome VI, p. 360, où il rapporte que les deux sœurs évitaient d'aller chez la duchesse de Bourgogne, mais que Mlle de Melun, à Marly, la voyait comme si elle avait été présentée. Il reproduit, à ce sujet, une anecdote qu'on ne retrouve point ici, et les pages précédentes donnent des détails qui manquent aussi dans les Mémoires.
5. C'est Mlle de Melun qu'on avait voulu marier au marquis de la Vallière, en faisant duc celui-ci : ci-dessus, p. 300, note i. Elle était, dit le Chansonnier (ms. Fr. 12 692, p. 21), blanche, blonde, avec une jolie taille et bon air, mais le menton trop court ; fort vaine et glorieuse. Ce ne doit pas être elle qui, en 1695, reléguée au couvent de Notre-Dame du faubourg Saint-Marcel, fut transférée pendant six mois à Malnoue, puis ramenée à Paris (Arch. nat., 0* 39, fol. 37 v" et 201 v").
6. Le duc de Luynes dit que les deux soeurs avaient eu les honneurs de la présentation, par faveur exceptionnelle, mais que cependant Mlle de Melun ne montait pas dans les carrosses (Mémoires du duc de Luijnes, tomes II, p. 329-330, et Vil, p. 295).
7. C'est celle-ci (|ui fit obtenir aux deux sœurs le logement occupé à Versailles par leur mère [Journal de Dangeau, tome VI, p. 466).
pouvoit, par elle et par le jeu, dans les parties de Monseigneur^ Sa mère, qui savoit se conduire, la tenoit souple et mesurée, et fort en arrière avec tout le monde. Quand elle l'eut perdue -, elle hasarda. A une musique où le Roi étoit, à Versailles, Mlle de Melun, qui s'accoutumoit à n'être plus si polie, se trouva la première après la dernière duchesse. Bientôt après il en arriva une autre, qui alla pour se placer, et à qui tout fit place en se baissant, comme cela se faisoit toujours. Mlle de Melun ne branla pas, et ne fit que se lever et se rasseoir. G'étoit la première fois que femme ou fille non titrée, même maréchale de France, n'eût pas donné sa place en ces lieux-là aux duchesses et aux princesses étrangères ou en ayant rang.
1. Voyez diverses mentions du même Journal, tomes III à VII, et comparez la suite des Mémoires, tome VIII, p. 234. Dans l'article des Écrits inédits, après des détails sur la manière d'esquiver l'afTront du tabouret, il dit : « Cela dura de la sorte plusieurs années. Mlle d'Espinoy, laide et sentant la préférence de sa mère pour sa sœur, la suivoit de plus en plus rarement à Versailles. Mlle de Molun, de figure alors très revenante et, quoique vertueuse, fort propre au monde, ne quittoit point sa mère, qui la mit un peu dans le jeu, qui leur ouvi'it, l'une après l'autre, les portes de Marly, et les mit ensuite de tout. Elle sut s'aider de Madame la Duchesse et, dès que son frère fut marié, de Mme la princesse de Conti et de Monseigneur, avec qui elle usurpa beaucoup de familiarité. »
2. Quand Mlle de Melun eut perdu sa mère. — Il avait dit plus clairement, dans son mémoire sur les Changements arrivés à la dignité de duc et pair: « Mlles d'Espinoy ont été partout où on s'assit (sic) jusqu'au mariage de -leur frère, que l'espérance ouverte pour d'autres temps les a fait abstenir des lieux où on s'assit. Le Roi a été souvent tenté de leur commander d'y venir : feu Monsieur leur en a paré le coup diverses fois — Pour Mlle de Melun, Marly a suppléé à une cour plus assidue à Versailles : moyennant quoi elle a gaiement doublé ce cap. » Et, dans les Brouillons des projets sur lesquels il faudroit travailler, etc. : « Cette époque (du mariage du frère) est celle où ils ont perdu terre, et, jamais depuis, ces tilles ne se sont trouvées aux lieux où on s'asseoit, et le font impunément tète haute.... » (Écrits inédits, tome III, p. 149 et 333.) Enfin, dans l'Addition n° 264 : « Après la mort de leur mère, assez longtemps enflées de ce qu'on leur souffroit cette délicatesse du tabouret, il arriva à la cadette, etc. »
Le Roi, qui le vit, rougit, le montra à Monsieur, et, comme il se tournoit de l'autre côté, où étoit Mlle de Melun, en levant la voix, Monsieur l'interrompit, et, le prenant par le genou \ se leva et lui demanda, tout effrayé, ce qu'il alloit faire. « La faire ôter de là! » dit le Roi en colère. Monsieur redoubla d'instances pour éviter l'affront, et se donna pour caution que cela n'arriveroit jamais. Le Roi eut peine à se contenir le reste de la musique. Tout ce qui y étoit voyoit bien de quoi il étoit question, et la fille, entre deux duchesses, se pàmoit de honte et de frayeur jusqu'à perdre toute contenance. Au sortir de là, Monsieur'lui lava bien la tête, et la rendit sage pour l'avenir. C'étoit l'hiver devant la mort de Monsieur^; mais j'ai voulu l'ajouter ici tout de suite.
Mort du duc J'anticiperai aussi Compiègne' pour parler de deux Estrees et j^Qp^g arrivées pendant que le Roi y étoit, de M. de Chaulnes
sa dépouille. i ^ . . , .
et du duc d'Estrées*. Ce dernier"' périt, avant cinquante ans, de l'opération de la taille". Il avoit refusé l'ambassade