Moy semble corriger n[ous
3. Louis de Ligny, comte du Charmel, d'abord capitaine d'infanterie au régiment du Dauphin, était successivement devenu lieutenant général au gouvernement de l'Ile-de-France (^^ décembre 1678) et capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin (io juillet 1684), mais avait quitté la cour en novembre 1687, gardant seulement la première de ces deux charges, qu'il ne vendit qu'en mai 1697. Il mourut en mars 1714, âgé de soixante-huit ans. Les Mémoires parleront souvent de lui; c'est même par son intermédiaire que Saint-Simon communiqua à M. de Rancé, en 1699, un premier essai de rédaction : voyez mon Avertissement, dans le tome I, p. xxiv.
4. Voici une première rédaction de cette historiette, écrite quelque dix ans avant les Mémoires : « Tout le monde a connu le Charmel, et ceux qui sont venus depuis à la cour en ont ouï parler. C'étoit un gentilhomme de Champagne, grand joueur à toutes sortes de jeux, et qui n'en trouvoit aucun de trop gros. M. de Créquy (le duc mort en 1687), grand joueur aussi, le prit en amitié, le produisit à la cour, et, pour l'y initier et le décorer, lui fit acheter la charge de capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin, qui n'avoit plus qu'un vain nom et dont le maréchal d'Humières se vouloit défaire. M. de Lauzun, qui avoit l'autre, étoit alors en disgrâce : tellement que M. de Créquy fit revivre pour le Charmel des entrées chez le Roi moisies à ce titre. Il s'initia bientôt avec la fleur de la cour, fut de tous les voyages, eut un logement, gagna et prêta beaucoup d'argent, et se fit beaucoup d'amis considérables. Au milieu d'un état d'autant plus riant que le Roi le traitoit fort bien et qu'il ne songeoit qu'à jouir de sa fortune, la Providence lui fit tomber sous la main l'excellent traité De la vérité de la religion chrétienne d'Abbadic, lui procura le temps et le goût de le lire,
* L'usage presque constant était de décliner la particule qui précédait un nom de terre; néanmoins, on voit que iiotro auteur l'n suivi seulement dans la « manchette, » et non dans le texte.
gentilhomme tout simple de Champagne ^ qui s'étoit in- nvcc lui. troduit à la cour par le jeu, qui y gagna beaucoup et l^'^i'lS-S-Sôfs] longtemps, sans jamais avoir été soupçonné le plus légèrement du monde'". Il prêtoit volontiers, mais avec choix, et il se fit beaucoup d'amis considérables. M. de Créquj^ le prit tout à fait sous sa protection; il lui fit acheter du maréchal d'Humières une des deux compagnies des cent gentilshommes de la maison du Roi au bec de corbin; cela n'avoit plus que le nom^ M. de Créquy,
et s'en servit pour le convertir comme par un coup de foudre. Il quitta tout malgré le Roi, qui le voulut retenir : sur quoi il y auroit des choses curieuses à dire, si elles n'étoient pas trop étrangères ici. Il abdiqua ses amis, il s'enfuit du monde, se retira à l'Institution, et a mené pendant plus de trente ans, jusqu'à sa mort, la vie la plus pénitente et la plus sainte. On le connoîtra mieux maintenant en disant qu'il étoit frère de la mère de M. de Beauvau-Craon qui a fait une fortune si immense en Lorraine.... » (Notice du duché éteint de Créquï, dans le tome VI des Ecrils incdils de Saint-Simon , p. lo6.)
i. La généalogie des Ligny du Charmel, en Soissonnais, qui se trouve dans le Nobiliaire de Picardie, par Haudicquer de Blancourt, et dans V Armoriai général de d'IIozier, registre I, ne prononce pas son nom.
'i. Gaignières rapporte exactement de môme, dans son Chansonnier (ms. Fr. l'2 689, p. ^91 et 29"2), que, très pauvre et simple capitaine, du Charmel avait été initié par Daugeau aux mystères de la bassctte, et qu'introduit à la cour dans un moment où le Roi avait besoin de gros joueurs pour son reversis, il lit fortune, acheta des charges, et devint un modèle de galanterie. Mme de Caylus dit (Souveiiirs, p. oOO) : « C'étoit un gentilhomme lorrain, connu à la cour par le gros jeu qu'il jouoit. Il étoit riche et heureux : ainsi il faisoit beaucoup de dépenses et étoit à la mode à la cour; mais il la quitta brusquement, et se retira à l'Institution; sur une vision qu'il crut avoir eue. >>