‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 211 sur 427 · Lequel père · texte numérisé non relu

Lequel père

4. Dans l'article du duché d'EsTRÉEs, parmi le?, Diichés-j)airies éteints, Saint-Simon dit du fils : « Il fut pressé par le Roi d'aller ambassadeur à Rome à la mort de son père, et le Roi ne revint jamais parfaitement à son égard de son refus opiniâtre, fondé sur l'état de ses alïaires et sur la ruine de celles de son père. C'étoit un homme plein d'honneur, qui avoit des amis, et des plus distingués, dont l'esprit et le savoir ne paroissoient pas ce qu'ils auroient pu. Il avoit aussi de la piété, mais du

singulier, et un tic qui lui démontoit le visage à tout moment »

(Écrits inédits, tome VI, p. 136.) Dangeau dit que le père laissa deux cent mille livres de dettes, mais que l'abolition des franchises, alors imminente, fut aussi un des motifs du refus du fils [Journal, tome II, p. 19 et 26-27). Les Annales de la cour (tome II, p. 428) évaluent les dettes à dix-sept cent mille livres.

5. Louis-Armand d'Estrées, né le 3 septembre 1682 et titré marquis de Cœuvres, ne prit séance comme duc d'Estrées qu'en 1713, rendit son gouvernement de l'Ile-de-France en 1719, et mourut à Paris le 16 juillet 1723.

de Chaiilucs.

femmes fiHe du fameux Lionne, ministre et secrétaire d'État, et n'eut point d'enfants de sa seconde femme, qui étoit Bautru^, sœur de l'abbé de Vaubrun^ Le cardinal d'Estrées obtint du Roi le gouvernement de l'Ile-de- France*, etc., pour son petit-neveu, et de Monsieur, qui s'en fît honneur, la capitainerie de Villers-Cotterets^, que MM. d'Estrées avoient toujours eue par la bienséance de leur petit gouvernement de Soissons^.

Mort du duc M. de Chaulnes' mourut enfin de douleur de l'échange forcé de son gouvernement de Bretagne, où il étoit adoré et qui lui donna jusqu'au bout, et corps et particuliers,

i. François-Annibal III, n'étant encore que comte de Nanteuil, avait épousé, le iO février 1670 (Dictionnaire critique de Jal, p. 5S0), Madeleine de Lionne, qui mourut le 18 septembre 1684, ayant eu cinq enfants.

2. Madeleine-Diane de Bautru de Vaubrun, fille du lieutenant général, fut mariée le 23 août 1688, et mourut à Paris, le 6 février 1753, ayant perdu trois enfants en jeune âge. Son contrat de mariage est transcrit dans le registre des Insinuations du Chàtelet, aux Archives nationales, Y 253, fol. 469 v°.

3. Nicolas-Guillaume de Bautru de Vaubrun, docteur de la maison et société de Sorbonne, pourvu de l'abbaye de Corraery en 1680 et d'une des charges de lecteur du Roi en janvier 1696, fut exilé en Anjou de 1700 à 1710, vendit sa charge de lecteur en 1720, reçut l'abbaye de Saint-Georges-sur-Loire en novembre 1732, et mourut à Paris le 14 novembre 1746, à quatre-vingt-quatre ans.

4. Ci-dessus, p. 229 et 240. Avec l'Ile-de-France, le jeune duc eut le gouvernement du Soissonnais et des villes et citadelles de Laon, Noyon et Soissons, qui valait vingt-huit mille livres. Dès le seizième siècle, ses ancêtres portaient le titre do vicomte de Soissons, ainsi que ceux de premier baron et de sénéchal du Bourbonnais.

5. Ce château, réédifié par François I", faisait partie de l'apanage de Monsieur dans le pays de Valois ; on y avait donné plusieurs belles fêtes à la cour, ot Louis XIV en aimait beaucoup la situation à proximité de Compiègne. Il sert actuellement de dépôt de mendicité.

6. Et aussi de leur terre de Nanteuil-le-Haudouin : lorsque le maréchal d'Estrées racheta celle-ci de son cousin, en 1710, il acquit en même temps la capitainerie de Villers-Cotterets, pour dix mille livres.

7. Ce duc mourut à Paris le vendredi 5 septembre (Journal de Dan- (jeau, tome VI, p. 412). L'Addition faite h l'occasion de sa mort a déjà été placée dans notre tome III, p. 370-372, n° 184.

les marques les plus continuelles de sa vénération, de son attachement et de ses regrets \ On eut grand peine à obtenir de lui la démission du gouvernement de Guyenne, dont on lui avoit d'abord expédié les provisions pour l'échange^. Cette démission étoit nécessaire pour expédier les mêmes provisions au duc de Chevreuse et en même temps la survivance au duc de Chaulnes^, mais avec le commandement et les appointements privativement* au duc de Chevreuse. C'est ainsi que, depuis que le Roi s'étoit fait une règle de ne plus accorder de survivances^,

i. Saint-Simon a déjà dit, dans le tome II, p. 254-238, h propos de r « échange forcé, » une partie de ce qu'il va répéter ici. La fin de M. de Chaulncs fut peut-être avancée par un empirique (lettre de Mme de Coulanges, dans les Lettres de Mine de Sévigné, tome X, p. SOI). Les Annales de la cour (tome II, p. 421) racontent qu'au lit de mort il se réconcilia avec le cardinal d'Estrées.

2. C'est-à-dire qu'en le contraignant à abandonner son gouvernement de Bretagne pour prendre celui de Guyenne, on lui avait fait expédier les provisions de ce dernier, qui ne devaient lui servir, en quelque sorte, que pour donner la démission fictive qui va être expliquée ici, tandis qu'en 1695 les choses avaient été inexactement exposées.

3. Ce n'est donc point, comme il a été dit en 1695, tome II, p. 235, la survivance qui était donnée au duc de Chevreuse, le « neveu, l'ami et l'héritier du duc de Chaulnes, et de son même nom, à qui il avoit substitué tous ses biens, etc. »

4. Nous retrouverons cet adverbe ainsi employé au sens de : à l'exclusion, par privation de quelqu'un; Littré n'en a cité qu'un exemple, de l'Esprit des lois.

5. Fontenay-Mareuil {Mémoires, p. 34) dit que l'usage (ou, plus probablement, l'abus) des survivances s'était introduit par le fait de Marie de Médicis, à partir de 1610". Saint-Simon, qui, personnellement, croyait nécessaire de supprimer toutes les survivances et les brevets de retenue, et même la vénalité des charges, répétera plusieurs fois encore que Louis XIV professait ce principe pour les survivances, sauf en ce qui concernait les charges des secrétaires d'État (tomes V de 1873, p. 115 et 129, et VI, p. 213). Pour faire passer sa charge à son héritier, un titulaire n'avait plus d'autre moyen que de donner purement sa démis-

" L'usage existait bien puisque, en 1588, Henn UI avait promis aux étais généraux d'abolir les survivances : promesse aussi peu tenue que le fut ensuite un règlement du dernier février 1625 déclarant nulles et non avenues toutes survivances et retenues.

[il] les donnoit en effet, mais sous une autre forme, et comme à l'enversS mais fort rarement^. Ce ne fut qu'environ deux mois avant la mort de M. de Chaulnes qu'il y consentit enfin ^, mais sans un vrai retour, ni de lui, ni de la duchesse de Chaulnes, pour M. ni Mme de Chevreuse, et sans avoir jamais voulu ouïr parler de Guyenne, ni de quoi que ce fût qui eût rapport à ce gouvernement*.

J'ai assez parlé de ce seigneur^ pour n'avoir rien à y ajouter, si ce n'est que ce fut une grande perte pour ses

sion et d'obtenir de nouvelles provisions pour ce successeur désigné. D'ailleurs, tout en déclarant franchement son aversion pour les survivances, le Roi ne manquait guère de donner « aux enfants des pères qui mouroient dans le service les charges dans lesquelles ils avoient fait leur devoir. » (Journal de Dangeau, tome VII, p. 30.) L'abus reparut, plus florissant que jamais, sous la Régence.

i. En sens inverse, puisque le démissionnaire, plus ancien et plus âgé, était censé devoir survivre au titulaire plus jeune, et recevait, pour ce cas, l'assurance de rentrer dans la possession de sa charge.

2. « Ce n'est pas une survivance, carie mot n'y est point; mais c'est la même chose dans le fond. » (Journal de Dangeau, tome I, p. 345; comparez le tome VI, p. 317, où est racontée l'afTaire du duc de Chaulnes, et deux autres cas dans les Mémoires du marquis de Sourches, tome II, p. 196.) Dangeau lui-même s'y trompait parfois (tome II, p. 36S); la Gazette aussi, qui, conservant les vieilles formules, avait annoncé en i69o que M. de Chevreuse venait d'obtenir la survivance du gouvernement de Guyenne, et qui, en 1698, dit que le survivancier se trouve revêtu du gouvernement par la mort du duc de Chaulnes.

3. En mars 1698, cinq mois et demi avant sa mort. « Jusqu'ici, dit Dangeau (tome VI, p. 317), M. le duc de Chaulnes n'avoit point voulu donner sa démission à M. de Chevreuse : il vouloit toujours garder le, titre, et ne se contentoit pas d'en avoir les revenus et la survivance; mais enfin, voyant que le Roi deraeuroit ferme à vouloir que le titre fut sur M. de Chevreuse, M. de Chaulnes y a consenti. »

4. Cependant il touchait les appointements, nous dit Dangeau. Nous verrons plus tard que M. de Chevreuse serait « mort de faim » sans ce gouvernement.

5. Non seulement en 169o, à propos de l'échange, mais aussi à propos du procès des ducs et pairs, de Courtin et Harlay, etc. De plus, il a consacré au duc un assez long article des Duchés-pairies éteints, qu'on trouve au tome VI de ses Écrits inédits, p. 4n-J)''2.

amis, et il en avoit beaucoup. Il fut regretté de tout le monde, et, en Bretagne, ce fut un deuil générale II ne laissa point d'enfants, mais force dettes : tous deux^ étoient fort magnifiques et ne s'étoient jamais souciés de laisser grand chose au duc de Chevreuse, leur héritier substitué, ou plutôt son second fils^ par son mariage*. Les profits immenses^ du droit d'amirauté de Bretagne®,

i. Comparez notre tome II, p. 256-237, et les Écrits inédits, tome VI, p. 47-51. C'est en septembre 1670 que le duc avait pris possession du gouvernement de Bretagne. Une petite partie de sa correspondance avec Colbert, relativement à cette province, a été publiée dans le recueil de Depping, tome I, p. 497-oo7. J'ai déjà eu l'occasion de dire que les sentiments de la population bretonne ne laissaient pas d'être mélangés, à l'égard du duc, de beaucoup d'amertume, depuis l'impitoyable répression des troubles de 1675 et 1676. Quoique son amie, Mme de Sévigné ne cachait pas qu'il était alors exécré et vivement combattu, et le fils de la marquise paraît aussi avoir été très peu satisfait de l'indolence avec laquelle le duc traita ensuite les affaires. Un livre récent de M. Arthur de la Bordcrie : la Révolte du papier timbré advenue en Bretagne en '1675 (1885), conclut dans un sens tout à fait défavorable à M. de Chaulnes.

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